L'AFCA : cinquante-cinq ans au service de l'animation

L'AFCA : cinquante-cinq ans au service de l'animation

23 octobre 2026
Cinéma
UNE AFCA

Depuis 1971, l’Association française du cinéma d’animation (AFCA) œuvre au rayonnement de l’animation en France. À l’occasion de la Fête du cinéma d’animation (11-31 octobre) et de sa Journée mondiale (28 octobre), Isabelle Vanini, déléguée générale, revient sur l’histoire et les missions d’une structure qui promeut et diffuse l’animation française au plus grand nombre.


Pouvez-vous présenter l’AFCA ?

Isabelle Vanini : Créée en 1971, l’Association française du cinéma d’animation (AFCA) est d’abord une association qui promeut et défend le cinéma d'animation français et sa filière. Nous organisons par exemple des événements qui font se rencontrer les équipes et le public. C’est aussi un observatoire du secteur. Enfin, c’est un centre de ressources sur le cinéma d'animation accessible à tous.

Qui fait vivre l’AFCA au quotidien ?

L’équipe compte cinq permanents, dont une salariée basée à Rennes, où nous organisons chaque année le Festival national du film d’animation. Nous accueillons aussi des services civiques et des stagiaires. Et depuis quelques années, des alternants viennent renforcer l’administration et la communication. L’équipe s’étoffe par ailleurs ponctuellement de techniciens, entre autres, lors de nos événements. Nos adhérents sont en majorité des acteurs de la filière : des producteurs, des écoles, des étudiants ou encore des techniciens, mais l’association est aussi ouverte aux amateurs et au grand public intéressés par le cinéma d'animation.

Quelles ont été les grandes évolutions de l’AFCA depuis sa création ?

À l’origine, il s’agissait d’un groupe de cinéastes, de chercheurs et d’amateurs, dont André Martin et Michel Boschet, désireux de défendre un cinéma qui a parfois du mal à exister. En 1975, sous la direction de Raymond Maillet, ils créent « l’Animathèque », un ciné-club mensuel au Palais de Tokyo à Paris, puis un festival à Marly-le-Roi, organisé tous les deux ans faute d’une production suffisante pour le tenir chaque année à l’époque.

Festival national du film d'animation à Rennes en 2026  AFCA 

Petit à petit, l’association s’est professionnalisée et s’est développée. Le Festival national du film d’animation de Rennes en est le reflet le plus visible : il est aujourd’hui le deuxième festival d’animation en France, après celui d’Annecy. En 2002, nous avons lancé la Fête du cinéma d’animation, sur le modèle du « Mois du doc » afin d’encourager les cinémas, les bibliothèques et les espaces culturels à s’emparer du sujet.

Nos actions ont aussi évolué avec le paysage cinématographique français. De plus en plus de lieux ont commencé à programmer de l’animation et ont progressivement remplacé « l’Animathèque ». Le concept renaît aujourd’hui sous le nom d’Animotion, un ciné-club au Majestic Bastille consacré aux coulisses des grands studios.

Enfin, l’ensemble de ces missions s’appuie sur une connaissance approfondie du secteur et de ses évolutions. Nous recueillons les paroles et les expériences des professionnels de l'animation afin d’accompagner au mieux la filière. Notre présence dans les festivals, en France comme à l’international, nous permet de rencontrer des producteurs, des autrices et des auteurs, mais aussi d’observer les orientations de programmation et les échanges qui animent les journées professionnelles. Notre participation au comité de visionnage des longs métrages du Festival d’Annecy nous donne également une vision internationale de la production. Notre implication dans des commissions de lecture de projets nous permet de repérer par ailleurs les nouvelles propositions artistiques et de mieux cerner les tendances émergentes de la création.

La Fête du cinéma d’animation se tient jusqu’au 31 octobre dans toute la France. Quel est le rôle de l’AFCA dans son organisation ?

Nous y jouons principalement un rôle de supervision même si nous y organisons des événements. Nous mettons à disposition des outils de communication, proposons des programmes à tarifs préférentiels, soutenons et orientons les programmateurs et programmatrices (recherche de films, d’intervenants, d’ateliers) et aidons financièrement les structures à organiser des rencontres entre le public et les équipes des films.

Salles de cinéma, médiathèques, associations, établissements scolaires, collectivités : toutes ces structures peuvent monter une séance, un atelier ou un festival. Nous les aidons à trouver des invités ou à nouer des contacts. Contrairement au festival d’Annecy, qui s’adresse surtout aux professionnels, la Fête du cinéma d’animation vise tous les publics.

Le cinéma d’animation, c’est un cinéma comme les autres.

Cette manifestation est aussi l’occasion de faire connaître des métiers, des artistes, des techniciens.

Enfin, elle permet également d’amener l’animation là où elle arrive peu, parfois dans des territoires très éloignés qui n’ont pas l’occasion de recevoir des équipes de films.

L’association a créé le label « L’AFCA s’anime pour… » en 2021. À qui s’adresse-t-il ?

Le cinéma d’animation a longtemps souffert d’un manque d’accompagnement et de médiation. Ce label répond notamment à la difficulté des exploitants de salles à programmer des films d'animation, notamment en séance du soir. Il est attribué à quatre à six longs métrages par an, par un comité qui réunit réseaux de salles et autres labels, comme ceux de l'AFCAE. Grâce à ce label, les films sont accompagnés sur le long terme. Dans ce cadre également, notre association aide les salles à accueillir les équipes des films en dehors de la tournée organisée par leur distributeur.

L'AFCA au Festival national du film d'animation de RennesAFCA

Parlez-nous plus en détail des Prix Émile-Reynaud et André-Martin que votre association remet chaque année ?

