Les Enfants des Lumière(s) : une séance de projection pour célébrer la transmission et la créativité de la jeunesse

Les Enfants des Lumière(s) : une séance de projection pour célébrer la transmission et la créativité de la jeunesse

04 mai 2022
Cinéma
La grande salle du Forum des images accueille Les Enfants des Lumière(s)
La grande salle du Forum des images accueille Les Enfants des Lumière(s) CNC

Le jeudi 21 avril 2022 avait lieu, au Forum des images, la grande projection de courts métrages réalisés dans le cadre du programme d’éducation artistique et culturelle, Enfants des Lumière(s). Ce dispositif développé par le CNC s’adresse aux classes des écoles élémentaires, des collèges et des lycées technologiques et professionnels de l’éducation prioritaire.


Il est 10 heures et la grande salle de projection du Forum des images est réveillée par des voix, des rires et des cris qu’elle n’a plus forcément l’habitude d’entendre en si grand nombre. Après deux ans de préparation et de création, au sein du dispositif Les Enfants des Lumière(s), il était grand temps pour les élèves des cinq établissements (2 écoles primaires, 1 collège et 2 lycées) d’Ile-de-France concernés de voir le fruit de leur labeur projeté sur grand écran.

Entre les rangs, deux sentiments dominent à mesures égales : l’angoisse et l’excitation de découvrir leurs œuvres devant une salle comble. Comme le prouve un passage auprès des enfants de l’école Pajol, Paris 18e, les plus jeunes ont un enthousiasme certainement moins entamé par la peur de ne pas apprécier leur image. Ainsi, Noah comme Issey, en CM2, ont « hâte, parce que c’est la première fois qu’on verra notre film vraiment terminé, avec le mixage ». Mixage d’autant plus important, que leur film, Perdus dans Paris, est une comédie musicale dans laquelle les enfants donnent de la voix. Théo, un de leurs camarades, partage le même sentiment avec une pointe de mélancolie souriante : « je suis impatient de voir notre film, pour lequel on a mis beaucoup de temps, et surtout ça va nous rappeler des souvenirs ».

Une salle comble pour les courts métrages des Enfants des Lumière(s) CNC

Mais, il suffit d’interroger les 4èmes du collège Georges Pompidou, à Villeneuve-la-Garenne, pour comprendre que cette légèreté est moins présente chez ces jeunes adolescents qui connaissent également une forme d’angoisse à l’idée de présenter leurs images et leurs idées au public. « Je suis stressé et gêné, un peu », nous dit d’emblée Sayf qui joue un « voleur » surnommé MBK dans leur comédie sociale, Mille euros. Un sentiment partagé par les deux interprètes principaux Lassyna et Hadjia qui jouent un frère (Issa) et une sœur (Léa) cherchant à réunir mille euros pour empêcher que leur appartement soit saisi par les huissiers. Pourtant il ne faudrait pas croire que ces appréhensions endommagent le désir de cinéma né chez ces comédiens patentés. En effet, Sayf nous explique « ça m’a plu et je serais partant pour retenter l’expérience », Hadjia abonde malgré « le stress et la pression » qu’elle a ressentie, tandis que pour Lassyna, c’était « juste pour une fois » bien qu’il reconnaisse avoir passé « un très bon moment ».

Retrouver confiance en soi au sein d’une expérience collective

La « confiance » et le « collectif » sont deux des mots qui reviennent le plus, autant dans la bouche des élèves que des encadrants, pour décrire l’expérience qu’ils ont vécue. Ainsi, Jonathan Desoindre, « accompagnateur-réalisateur », comme il se désigne lui-même, sur le court métrage de l’école Pajol, souligne que « dans ce dispositif, ce qui a été le plus fort et le plus enrichissant pour les enfants, au-delà des compétences et des savoirs, c’est vraiment cette confiance en eux et cette capacité à travailler tous ensemble, qui n’était pas forcément acquise dès le début ». Dans ces processus de création collective, c’est souvent le travail en équipe qui permet à certains de se révéler, de gagner en assurance et de dépasser leurs craintes. C’est ce dont témoigne aussi Mathis, premier rôle de Madame Scranberry, film d’épouvante autour d’un château hanté par des poupées réalisé par les élèves du Lycée Jacques Vaucanson (Les Mureaux) : « j’étais stressé parce qu’avec le premier rôle, tu dois quand même assurer. Mais, les encouragements et les idées des autres m’ont donné du courage et plus de confiance en moi ».

