Bong Joon-ho en 5 films

Bong Joon-ho en 5 films

04 juin 2019
Cinéma
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Parasite
Parasite 2019 CJ ENM Corporation Barunson E&A
Parasite, Palme d’or au dernier Festival de Cannes, sort sur les écrans mercredi 5 juin : retour sur la carrière protéiforme et impressionnante de son réalisateur, le Coréen Bong Joon-ho.

Memories of Murder  (2003)

Au début des années 2000, la mode du film de serial killer est terminée. Les sommets du genre (Manhunter, Le Silence des agneaux ou Seven) sont déjà loin et le tueur en série ne fait plus recette. Jusqu’à l’apparition inattendue d’un thriller coréen, deuxième film d’un jeune réalisateur surdoué. Memories of Murder, injustement moins connu du grand public que Old Boy de Park Chan-wook, est un polar d'une densité folle qui suit deux inspecteurs aux méthodes différentes enquêtant sur le viol et le meurtre de jeunes femmes dans la campagne coréenne. Le film passe de moments burlesques à l'horreur pure pour raconter un fait divers aussi macabre que réel. Mais c’est surtout un grand film politique qui fait le portrait de la Corée du Sud des années 80, au moment où elle s’extirpe de la dictature pour passer à la démocratie.

 

The Host (2006)

Issu d'une mutation génétique causée par le déversement de produits toxiques dans la rivière traversant la ville, un monstre carnivore a élu domicile dans les égouts de Séoul et sème la mort parmi la population. Lorsqu’il enlève une adolescente, sa famille va tout faire pour l'arracher des griffes du redoutable prédateur. Nourri de références aux classiques américains du genre (de King Kong à Alien, en passant par Les Dents de la mer), The Host est beaucoup plus qu’un film de monstre. En mélangeant avec une maestria confondante la satire politique, le mélo familial, la comédie et le plaidoyer écolo, ce grand film mutant impose Bong Joon-ho sur la carte des réalisateurs à suivre.

 

Mother  (2009)

Après le film de monstre, un grand film d’amour. Celui d’une mère pour son fils. Quand le jeune homme est accusé d’avoir tué une femme, sa maman part enquêter pour prouver son innocence. Si Bong Joon-ho signe d’abord un drame psychologique intense, il bouscule et « parasite » constamment son mélo en multipliant les rebondissements et les ruptures de ton et en empruntant des éléments du film criminel. Derrière l’intrigue policière, ce que cherche à révéler Bong Joon-ho, c’est l’inconscient des personnages et celui de la Corée du Sud, partagé entre archaïsme et modernité. Car Mother est une violente critique des dysfonctionnements des institutions coréennes et du regard aveugle que la société porte sur certains individus.

 

Snowpiercer  (2013)

Devenu un auteur majeur en Asie, Bong Joon-ho fait une première tentative internationale en adaptant la BD française Le Transperceneige de Jean-Marc Rochette et Jacques Lob. Nous sommes en 2031. Une nouvelle ère glaciaire frappe la Terre. Les derniers survivants ont pris place à bord d’un train gigantesque condamné à tourner autour du globe sans jamais s’arrêter. Dans ce train futuriste fendant la glace, la hiérarchie des classes a repris forme. Mais une poignée d’hommes tente de faire la révolution. Porté par un casting impressionnant (Chris Evans, Jamie Bell et Tilda Swinton sont à bord du monstre de fer), ce qui risquait d'être une lourde métaphore politique devient un chef-d’œuvre cinématographique aussi divertissant que spectaculaire grâce à la mise en scène folle de Bong Joon-ho. Les moyens faramineux ne brident jamais sa folie baroque, ses visées poétiques et la liberté d'un cinéaste qui, derrière le genre, tisse une formidable parabole politique.

 

Parasite (2019)

Après deux films en langue anglaise (Snowpiercer et Okja), Bong Joon-ho revient en Corée et signe un jeu de massacre en forme de thriller. Plus que jamais, sa maîtrise formelle, ses cadres et ses mouvements de caméra renversants de beauté impressionnent dans cette description d’une famille sans le sou qui va progressivement investir la maison d’un couple très fortuné, provoquant le chaos et déclenchant un engrenage de violence. On n’en dira pas plus pour préserver les multiples rebondissements d’un film dont une partie du plaisir repose précisément sur les effets de surprise. Drôle, violent, émouvant, Parasite a reçu la Palme d’or du dernier Festival de Cannes.