Emmanuel Chaumet, producteur de Jessica Forever, défricheur de talents

Emmanuel Chaumet, producteur de Jessica Forever, défricheur de talents

03 mai 2019
Cinéma
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Jessica Forever de Caroline Poggi et Jonathan Vinel
Jessica Forever de Caroline Poggi et Jonathan Vinel Ecce Films et Arte France Cinéma
Alors que sort le film dystopique de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, portrait du fondateur d’Ecce films qui en plus de vingt ans d’activité aura révélé des nouveaux auteurs (Justine Triet, Benoît Forgeard, Bertrand Mandico…), et bousculé le visage du cinéma français.

Dans une interview donnée aux Inrockuptibles en 2014, le producteur Emmanuel Chaumet qui présente aujourd’hui le dernier né de son écurie : Jessica Forever de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, rappelle un axiome : « L’histoire du cinéma est toujours une histoire de gens qui ont eu raison contre la majorité. » Ne pas voir là-dedans de l’arrogance. Avoir raison  « contre la majorité » lorsque l’on produit des films, c’est croire avant tout le monde à des cinéastes non identifiés avec la promesse qu’un jour leur travail sera reconnu par le plus grand nombre.

L’année 2014 marque un tournant pour l’homme de 46 ans, qui a d’abord travaillé pour le CNC avant de se former au côté du producteur Paulo Branco (Manoël de Oliveira, Raoul Ruiz…) Emmanuel Chaumet vient alors de sortir de l’ombre avec les premiers long métrages de deux cinéastes « maison » : La Bataille de Solférino de Justine Triet et La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko. Ils ont été vus et appréciés au festival de Cannes l’année précédente et sont en lice pour le César du meilleur premier film. Ecce films, la société créée par Emmanuel Chaumet en 2003, lauréate 2012 du prix Procirep du meilleur producteur de court métrage et qui quelques années auparavant a également lancé la réalisatrice Sophie Letourneur (La Vie au ranch), est assurément à un tournant de sa propre histoire.

Se jouer des genres et des formats

Pour autant, le producteur n’est pas subitement passé du côté des suiveurs et continue d’affirmer sa singularité. Ecce films défriche, se joue des formats (courts, longs, moyens), ose les genres bien avant qu’ils ne redeviennent à la mode (burlesque, fantastique, chronique adolescente, contes…) tout en restant dans la catégorie des petits budgets, de ceux qui ne mettent pas de « s » à million. En 2019, la politique de production n’a pas beaucoup changé, tout au plus les auteurs ont grandi, à commencer par Justine Triet qui a signé Victoria avec Virginie Efira en 2016 et totalisé 657 000 entrées France (le plus gros succès public d’Emmanuel Chaumet à ce jour). Il regarde également d’autres visages. Ceux de Caroline Poggi & Jonatnan Vinel par exemple, des cinéastes remarqués par leurs nombreux court métrages respectifs ou en duo, et qui signent Jessica Forever, récit dystopique autour d’orphelins obligés de s’unir pour survivre dans un monde qui les rejette. Ce film passé par la Berlinale et Toronto est sorti le 1er mai.

Une marque de fabrique

Jessica Forever, très stylisé dans sa forme, imprévisible dans sa narration, porte la marque de fabrique d’Ecce films et semble brandir le même étendard iconoclaste et poétique que ses frères d’armes : Gaz de France de Benoît Forgeard (en attendant Yves), Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico (Prix Louis-Delluc du premier film 2018) ou plus récemment Bêtes blondes de Maxime Matray et Alexia Walther. Toujours dans l’interview des Inrockuptibles donnée en 2014, Emmanuel Chaumet conclut par une autre profession de foi : « Je préfère un film ambitieux et raté à un film plan-plan et réussi. Les cinéastes ont en commun que je leur donne un espace de liberté à utiliser. » Les lignes du cinéma français n’ont donc pas fini de bouger.

Jessica Forever a bénéficié de l’avance sur recettes avant réalisation, du soutien au scénario (aide à l'écriture), et de l’aide sélective à la distribution (aide au programme) de la part du CNC.