Ce n’est pas le seul Enfant des Lumière(s) à avoir vécu une expérience révélatrice sur le temps du programme. Shakila Zamboulingame et Hélène Hamony, les enseignantes du lycée Eugène Delacroix (Drancy) ayant accompagné le film policier L’Affaire Wesley, en sont parmi les premières spectatrices : « les élèves ont été acteurs et auteurs de quelque chose. En plus, comme c’est un projet en deux ans, sur le long terme, on a pu voir une évolution chez eux et ce qui était assez beau c’est qu’ils se sont chacun révélés dans des rôles différents ».  Le champ des possibles s’est alors ouvert devant leurs yeux, et des jeunes qui ne se seraient jamais imaginés travailler dans le cinéma, se retrouvent à mettre des mots concrets sur leurs projets d’avenir : « acteur », « perchman », « assistante réalisatrice », « décoratrice », etc…

« Finalement, ils se sont rendu compte qu’ils étaient capables de faire des choses, en dehors des devoirs, du côté scolaire du lycée, qu’ils étaient capables aussi de se dépasser, de travailler en équipe, d’écouter les autres », conclut Stéphanie Duvivier, la réalisatrice qui a épaulé les terminales STMG du lycée Delacroix de l’écriture à la finition du film.

Des liens soudés entre les élèves et les différentes générations

Projection Enfants des Lumière(s)
Les élèves de l’école Belleville devant leur film, L’Attaque CNC
 

À voir les jeunes ensemble et à les entendre, on sent aussi très bien que ces deux années d’émulation créative ont soudé des liens forts dans les différentes classes. D’une seule voix, les collégiens de l’établissement Georges Pompidou abondent dans ce sens : « le projet a soudé la classe, il y a une meilleure ambiance, on est plus unis et on se connaît un peu plus tous, maintenant ».

Si ce rapprochement a été possible c’est alors, en grande partie, dû au fait que chaque étape de la création, de l’écriture à la réalisation, était le fruit d’un travail imminemment collaboratif. Il ne faudrait surtout pas croire, insiste Jonathan Desoindre, que les élèves n’ont eu qu’une implication partielle dans le processus : « il n’y a pas un mot du scénario qu’ils n’aient écrit ». D’ailleurs, des CM2 de l’école élémentaire Belleville (Paris 11ème) et leur film de science-fiction et d’hypnose collective, L’Attaque, au groupe de terminales STMG du lycée Eugène Delacroix et L’Affaire Wesley, ce processus d’écriture collective a favorisé le mélange des histoires. Dans le making of projeté avant L’Attaque, Virginie nous révèle, ainsi, un aperçu de l’écriture en classe : « D’abord, on a décidé de tourner un film qui fait peur. Puis, on a tous écrit des histoires et après on a dû choisir des moments et des scènes, on a mélangé nos moments et nos scènes préférés et c’est comme ça que l’histoire du film est née ». C’est, somme toute, le même procédé que nous décrit Stéphanie Duvivier : « L’étape de l’écriture a été magique parce qu’à un moment, des propositions des vingt-sept élèves, il y a trois histoires qui ont émergé et ils ont réussi à mêler ces trois histoires en une ».

Cette expérience a, d’ailleurs, aussi contribuée à renforcer le lien intergénérationnel, comme Shakila Zamboulingame et Hélène Hamony, les enseignantes du lycée Eugène Delacroix ayant accompagné le projet, en attestent : « ça nous a permis de voir les élèves autrement qu’en classe ou en rangée dans le bus. Les élèves étaient responsables, chacun dans sa fonction, ce qui les a menés à comprendre le travail collectif nécessaire derrière chaque minute de cinéma, mais aussi à se confronter à leurs limites. Ils ont appris à une vitesse impressionnante au contact des professionnels, faisant preuve d’un réel dévouement au service du film mais aussi d’une belle solidarité collective. Le tournage a aussi confirmé à quel point ils et elles ont « grandi » individuellement à travers le projet ». Stéphanie Duvivier se félicite également de ses manières de se « rencontrer différemment » entre les élèves et des figures habituellement associés à une forme d’autorité ou de didactisme : « par exemple, les policiers ayant participé au film, n’étaient plus des policiers, ils sont devenus des coachs, des régisseurs. Pareil avec la direction du lycée, le proviseur adjoint a été comédien dans le film, donc ça a été d’autres rapports avec les élèves ».

