Mort de Rémy Julienne, cascadeur de légende

Mort de Rémy Julienne, cascadeur de légende

22 janvier 2021
Cinéma
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Rémy Julienne
Rémy Julienne Fonds Remy Julienne – Collections Cinémathèque de Toulouse
Ce spécialiste des exploits motorisés, qui avait travaillé sur près de 400 films, de La Grande Vadrouille à la saga James Bond, est décédé à l’âge de 90 ans, des suites du Covid-19.

Rémy Julienne Fonds Rémy Julienne/Collections Cinémathèque de Toulouse

Son nom avait fini par devenir presque aussi célèbre que celui des stars pour lesquelles il concevait d’époustouflantes cascades. Le synonyme d’une certaine idée du cinéma populaire des années 1970 et 1980. Rémy Julienne, coordinateur des cascades de plus de 1400 productions (dont près de 400 films) aura non seulement inventé des prouesses automobiles à couper le souffle, mais également familiarisé le grand public avec le métier de cascadeur, métier de l’ombre qui voit des casse-cous repousser les limites du spectacle dans un savant mélange de folie et de contrôle, d’audace trompe-la-mort et de professionnalisme. Au cours d’une carrière courant sur cinq décennies, Rémy Julienne aura été associé aux succès de Jean-Paul Belmondo, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon, Yves Montand, Louis de Funès, Charles Bronson, et bien sûr à celui de la saga James Bond, le temps de six films, de Rien que pour vos yeux (John Glen, 1981) à GoldenEye (Martin Campbell, 1995).

Né en 1930 à Cepoy, dans le Loiret, Rémy Julienne se passionne surtout dans sa jeunesse pour la moto. Il est sacré champion de France de moto-cross à la fin des années cinquante. C’est grâce à cette passion et ce talent qu’il pénètre le monde du cinéma, en 1964, lorsque le cascadeur Gil Delamare lui propose de doubler Jean Marais pour une scène sur deux roues dans Fantômas, d’André Hunebelle. Après avoir été choisi deux ans plus tard par Gérard Oury pour travailler aux cascades de La Grande Vadrouille, Rémy Julienne va associer son nom à une impressionnante série de succès, du Gendarme se marie (Jean Girault, 1968) à L’Aventure c’est l’aventure (Claude Lelouch, 1972). A la fin des années 60, avec Ho ! (Robert Enrico, 1968) puis Le Cerveau (Gérard Oury, 1969), il entame une collaboration avec Jean-Paul Belmondo, la plus téméraire des stars françaises, qui fera de sa filmographie une incroyable collection de morceaux de bravoure, de la course-poursuite de douze minutes tournée en plein cœur d’Athènes dans Le Casse (Henri Verneuil, 1971) à la scène mythique du Guignolo (Georges Lautner, 1980) qui voit l’acteur survoler Venise suspendu à un hélicoptère.

La reconnaissance internationale viendra grâce à L’or se barre (Peter Collinson, 1969), film de casse culminant dans un ballet de Mini Cooper qui sillonnent les rues de Turin, roulent sur les toits, descendent des escaliers, multiplient les têtes à queues, défient les lois de la gravité et finissent par dessiner une chorégraphie vrombissante aux frontières de l’abstraction, digne d’une comédie musicale sur quatre roues. Impressionnée, l’industrie hollywoodienne fera de Rémy Julienne l’un des hommes-clés de la saga James Bond – les scénarios mettant en scène les aventures de l’agent 007 seront souvent écrits en fonction des séquences spectaculaires que le cascadeur imagine et propose aux producteurs.

De la France aux Etats-Unis, d’un film à l’autre, les cascades de Rémy Julienne vont finir par symboliser la passion d’une époque et d’une civilisation pour ses engins à moteurs, qui deviennent presque des personnages à part entière des films : ce sont les 2CV des « Gendarme » et de Rien que pour vos yeux, la Renault 11 coupée en deux conduite par Roger Moore au pied de la Tour Eiffel dans Dangereusement vôtre (John Glen, 1985), le camion-citerne en équilibre sur ses roues gauches de Permis de tuer (John Glen, 1989), le poids lourd lancé à toute allure dans un ravin de La Menace (Alain Corneau, 1977), ou encore la Smart conduite par Audrey Tautou dans Da Vinci Code (Ron Howard, 2006).

Cette vie passée à flirter avec le danger (il manque de finir noyé lors du tournage des Aventures de Rabbi Jacob, en 1973, en faisant plonger la DS du personnage de Louis de Funès dans un étang) sera marquée par une véritable tragédie, en 1999, sur le tournage de Taxi 2, quand le cadreur Alain Dutartre est tué par une voiture conduite par un membre de son équipe – Rémy Julienne sera condamné à six mois de prison avec sursis. Depuis ce drame, le cascadeur s’employait surtout à transmettre sa passion, d’abord à ses fils et petits-fils eux aussi devenus cascadeurs et coordinateurs de cascades, puis via des livres de souvenirs (Ma vie en cascades, 2009), la création de shows mécaniques pour des parcs à thèmes, la fondation d’un centre de formation, ou encore le don de ses archives à la Cinémathèque de Toulouse. Archives qui permettront aux historiens du cinéma d’étudier l’art de celui que Claude Lelouch surnommait « le Einstein de la cascade ».