« Un travail de fourmi, de patience, de précision » : les effets visuels des « Misérables »

« Un travail de fourmi, de patience, de précision » : les effets visuels des « Misérables »

21 octobre 2026
Cinéma
« Les Misérables » réalisé par Fred Cavayé, avant/après le travail effectué par La Compagnie Générale des Effets Visuels
« Les Misérables » réalisé par Fred Cavayé, avant/après le travail effectué par La Compagnie Générale des Effets Visuels Curiosa Films / Eskwad / Studiocanal TF1 Films production

Le superviseur David Brochard et la directrice des productions Séverine De Wever racontent le travail réalisé par La Compagnie Générale des Effets Visuels (CGEV) pour la nouvelle adaptation cinématographique des Misérables, mise en scène par Fred Cavayé.


Il a fallu un an et demi à l’équipe de La Compagnie Générale des Effets Visuels (CGEV) entre janvier 2025 et août 2026, pour finaliser Les Misérables. Une durée courante pour un film de cette envergure selon David Brochard, superviseur du projet. « Il y a trois phases : avant, pendant et après le tournage », poursuit-il. Dès la réception du scénario le 30 janvier 2025, une importante préparation se met en place avant de filmer.

« Au début, seulement quelques personnes interviennent », explique David Brochard. Accompagné de Séverine De Wever et d’Alain Carsoux, le directeur de la société, il suit la préparation du tournage, en lien étroit avec le réalisateur et les chefs des divers départements. Un travail qui leur permet d’anticiper et de déterminer à quels moments la CGEV devra intervenir et apporter son expertise.

« Chaque chef de département a un cahier des charges et des consignes que nous devons connaître par cœur. Nous devons savoir dans quelle direction ils souhaitent aller pour respecter au maximum ce qu'ils ont prévu ». Cela permet alors à la CGEV de définir ses besoins pour sa propre équipe, agrandie au fur et à mesure du processus, selon la quantité de plans et le délai. « Même s’il y a un plus petit nombre de plans, si le délai est très court, nous aurons besoin de plus de personnes », souligne le superviseur.

 

Un projet hybride

Au total, 70 personnes ont travaillé sur les 728 plans des Misérables nécessitant des effets visuels, répartis entre compositeurs, modeleurs, textureurs, lighters, riggers… « Une liste très longue » de spécialités se sont succédé sur le film, principalement à l’aide des logiciels de 3D Maya et Houdini, et de Nuke pour le compositing [qui consiste à assembler, superposer et harmoniser plusieurs couches et sources d'images différentes, NDLR]. 

Les Misérables a été un film hybride du point de vue du superviseur : un mélange entre différentes disciplines. Cela représente une majorité de projets à la CGEV, où la spécialité relève des « VFX pour le cinéma », souligne David Brochard. « Ce que nous faisons le plus rarement, ce sont les séquences totalement animées ». L’objectif est, grâce à la diversité de l’équipe constituée, de répondre aux demandes, envies et contraintes du réalisateur.

Pour répondre le plus efficacement à ces demandes, la CGEV a dû se préparer en amont en établissant un lien solide avec les différentes équipes du tournage, notamment celle de la décoration. « Nous travaillons toujours en étroite collaboration avec les chefs décoration », développe Séverine De Wever, directrice des productions à la CGEV. « Nous récupérons tous leurs dossiers, leurs références… Ils font un travail énorme et très important, qui nous permet de créer nos décors ». Toutefois, si le dégrossissement du travail par l’équipe de décoration est primordial, il ne se suffit pas à lui-même. « Il faut faire ses propres recherches », appuie David Brochard, devenu depuis expert en anachronismes de gouttières et de trottoirs.

« Les Misérables » réalisé par Fred Cavayé, avant/après effets visuels de La Compagnie Générale des Effets Visuels
« Les Misérables » réalisé par Fred Cavayé, avant/après le travail effectué par La Compagnie Générale des Effets Visuels Curiosa Films / Eskwad / Studiocanal TF1 Films production

Travail d’orfèvre

Chaque élément visible à l’image doit être passé au crible pour s’assurer que la présence de certaines incohérences par rapport à l’époque du film ne desserve pas la narration. « C’est surtout esthétique. Quand une vieille gouttière en métal traverse l'image de haut en bas, cela attire davantage l'œil qu'un trottoir qui est recouvert de paille et de boue », précise le superviseur. À raison d’une vingtaine d’arbitrages par jour en moyenne, la responsabilité finale de décider si l’élément sera en prises de vues réelles ou modélisées revient à la production (Curiosa Films et Eskwad), qui tranche à partir de devis.