Un nouveau regard sur les métiers du cinéma et les films

L’étape du tournage a également été l’occasion pour Les Enfants des Lumière(s) de découvrir l’étendue des différents métiers du cinéma. Noah, de l’école Pajol, énumère, d’ailleurs, toutes leurs activités : « on a fait les perchmen, on a cadré, on a enregistré le son, on s’est beaucoup déplacé et on a fait plein de prises ». « Ça a fait du sport ! », ajoute en souriant son camarade Amadou. Chez ce dernier, comme chez bien d’autres, ce tournage a déjà fait naître des rêves et des vocations. Si lui, se verrait bien « assistant-réalisateur », Layinah, 4ème au collège Georges Pompidou, qui a été « scénariste, décoratrice et maquilleuse-costumière » sur Mille euros, s’imagine déjà retravailler à ce dernier poste. Evan, en classe de première au lycée Jacques Vaucanson, et un des acteurs principaux de Madame Scranberry, se félicite, quant à lui, que cette réalisation lui ait « apporté une vision globale des métiers du cinéma ». La seule déception qu’exprime Jiyanna, écolière à Belleville : « je n’ai pas pu être à tous les postes pendant le tournage ».

Ce qui est certain c’est qu’entre les ateliers en classe, les sorties au cinéma et la réalisation de leurs courts métrages, le programme Les Enfants des Lumière(s) a permis aux élèves de dépasser l’évidence et les a priori et de développer un nouveau regard sur les films. Comme en témoigne Lassyna: « quand on regarde des films ou des séries, on pense que c’est facile d’être acteur et en fait quand tu te mets dans la peau d’un acteur, ce n’est pas facile du tout. Et ça, je l’ai découvert sur le tournage ». Chez les lycéens de Drancy, Myriam, qui joue le rôle de la lieutenante Hélène dans L’Affaire Wesley, partage ce constat : « je critique moins à présent que j’ai vu à quel point c’est dur un tournage ». De son côté, Amin, qui interprète Walid, son nouveau coéquipier au tempérament opposé, nous affirme : « bien sûr que cette expérience a changé notre regard sur les films », avant de citer fièrement tout le vocabulaire qu’il a appris durant ces deux années : « champ, contrechamp, les focus… Maintenant, on voit les détails du cinéma ».

Après la projection : l’heure des bilans et des projets

À la fin de la séance de projection, on sent bien que l’émotion et l’excitation mettent un peu de temps à retomber. Les élèves se regroupent et échangent de vives voix leurs impressions. Comme bien d’autres interprètes professionnels avant elle, se voir sur le grand écran a été impressionnant pour Myriam : « en fait ce n’était pas moi, je ne me reconnaissais pas ». Mais, retenter l’expérience d’actrice lui-dit toujours autant. « Après le Bac… », temporise t’elle cependant, un sourire aux lèvres. Amin aussi est enthousiaste à cette idée et ravi de la qualité générale des films projetés : « ça m’a donné envie de tenter d’autres genres de films. Parce que là y a eu de tout et en tant que spectateur, ça m’a fait plaisir. Même les petits, ce sont appliqués, c’était super ».

Les élèves ne sont pas les seuls à être satisfaits, Shakila Zamboulingame insiste sur la forte émotion de « voir les élèves, comme ça, sur grand écran. C’était beau aussi d’assister à leurs réactions. Ils étaient tous très ému. Donc, c’était une sorte de joie au carré ». Le professeur coordinateur du projet au lycée Jacques Vaucanson, Christophe Chambonnière se réjouit, quant à lui, de l’apport extrêmement positif à ses élèves : « Ils sont fiers de leur production, ils ont gagné en maturité, en confiance, en ouverture culturelle ».

Maintenant, l’heure est aux projets et les yeux sont tournés vers l’avenir. Bien sûr, tous ces Enfants des Lumière(s) ne comptent pas faire carrière dans le cinéma, mais on sent bien que chez une partie la graine est plantée. D’ailleurs, les primaires de l’école Pajol nous confient qu’ils sont déjà en train de tourner leur prochain film près d’un château à Mesnil.

Puis, il y a en d’autres, plus silencieux, plus discrets, qui observent. Ce sont Les Enfants des Lumière(s) de demain, ceux et celles qui viennent d’entrer dans le programme cette année et dont les œuvres devraient être, avec chance, projetées l’année prochaine. Les élèves de l’école Planchat « sont curieux de voir ce que les autres ont fait » et, avec l’assurance d’une personne de deux fois son âge, une écolière cite déjà des noms de réalisateurs et de courts métrages vus en classe. La relève est assurée.

Les élèves de l’école Belleville devant l’affiche de L’Attaque © CNC
Les élèves de l’école Pajol devant l’affiche de Perdus dans Paris © CNC
Les élèves du collège Georges Pompidou devant l’affiche de Mille euros © CNC
Les élèves du lycée Eugène Delacroix devant l’affiche de L’Affaire Wesley © CNC
Les élèves du lycée Jacques Vaucanson devant l’affiche de Madame Scranberry ©CNC