Née en 1881 à Paris, Renée Félicie Deliot ne se destine pas à une carrière dans le cinéma. Elle est d’abord brodeuse et n’a que seize ans lorsqu’elle se marie à un homme de dix ans son ainé, lequel décède pendant la Première Guerre mondiale.
C’est en 1919 que la future scénariste rencontre Mario Guaita, comédien italien reconnu pour ses performances athlétiques et ses tableaux vivants. Ce dernier prend le surnom d’« Ausonia » en 1912 quand il devient acteur de cinéma. S’ensuit une relation amoureuse et professionnelle : Renée Deliot ne travaille que sur les films auxquels Mario Guaita-Ausonia participe.
Des inspirations contemporaines
Afin de nourrir ses récits, la jeune femme s’inspire de matériaux très variés : des histoires populaires aux drames de théâtre en passant par les faits divers ou la grande littérature. Elle apporte également à ses films un souffle moderne : Ausonia incarne des héros individualistes et bourgeois qui agissent au nom de la justice ou de leurs intérêts propres. Renée Deliot écrit également des personnages féminins avant-gardistes. Les femmes ont une grande importance dans ses intrigues : elles sont dynamiques et font aussi preuve de force physique, fait rare à l’époque.
Un scénario au service de son acteur
Renée Deliot participe avec ses scénarios à améliorer l’image d’Ausonia, le rendant plus sophistiqué. Ce dernier évolue d’un personnage de « Monsieur muscles » vers celui de gentleman espion ne déparant pas dans un drame bourgeois. Par la construction du récit, l’auteure met cependant toujours en valeur la force de son comédien. Ainsi le point d’orgue de presque tous ses films reposent sur la confrontation physique finale entre le héros et son antagoniste. La répétition de cette configuration fait d’Ausonia un label, et ce grâce au rôle majeur de la scénariste oublié par la suite.
Mario Guaita et Renée Deliot sont à l’origine d’une dizaine de films produits en quatre ans : L’Atleta fantasma de Raimondo Scotti mais également Lotte di giganti (1919), Atlas, La Cintura della Amazzoni (1920), Sotto i ponti di Parigi, La Mascotte di Sparta, La Nave dei miliardi, Frisson, Gli spettri della fattoria et Il pescatore di perle (1923) réalisés par Mario Guaita. Selon Monica Dall’Asta, professeure d’études de films et médias à l’université de Bologne en Italie, Renée Deliot est « la seule femme qui semble avoir exercé de façon continue en tant que scénariste » dans les premières années du cinéma européen.
Seul un de ses scripts – celui du film L’Atlas – est encore conservé au Musée national du cinéma de Turin. Néanmoins, beaucoup des films qu’elle a scénarisé sont archivés. Une des bobines du film La Donna carnefice nel paese dell’oro de 1926, distribué en France par Ausonia-Film avec Mario Guaita-Ausonia, appartenant aux collections de la Cinémathèque de Toulouse est conservée au CNC.
Au-delà du métier de scénariste
L’Histoire, marquée notamment par les quelques critiques cinématographiques contemporaines, retient principalement de Renée Deliot son rôle d’acolyte de Guaita. En 1923, un journaliste du magazine de critique italien La Rivista Cinematografica la qualifie de « bonne fée d’un grand acteur ». Pourtant, son influence est bien plus importante. Selon des techniciens de plateau, Renée Deliot a parfois participé à la direction des films et endossé le rôle d’assistante-réalisatrice.

En 1923, le couple quitte l’Italie pour Marseille. Le régime de Mussolini n’apprécie guère la présence de personnes étrangères dans les films produits dans le pays. C’est en France que le duo créé sa propre société de production et de distribution baptisée Ausonia Film. Ils collaborent aussi avec la société Lauréa Films dirigée par le réalisateur et scénariste marseillais Paul Barlatier.
En France, le travail du couple est tout aussi intense : ils participent aux films Mes p’tits et La Course à l’amour de Paul Barlatier (1923) et développent Dans les mansardes de Paris, Follie d’atleta, et La Donna carnefice nel paese dell’oro réalisés par Mario Guaita (1926).
En 1926, leur activité s’arrête. Mario Guaita devient progressivement aveugle et ne peut désormais plus apparaître à l’écran. À la même période, Renée Deliot cesse d’écrire. Selon certaines sources, le couple aurait par la suite dirigé un cinéma dans Marseille durant plusieurs années au sein du quartier de la Pointe Rouge. Mario Guaita meurt en 1956, un an après son mariage avec Renée Deliot. Cette dernière décède quatre ans après en 1960. Il est alors marqué sur son certificat de décès : « sans profession ».
Sources
Albera, François and Jean A. Gili, eds. « Dictionnaire du cinéma français des années vingt » 1895 33 (June 2001): 1-424.
Dall'Asta, Monica. « Non solo dive. Pioniere del cinema italiano », Non solo dive. Livret introductif, 2007
« Guaita », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze. Revue de l'association française de recherche sur l'histoire du cinéma, no 33, 1er juin 2001, p. 202–223
Martinelli, Vittorio and Mario Quargnolo. Maciste & Co.: I giganti buoni del muto italiano. Gemona: Edizioni Cinemapopolare, 1981.
Morozzani, F., « La Buona Fata d'un Grande Attore. Una visita ad Ausonia », La Rivista Cinematografica, 25 septembre 1923, p. 57
Veronesi, Micaela. "Renée Deliot." D’après Jane Gaines, Radha Vatsal, et Monica Dall’Asta, eds. Women Film Pioneers Project. New York, NY: Columbia University Libraries, 2018.