Le Prix Émile-Reynaud est décerné par les adhérents de l’AFCA. Il rend hommage au pionnier, inventeur des pantomimes lumineuses, auteur de la première projection publique au musée Grévin. Il est remis chaque 28 octobre – date de la Journée mondiale de l’animation – à un court métrage en début de carrière.

Le Prix André-Martin, lui, concerne uniquement les films français sélectionnés au Festival d’Annecy : il est attribué à un court métrage et à un long métrage par un jury de cinq professionnels internationaux, nommés pour trois ans.

L’AFCA est très active en Bretagne. Pourquoi ?

L’association dispose d’un bureau au sein de l’école d’animation Creative Seeds, à Rennes. Nous menons des actions culturelles et éducatives sur tout le territoire breton comme l’organisation de résidences d’artistes, d’ateliers avec des publics dits « empêchés » [personnes détenues, en situation de handicap, NDLR], ou d’interventions dans des communes dépourvues de cinéma. Nous fournissons aussi des outils pédagogiques sur le pré-cinéma et l’animation aux écoles et aux médiathèques.

Et pourquoi avoir choisi Rennes pour y implanter le Festival national du film d’animation ?

Nous cherchions une région qui disposait de studios et de professionnels de l’animation. Rennes s’est imposée grâce à ces deux studios de stop-motion réputés, Vivement Lundi ! et JPL Films, mais aussi par le soutien des collectivités locales et l’accueil des salles de cinéma, comme le Ciné-TNB (Théâtre National de Bretagne) et le cinéma Arvor.

Comment se traduit la mission d’information et de conseil de l’association ?

Le guichet d’information de l’association existe depuis toujours, sous une forme informelle : une ligne téléphonique, à laquelle nous répondons dès que nous le pouvons. En tant qu’association spécialisée dans le cinéma d’animation, l’AFCA s’est imposée comme un interlocuteur de référence pour toute personne en recherche d’informations sur le secteur.

Les demandes sont variées : un spectateur qui recherche le titre d’un film vu il y a des années, un étudiant désireux de consulter notre centre de ressources ou de demander conseil pour choisir une école, ou encore un festival en quête de contacts professionnels ou de conseils de programmation pour construire une thématique. Lorsque les recherches nécessitent un accompagnement approfondi, l’association propose des rendez-vous dans ses locaux.

Que contiennent votre centre de documentation et votre fonds iconographique ? Et qui peut les consulter ?

Ces ressources se sont constituées au fil du temps, grâce aux dépôts d’artistes adhérents et à la collecte de documents : catalogues de festivals, dossiers de presse, correspondances et ouvrages spécialisés. Après cinquante ans de collecte, ces archives se révèlent précieuses. Les pièces les plus fragiles, notamment les cellulos, ont été déposées au musée Château d’Annecy, tandis que certaines sont exposées à la Cité internationale du cinéma. Ces archives sont consultables sur rendez-vous par les adhérents mais aussi les chercheurs et chercheuses dans le cadre d’un projet de recherche.

Mallette pédagogique conçue par l'AFCA AFCA

Comment accompagnez-vous au quotidien les professionnels de l’animation ?

L’AFCA accompagne les professionnels à travers la programmation et l’organisation de rencontres avec les équipes de films mais n’intervient ni dans la production ni dans le mentorat. Le Festival national du film d’animation leur offre en revanche un espace d’échanges entre créateurs, producteurs, graphistes et musiciens, notamment lors des séances de pitchs. L’AFCA organise aussi des tables rondes avec d’autres associations et participe à des groupes de travail qui réunit notamment le CNC, la SRF, le ROC et des organisations syndicales (Animfrance et le SPI). 

Nous essayons de structurer une réflexion sur l’évolution de la filière. 

Vous proposez aussi des formations à destination des médiateurs et des exploitants de salles. En quoi consistent-elles ?

Les formations de l’AFCA sont nées de ses actions d’accompagnements lors de la fête et du Festival national du cinéma d’animation. Nous avons constaté que les médiateurs et les exploitants connaissaient moins bien les techniques et l’histoire du cinéma d’animation que ceux du cinéma en prises de vues réelles. Nous proposons quatre formations consacrées à l’histoire de l’animation, à ses techniques et à la manière d’en parler. Elles sont organisées deux à trois fois par an, parfois en visio, à la demande de médiathèques ou de réseaux de salles.

Quelles sont les prochaines étapes pour l’AFCA ?

Pour les années à venir, nous souhaitons consolider nos missions. Tout d’abord, accompagner la croissance du Festival national du cinéma d’animation et renforcer l’accueil des professionnels. De la même façon, nous voulons continuer à développer la Fête du cinéma d’animation sur l’ensemble du territoire. Chaque année, nous réinventons la programmation, menons des expérimentations, testons des nouveautés…

Chaque année, nous réinventons la programmation, menons des expérimentations, testons des nouveautés.

L’AFCA souhaite aussi renforcer ses liens avec les grands studios d’animation. Le ciné-club Animotion permet notamment de leur faire connaître nos missions et notre accompagnement. Autre chantier majeur : la valorisation de notre centre de ressources. Nous prévoyons de terminer l’inventaire de nos archives et de créer une base de données consultable consacrée aux courts métrages. Ce projet doit s’étendre sur trois ans.

Enfin, nous aimerions coordonner les annuaires professionnels développés par différentes structures, organiser des rencontres informelles sous forme d’« apéros animés » dans les studios sur tout le territoire, et enrichir le site internet de l’association.

L’AFCA bénéficie du soutien du CNC.