Quelques mots d’amour : entretien avec Rudi Rosenberg

Quelques mots d’amour : entretien avec Rudi Rosenberg

22 octobre 2026
Cinéma
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« Quelques mots d’amour » réalisé par Rudi Rosenberg
« Quelques mots d’amour » réalisé par Rudi Rosenberg Chi-Fou-Mi Productions

Un peu plus de dix ans après Le Nouveau, Rudi Rosenberg repasse derrière la caméra avec Quelques mots d’amour, emmené par Hafsia Herzi et produit par Chi-Fou-Mi Productions. Le cinéaste revient sur la genèse et les enjeux de ce deuxième film.


Comment est née l’histoire de Quelques mots d’amour ?

Rudi Rosenberg : L’idée du film m’est venue après avoir découvert, sur YouTube, les histoires de jeunes filles à la recherche de leur père. Ces témoignages m’ont beaucoup touché. J’ai pris conscience qu’il y avait là un sujet. Et, à travers ce sujet, je voyais un moyen d’aborder de nombreux thèmes auxquels j’accorde beaucoup d’importance, comme l’amour des mères. Quelques mots d’amour est d’ailleurs devenu un hommage aux mères célibataires : le film commence et se termine sur le personnage d’Erika [incarnée par Hafsia Herzi, NDLR]. Je voulais aussi parler du lien entre frères et sœurs. J’ai moi-même une sœur, avec qui je ne m’entendais pas du tout lorsque j’étais enfant, et, en grandissant, elle est devenue la personne la plus importante de ma vie, nous avons une relation très forte. Je tenais à traiter le tout avec humour, car l’humour occupe une place essentielle dans ma famille, autant dans les moments où tout va bien que dans les épreuves.

Le récit se déroule à Sarcelles et s’articule autour de deux parties. La première débute en 1995, la seconde en 2002. Pourquoi ce choix ?

Il était capital que l’histoire s’inscrive à une période où c’était le tout début d’Internet : il ne fallait pas que le personnage d’Abigaëlle ait trop de facilités dans ses recherches pour retrouver son père. Sinon, le récit n’aurait pas supporté le format d’un long métrage. Par ailleurs, j’éprouve beaucoup de nostalgie vis-à-vis des années 2000, qui sont celles de ma jeunesse.

 

Comment avez-vous pensé la reconstitution de cette époque ?

Je voulais qu’elle soit assez discrète, tout en étant assez claire, car les années 2000 ne sont pas si éloignées. Et je ne voulais surtout pas que l’on croie que l’histoire se déroule aujourd’hui. Donc, par exemple, dès qu’on arrive en 2002, Abigaëlle regarde un épisode de la Star Academy, ce qui permet de bien identifier la période. Nous nous sommes aussi appuyés sur de nombreuses références, basées sur des vidéos trouvées sur YouTube ou sur des épisodes de l’émission Strip-Tease. Il y en a notamment un, intitulé Papa va venir, qui a été la référence phare en matière de direction artistique.

Pour interpréter Erika, le choix de Hafsia Herzi s’est imposé comme une évidence ?  

En effet. Par rapport à ce que j’avais imaginé, Hafsia Herzi a amené au personnage quelque chose de plus sensible, d’un peu moins maladroit, de moins tourné vers la comédie, d’un peu plus en retenue. Elle a aussi apporté quelque chose de brut, de mystérieux.

Autour d’elle, la distribution réunit Nour Salam et  Ella Bedoucha (Abigaëlle à 14 et 7 ans), Mateo Danila et Aïdan Djouadi (Yoni à 12 et 5 ans), et Eden Sarfati et Charlie Lugassy (Chloé  à 14 et 7 ans). Comment dirige-t-on de si jeunes acteurs ?

Tout d’abord, j’ai veillé à choisir des enfants qui étaient proches de leurs personnages. Ensuite, pour aborder les scènes, tout dépendait de la personnalité de chacun : soit nous avons improvisé, soit nous avons respecté le texte. Hafsia Herzi s’est adaptée à chaque situation : elle était très concentrée et très à l’écoute des enfants.

« Quelques mots d’amour » réalisé par Rudi Rosenberg
« Quelques mots d’amour » réalisé par Rudi Rosenberg Chi-Fou-Mi Productions

Comment s’est déroulé le tournage ?

Il a eu lieu en 2025, sur un peu moins de huit semaines. Nous avons tourné en studio à Stains et les extérieurs ont été filmés à Sarcelles. Faire un long métrage avec des enfants implique de nombreuses contraintes, car nous ne pouvons tourner que très peu d’heures par jour avec eux. Il faut donc être très organisé. Le premier assistant m’a confié que le plan de travail qu’il a dû bâtir pour Quelques mots d’amour est le plus compliqué qu’il n’ait jamais eu à préparer !

