Depuis plusieurs années, l’industrie des VFX en France connaît une dynamique croissante, portée par une vingtaine de studios qui collaborent avec les plus grandes productions internationales et sur des succès majeurs. Parmi eux, figurent MPC Paris, studio historique en matière de VFX et de post-production, dirigé actuellement par Béatrice Bauwens, et THE YARD, fondé en 2014 par Laurens Ehrmann, dont l’ascension le conduit régulièrement à travailler outre-Atlantique. Tous deux sont engagés sur des projets ambitieux pour le cinéma français et international.
Une fabrication complexe
À la croisée de l’art et la technique, les effets visuels numériques sont des procédés héritiers des trucages de George Méliès (1861-1938). Ils occupent aujourd’hui une place centrale dans la mise en scène au cinéma et permettent aux réalisateurs de matérialiser des univers et des personnages impossibles à représenter seulement en prise de vue réelle. Animales, extraterrestres, robotiques ou humanoïdes, les créatures sont un bon exemple de la diversité des techniques opérées par les studios VFX.
« La créature est un personnage à part entière, un élément narratif du film, à la différence des autres familles d’effets visuels. Elle nécessite des compétences techniques particulières et répond à un enjeu principal : celui de donner l’illusion au spectateur qu’elle est réelle », explique Béatrice Bauwens, directrice VFX et post-production chez MPC Paris. « Cet exercice est exigeant, en termes de réflexions, de ressources et de compétences. Tous les aspects nécessaires à sa création sont complexes », confirme Laurens Ehrmann, fondateur du studio THE YARD et superviseur VFX. Cette difficulté dépend également du type de créature imaginée par les scénaristes, comme l’indique Cyrille Bonjean, superviseur VFX chez MPC Paris. « En fonction de celle-ci, nous définissons, en collaboration avec le réalisateur et les producteurs, ce qui peut être tourné en plateau et enrichi de SFX [effets spéciaux mécaniques, ndlr], et ce qui sera travaillé en numérique ». La plupart du temps, les créatures de cinéma naissent de ce mélange entre effets spéciaux directs [maquillage, prothèses, costumes, etc.] et effets visuels numériques.
Des projets d’envergure au-delà des frontières
Les productions internationales font de plus en plus en confiance aux studios français pour fabriquer les VFX de leurs blockbusters, en témoigne récemment l’implication de MPC Paris sur le film fantastique Troll 2 du réalisateur Roar Uthaug ou le travail de THE YARD sur Predator : Badlands signé Dan Trachtenberg, le septième opus de la franchise. Le travail de THE YARD a d’ailleurs été récompensé au PIDS Enghien 2026 par le GENIE Award des Meilleures Effets Visuels pour un long métrage et le prix des Meilleurs Personnages & Créatures.
Pour ce film de science-fiction en particulier, THE YARD a confectionné en quatre mois la séquence d’ouverture de cinq minutes du film. Un défi technique et artistique majeur relevé grâce à la création complète d’un environnement numérique photoréaliste mais aussi à celle du design et de l’animation de trois créatures numériques et de deux personnages engagés dans un combat l’une contre l’autre. « Cela a été un pari de réaliser cette séquence, mais le faire en cinq mois a été un défi plus important encore, souligne Laurens Ehrmann, qui a supervisé les VFX sur ce projet. Désormais, grâce à la qualité de nos projets antérieurs et l’expérience acquise, les réalisateurs et les producteurs nous font davantage confiance dans la conception des designs ». Le studio a d’ailleurs développé sa propre marque artistique, THE YARD Art, afin de valoriser ses compétences en termes de création de concepts. « Predator : Badlands a été un point de pivot dans le parcours de THE YARD en termes de fabrication de créatures numériques et de doubles numériques, précise le fondateur du studio. D’une part car ce projet confirme notre place de partenaire créatif à l’international et, d’autre part, car nous avons été très libres ».

Sur Troll 2, l’équipe de MPC Paris, supervisée par Cyrille Bonjean, a quant à elle, livré 63 plans de post-production comprenant la créature du Troll, un géant de pierre d’une dizaine de mètres de haut, entièrement fabriquée en images de synthèse. Les Français ont travaillé sur l’intégration et l’animation de ce personnage destructeur, designé par l’équipe française du studio londonien One of Us, dans les scènes de destruction et d’explosion du film. « Nous avons dû gérer tout ce qui est entré en interaction avec notre créature, y compris les moindres débris des dégâts qu’elle a pu causer », détaille Cyrille Bonjean.
Ce dernier a collaboré en 2023 sur Le Règne animal de Thomas Cailley, qui lui a valu le César des meilleurs effets visuels aux côtés de Bruno Sommier et Jean-Louis Autret. « Nous sommes d’ailleurs très heureux de voir les cinéastes français s’ouvrir au cinéma de genre et aux effets spéciaux VFX. C’est un cinéma qui nous permet de mobiliser l’ensemble de nos compétences », poursuit-il. Sur ce film fantastique, l’équipe de MPC Paris a coopéré avec le studio SFX l’Atelier 69 pour donner vie à trois mutants : Émile (Paul Kircher), Fix, l’homme-oiseau (Tom Mercier) et « Grenouille », une petite fille mi-humaine mi-reptile (Maëlle Benkimoun). « Notre travail sur le personnage d’Émile a consisté principalement à effectuer des retouches afin de compléter le maquillage et les prothèses, précise Cyrille Bonjean. « Nous avons créé la doublure numérique complète de Grenouille dans le but de donner l’illusion qu’elle grime aux arbres. Enfin, nous avons conçu les ailes de Fix en 3D et avons réalisé sa doublure numérique pour les scènes de vol ». Un travail conséquent comme le rappelle Béatrice Bauwens. « Hybrider une personne, comme Tom Mercier pour Fix, s’avère presque plus complexe que de créer une créature entièrement numérique », remarque la directrice de MPC Paris.

Les atouts des studios VFX tricolores
Les Français entretiennent une histoire de longue date avec les effets spéciaux et tirent aujourd’hui leur force « de l’alliance entre des artistes talentueux, des collaborations fluides et une maîtrise efficace des outils et des techniques », observe Béatrice Bauwens. « Les cinéastes nous font confiance, grâce à nos outils et nos compétences, pour les aider à raconter leurs histoires », poursuit-elle. Des compétences techniques reconnues mais également des talents qualifiés passés « par les meilleures écoles et les plus grands studios internationaux », remarque Laurens Ehrmann. « C’est d’ailleurs le cas de tous les chefs de poste de THE YARD, qui ont rapporté leur expertise au sein du studio. Notre singularité tient à notre capacité à avoir rapatrié en France de nombreux talents. C’est ainsi que The Yard a pu se positionner à l’international ».
Grâce à son savoir-faire historique en effets spéciaux, à ses écoles reconnues et à ses nombreux talents, la France séduit de plus en plus de productions étrangères. Le Crédit d’impôt international (C2I) renforce cette attractivité en proposant des avantages fiscaux importants, notamment un bonus de 10% pour les productions investissant plus de 2 millions d’euros dans les VFX réalisés en France.