Quatre réalisateurs qui ont plus de succès en France que dans leur propre pays…

Quatre réalisateurs qui ont plus de succès en France que dans leur propre pays…

13 juillet 2021
Cinéma
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Leto de Kirill Serebrennikov avait été projeté à Cannes sans son réalisateur, assigné à résidence en Russie à la sortie du film.
Leto de Kirill Serebrennikov avait été projeté à Cannes sans son réalisateur, assigné à résidence en Russie à la sortie du film. Kinovista/Bac FIlms
Il est parfois plus difficile d'être apprécié chez soi que chez son voisin. Exemple avec quatre réalisateurs qui trouvent auprès du public français - et en partie grâce au Festival de Cannes - la réussite qu'ils n'ont pas dans leur pays d'origine.

Asghar Farhadi

Avant même de se faire connaître avec Une Séparation (Ours d'Or à Berlin et Oscar du Meilleur film étranger), le cinéaste né à Ispahan, en Iran, avait réussi à attirer plus de 100 000 spectateurs dans l'Hexagone, avec À propos d'Elly (2009). Il frôla ensuite le million avec Une Séparation et surtout avec Le Passé (en 2013), tourné en Français avec Bérénice Bejo, sacrée meilleure actrice à Cannes (il sera d’ailleurs invité sur la Croisette cette année avec Un Héros). Asghar Farhadi réalise en France des records d’entrées comme nulle part ailleurs. En Iran c’est une autre affaire. S’il est reconnu et diffusé dans son pays (contrairement à son compatriote Jafar Panahi qui vit lui sous le coup d’une interdiction de filmer et assigné à résidence), Une Séparation n'avait récolté que 60 000 euros de recettes à l'époque dans les salles iranienne, où la question politique et la censure pèsent lourd sur le travail artistique.

Kirill Serebrennikov

La difficulté est du même ordre pour Kirill Serebrennikov. Le cinéaste russe de 51 ans est apparu en 2018 avec Leto projeté en compétition au Festival de Cannes. Ce long métrage évoquait la scène rock du Leningrad des années 80 et rencontra un beau succès à l'international, particulièrement en France où il cumula près de 180 000 entrées. Mais chez lui, en Russie, Serebrennikov ne fait pas autant recette. Son film ne récolta qu'un million et demi de dollars. Surtout, le réalisateur n'avait pas été autorisé à se rendre sur la Croisette pour présenter son travail, puisqu'il était assigné à résidence à Moscou dans le cadre d'une affaire de détournement de fonds douteuse - de nombreuses personnalités françaises s’étaient même mobilisées en sa faveur. En 2020, Serebrennikov fut condamné à trois ans de prison avec sursis. Résultat : s’il concourt de nouveau pour la Palme d’Or avec La Fièvre de Pétrov, il ne foulera pas le tapis rouge.

Hirokazu Kore-Eda

Autre habitué de la montée des marches, Hirokazu Kore-Eda a remporté la Palme d’or en 2018 avec Une affaire de famille. Son plus gros succès à l’heure actuelle, qui a aussi déplacé les foules au Japon, avec 34 millions d’euros de recettes. Pourtant, au Japon, le cinéaste est très controversé pour ses critiques de la politique économique et sociale menée par l’ancien premier ministre, Shinzo Abe. Attaqué par l’extrême droite, considéré par certains comme un cinéaste trop engagé, Kore-Eda divise dans l’archipel. Rien de tout cela en France, où il jouit au contraire d’une côte toute particulière. Dès ses débuts, le réalisateur a su séduire un grand nombre de cinéphiles français. Avec Nobody Knows en 2004, il totalisait 150?000 entrées dans l’Hexagone, un score qui, rapporté à la population, rivalisait déjà avec ses performances nippones, où le film ne cumula guère plus de 6 millions d’euros (900 millions de yens) de recettes. Évidemment, Une affaire de famille marqua aussi le plus gros succès de Kore-Eda en France (avec 800?000 entrées). Et preuve de l’attachement évident du Japonais de 59 ans à notre pays (comme de la passion de l’industrie française pour ce cinéaste), il tourna La Vérité, en 2019, avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche, pour un joli succès à la clé : 373?000 entrées au box-office tricolore, soit bien mieux que son résultat dans les salles nippones (250 millions de yens, moins de 2 millions d’euros environ).

Xavier Dolan

Le prodige québécois a également su trouver dans les cinémas français un accueil tout particulier. Depuis J’ai tué ma mère, qui a quasiment raflé tous les prix de la 41e Quinzaine des réalisateurs de Cannes, ses films ont systématiquement résonné auprès du public tricolore. Les Amours imaginaires, son deuxième film, fut nommé au César du meilleur film étranger. Depuis, tous ses longs métrages ont dépassé les 100?000 entrées chez nous. Si Mommy a permis à Xavier Dolan de connaître enfin le succès dans son pays, l’effet s’est quelque peu dissipé les années suivantes. Juste la fin du monde (2016) n’a fait que 8 millions de dollars à l’international, largement grâce au million d’entrées cumulées en France. Tout comme Ma vie avec John F. Donovan, qui dépasse les 3 millions de dollars de recettes mondiales en 2018 en s’appuyant sur les 350?000 entrées françaises.