Sur plus de 70 journées de tournage des Misérables, la CGEV a été présente « un peu plus de 50 jours », indique David Brochard. Il se souvient d’un tournage parfois compliqué, comme pour cette séquence des barricades, avec des scènes de bagarre nécessitant de nombreux figurants, tournée pendant deux semaines à Bordeaux, en pleine canicule de l’été 2025. Pour les sociétés d’effets visuels, la prise de vues ne représente que l’introduction de leur mission. La fabrication de cette séquence a duré quatre mois : à chaque fusil, il a fallu rajouter une baïonnette, interdite sur le tournage, même en version factice. « C'est un travail de fourmi, de patience, de précision » , confirme le superviseur.

Comment se répartir ce travail d’orfèvre en interne ? Plutôt que d’assigner une tâche unique par personne, potentiellement répétitive et psychologiquement difficile, chaque membre de l’équipe travaille sur plusieurs tâches, « pour varier un peu », sourit David Brochard. « Sur des longs projets, il est primordial de maintenir le rythme, mais de ne perdre personne. »

« Les Misérables » réalisé par Fred Cavayé, avant/après effets visuels de La Compagnie Générale des Effets Visuels
« Les Misérables » réalisé par Fred Cavayé, avant/après le travail effectué par La Compagnie Générale des Effets Visuels Curiosa Films / Eskwad / Studiocanal TF1 Films production

Communication étroite

Ce travail minutieux est également réalisé en collaboration avec d’autres équipes que la décoration. Par exemple, la société va intervenir si l’équipe maquillage a manqué de temps lors du tournage. Rajeunissement, vieillissement ou simple oubli d’une épingle : les effets visuels corrigent et adaptent l’image. « Nous intervenons pour que vous ne le voyiez pas. Mais en réalité, si nous n’intervenons pas, c’est là que ça saute aux yeux », confirme David Brochard. Le superviseur des effets visuels prend pour exemple les murs, qu’il faut patiner, c’est-à-dire salir : « Sur le tournage, cela ne gênait pas, mais ensuite, à l'image, c’était trop propre. »

Pour garantir cette justesse historique, tous les niveaux de l’équipe en charge doivent être informés des critères pour éviter les erreurs, et ainsi économiser du temps et de l'argent perdus à refaire des éléments. « C’est un vrai travail de communication pour tout transmettre », appuie le superviseur. Pour cela, la CGEV peut compter sur ses propres locaux. Séverine De Wever explique avoir installé le réalisateur des Misérables, Fred Cavayé, dans leurs salles de montage : un accès pratique et agréable pour les équipes, qui bénéficient ainsi d’un lien direct avec le cinéaste, lequel garde un œil sur l’avancée des effets visuels. La meilleure configuration possible pour la directrice des productions : « Cela signifie que nous sommes au plus proche de ce qu’il désire ».

Cette collaboration n’est pas unilatérale : il est arrivé que Fred Cavayé profite de la proximité avec les équipes VFX pour leur demander ponctuellement conseil sur le montage du film. Pour Séverine De Wever, « c’est un gain de temps pour tout le monde », plus pratique que de passer par des intermédiaires pour organiser des rendez-vous officiels, ou d'échanger à distance. Cette centralisation des outils et des personnes à la CGEV permet non seulement de prendre des directives, mais aussi de prendre du recul, nécessaire à donner un avis plus objectif sur le travail.

Le directeur de la société, Alain Carsoux, a rempli ce rôle. Contrairement à l’équipe VFX du film, « il voit la quintessence du travail, avec un avis qui est plus froid que celui des autres », analyse David Brochard. Le meilleur moyen d'assurer le niveau des effets visuels et de proposer une prestation de qualité.

LES MISÉRABLES

Affiche de « LES MISÉRABLES »
Les Misérables StudioCanal

Réalisation et scénario : Fred Cavayé
Production : Curiosa Films, Eskwad
Coproduction : STUDIOCANAL, TF1 Films Production
Production étrangère : Umedia
Distribution : StudioCanal
Ventes internationales : StudioCanal
Sortie le 14 octobre 2026

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