Persona non grata : Roschdy Zem plonge dans l’univers du film noir

Persona non grata : Roschdy Zem plonge dans l’univers du film noir

17 juillet 2019
Cinéma
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Persona non grata
Persona non grata Mars Distribution
Avec son cinquième film en tant que réalisateur, Roschdy Zem se frotte au film noir avec son lot de personnages brisés ou écrasés par le destin. Il en détaille ici les secrets de fabrication.

Pourquoi réaliser un film noir aujourd’hui ?

Roschdy Zem : Jeune, j’ai été baigné par un certain cinéma américain, celui de Sidney Lumet (Serpico, Un après-midi de chien) et du Nouvel Hollywood (Coppola, Scorsese, De Palma...). Ce cinéma a quasiment disparu et j’en aimais la violence et le côté décalé. On en retrouve l’esprit chez les frères Coen qui sont également des modèles pour moi. Avec Persona non grata, j’ai modestement tenté de leur rendre hommage.

Comme dans tout bon film noir, des événements contraires bouleversent la vie de personnages qui ont franchi la ligne jaune. C’est le cas de José et Maxime, deux amis d’enfance qui vont aller de mauvais choix en mauvais choix…

J’ai une théorie : l’homme naît bon et, en fonction de son parcours, la société le rend plus ou moins violent. Ce qui est passionnant, c’est de raconter la bascule d’hommes ordinaires dans le crime ; raconter le fossé, pas si profond que cela, qui nous sépare des hors-la-loi.

Pourquoi avoir choisi justement d’incarner l’un de ces hors-la-loi ?

Moïse représente tous ceux qui veulent prendre l’ascenseur social et qui y parviennent de façon plus ou moins propre. Il est directement inspiré des personnages un peu loufoques et inquiétants des frères Coen, qui se caractérisent aussi par leur côté imprévisible. À un moment donné, il refuse par exemple de se salir les mains à la place de José et Maxime, les mettant face à leurs responsabilités. Avec mon coscénariste Olivier Gorce, on l’a écrit en pensant au mythe de Faust et à Méphistophélès : celui qui vient chercher l’âme de ceux qui ont fait appel à lui.

Pourquoi avoir choisi Raphaël Personnaz et Nicolas Duvauchelle pour incarner José et Maxime ?

Le metteur en scène ne choisit pas ses acteurs, c’est le film qui le fait à votre place. Je ne connaissais pas Raphaël à l’origine. Quelque chose m’a guidé vers lui. Quand je le rencontre pour la première fois, je découvre un type passionné, intègre, qui ne demande qu’à “salir” son image de gendre idéal. Il faut parfois bousculer les acteurs, les sortir de leur routine, pour chercher ce qu’on veut. Avec Nicolas, ce n’est pas utile. Il donne tout d’entrée !

C’est un film d’hommes mais les personnages féminins, incarnés par Anne Charrier, Sarah Pasquier, Hafsia Herzi et Nadia Tereszkiewicz, sont également très marquants. C’était important pour vous ?

J’avais envie que les femmes du film soient aussi fortes que les hommes. La parité dont on parle beaucoup ces temps-ci passe aussi par le traitement complexe et ambigu des personnages féminins. Le cinéma a un rôle important à jouer là-dessus. Ce n’est que le reflet de la société.

Vous avez 53 ans et désormais cinq films comme réalisateur derrière vous. Vous sentez-vous épanoui ?

Je crois savoir comment répondre à la demande des financiers tout en restant fidèle à mes envies profondes. Quand je fais Chocolat, j’ai par exemple le désir de me confronter à une grosse production à 20 millions d’euros. Je trouve le défi à la fois formidable et effrayant. Je n’imagine pas travailler autrement.

Persona non grata, en salles le 17 juillet, a bénéficié de l’aide à la création de musique de films et l’aide au développement de projets de long métrage.