Quel a été le souvenir le plus marquant ?

Les moments où les enfants sont partis en improvisation en nous offrant des instants magiques. Par exemple, quand Erika dit à sa fille qu’elle a « un sale caractère » et que Abigaëlle lui répond « C’est toi qui m’as fait le caractère, ce n’est pas moi », ce n’était pas du tout écrit. Quand c’est arrivé, j’étais derrière le combo, j’ai enlevé mon casque et j’ai pris le père d’Ella Bedoucha dans mes bras en lui disant que ce que faisait sa fille relevait du génie ! J’étais très heureux, parce que ce sont ces moments de vérité que je recherche. Ils arrivent rarement et ce sont des miracles. C’est pour cette spontanéité que j’aime aussi travailler avec des adultes qui n’ont pas d’expérience au cinéma. Dans le film, le psychiatre est interprété par quelqu’un que j’ai rencontré dans un restaurant et qui est vendeur de matelas.  

Le titre du film fait référence à la chanson de Michel Berger. Pourquoi ?

J’avais du mal à trouver un titre et c’est une amie qui, un jour, m’a suggéré Quelques mots d’amour. J’ai trouvé cela extrêmement pertinent. C’est un titre qui recouvre de nombreuses significations. Les « quelques mots d’amour », ce sont ceux du père d’Abigaëlle qui ne viennent pas, ce sont ceux qu’on ne se dit pas dans cette famille et qu’on devrait se dire, ce sont ceux qu’Abigaëlle dit à sa mère à la fin…

Pourquoi n’entend-on pas la chanson dans le film ?

Je ne voulais pas de musique avec des paroles. Je n’en voulais qu’avec des instruments, afin que les paroles ne prennent pas le pas sur le récit.

« Quelques mots d’amour » réalisé par Rudi Rosenberg
« Quelques mots d’amour » réalisé par Rudi Rosenberg Chi-Fou-Mi Productions

Bruno Tracq, le chef monteur, a collaboré au scénario. Que vous a-t-il apporté à l’écriture ?

Il m’a aidé à structurer, à réfléchir à ce que je souhaitais raconter. Il a fait, finalement, le même travail qu’au montage, puisque le montage, c’est aussi de l’écriture.

Comment Hugo Sélignac (Chi-Fou-Mi Productions) vous a-t-il accompagné ?

Hugo Sélignac m’a fait confiance sur ce projet alors que le scénario n’était pas encore abouti. Puis, il m’a poussé à retravailler le film dans certaines directions. Il a été très présent à l’écriture, et dans la phase du montage également, et m’a laissé une liberté totale sur le tournage. Nous n’avons jamais eu un seul désaccord.

Le film a effectué sa première au dernier Festival de Cannes, où il était présenté dans la section Un certain regard. Quel souvenir en gardez-vous ?

C’est la première fois que j’allais au Festival de Cannes, et cela a été magique. Entendre 1 500 personnes éclater de rire aux blagues et les sentir touchées a généré beaucoup d'émotions. C’était aussi une pression de trois ans de travail qui retombait… Cela a été un moment inoubliable.

Quels retours recevez-vous du public durant les avant-premières ?

À l’issue de chaque projection, des spectateurs viennent me voir pour me partager leur histoire. Parce que, malheureusement, des enfants ayant été abandonnés par leur père, c’est une situation assez banale. Par exemple, un spectateur est venu me voir, en larmes, pour me dire que son père était parti quand il avait 15 ans, qu’il en avait fait le deuil, qu’il avait très bien traversé la situation mais que, maintenant, à 50 ans, il se rendait compte qu’il vivait très mal ce qui lui était arrivé. Il y a aussi des mères célibataires qui m’ont dit que la vie d’Erika, c’était la leur. D’autres spectateurs m’ont confié que le film leur a donné envie de dire « Je t’aime » à leurs parents. C’est extraordinaire à entendre. C’est très enrichissant de rencontrer le public, de voir comment les personnages sont perçus, comment les scènes sont reçues.

Travaillez-vous sur un prochain long métrage ?

Oui, il sera à nouveau produit par Hugo Sélignac. Il n’aura rien à voir avec Le Nouveau et Quelques mots d’amour. Ce sera une satire. Le tournage devrait avoir lieu au printemps prochain.

QUELQUES MOTS D’AMOUR

Affiche de « QUELQUES MOTS D’AMOUR »
Quelques mots d’amour Ad Vitam

Réalisation : Rudi Rosenberg
Scénario : Rudi Rosenberg en collaboration avec Bruno Tracq
Production : Chi-Fou-Mi Productions
Distribution : Ad Vitam
Ventes internationales : StudioCanal
Sortie le 28 octobre 2026