Festival d’Angoulême : l’Algérie à l’honneur

Festival d’Angoulême : l’Algérie à l’honneur

25 août 2021
Cinéma
Abou Leila
Abou Leila UFO Distribution
Du 24 au 29 août, la 14e édition du Festival du film francophone d’Angoulême est dédiée au cinéma algérien. Elle propose un panorama de quinze longs métrages, des années 1970 à nos jours, parmi lesquelles ces cinq œuvres particulièrement marquantes.

Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina (1975)

Né en 1934, Mohammed Lakhdar-Hamina a connu une première sélection cannoise pour Le Vent des Aurès, reparti de la Croisette avec le prix de la première œuvre en 1967. Chronique des années de braise est son quatrième long métrage. Son récit débute en 1939 pour s’achever le 1er novembre 1954, jour de déclenchement de la révolution algérienne - qui conduira à l’indépendance du pays. Le cinéaste y raconte en six volets (les années de cendre, les années de braise, les années de feu, l’année de la charrette, l’année de la charge, le 1er novembre 1954) tout le trajet – expropriation des terres, déculturation… – qui a conduit à cette révolte. En cette année 1975, l’annonce de la sélection du film à Cannes va provoquer de nombreux remous. Le maire de l’époque, Bernard Cornut-Gentille, déclare craindre les réactions des rapatriés algériens installés dans sa ville, encore traumatisés. Pendant le festival, les menaces d’attentat sont quotidiennes, deux bombes explosant même aux abords du Palais. Le jury présidé par Jeanne Moreau lui décerne la Palme d’or face à Lenny de Bob Fosse, Parfum de femme de Dino Risi ou encore Section spéciale de Costa-Gavras. La toute première Palme d’or algérienne, et la seule à ce jour, qui vaudra au réalisateur une recrudescence des menaces de mort à son endroit de la part de l’OAS, mais aussi, de l’autre côté de l’échiquier politique, des réactions de déception de la part du gouvernement algérien, jugeant que le peuple d’Algérie n’avait pas été assez mis en avant.

De Hollywood à Tamanrasset de Mahmoud Zemmouri (1990)

Formé à Louis-Lumière et à l’IDHEC, Mahmoud Zemmouri s’est fait connaître comme comédien (Tchao Pantin de Claude Berri, La Smala de Jean-Loup Hubert) tout en menant en parallèle, dès le milieu des années 70, une carrière de cinéaste. De Hollywood à Tamanrasset est son troisième long métrage et s’inscrit dans ce qui définit l’ensemble de son œuvre : la dérision, et les influences assumées du cinéma néoréaliste italien pour aborder les problématiques de la société algérienne. Ici, alors que la décennie rouge (1992-1997) qui fera plus de 150 000 morts va débuter, il raconte un pays divisé entre son désir d’ouverture à l’occidentalisme et l’intégrisme religieux - qui ne cesse de monter et auquel il n’hésite pas à s’attaquer. Cette comédie marque la fin d’une époque puisque le nouveau régime en place va fermer le CAAIC (Centre algérien pour l’art et l’industrie cinématographique), l’entreprise nationale de production cinématographique qui a participé au financement du film, provoquant la mise au chômage de nombreux techniciens et cinéastes ainsi qu’à une chute drastique du nombre de films produits par an : une petite dizaine au mieux.

Cheb de Rachid Bouchareb (1991)

Six ans après son premier film, Bâton rouge, Rachid Bouchareb a l’idée de Cheb (qui signifie « jeune » en arabe) alors qu’en vacances dans sa famille en Algérie, il découvre dans la bibliothèque de sa sœur un article relatant avec détails une expulsion. Immédiatement, il s’imagine dans la peau de la personne concernée : comment réagirait-il si on le renvoyait de France pour vivre en Algérie ? Il développe cette idée avec Abdelkrim Bahloul (le réalisateur du Thé à la menthe) et Christian Zerbib. Puis il coproduit le film avec la société 3B Productions, qu’il vient de créer avec Jean Bréhat et Jean Bigot. Cheb vaudra à Rachid Bouchareb sa première reconnaissance internationale grâce à sa sélection au Festival de Cannes – dans la section Perspectives du cinéma français –, d’où il repartira avec le prix de la Jeunesse avant d’être choisi par l’Algérie pour représenter le pays dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Quinze ans plus tard, Bouchareb triomphera sur la Croisette avec Indigènes, récompensé à travers son quintet d’acteurs : Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Bernard Blancan.

Le Harem de Madame Osmane de Nadir Moknèche (2000)

Né en 1965 à Paris de parents algériens, Nadir Moknèche a passé son enfance et son adolescence à Alger, avant de retourner passer son bac en France, y prendre des cours à l’école du Théâtre national de Chaillot puis fréquenter les bancs de la New School for Social Research de New York et de l’université de Pérouse où il étudiera l’histoire de l’art. Le Harem de Madame Osmane est son premier long métrage en mode « femmes au bord de la crise de nerfs ». Avec ce film inspiré par sa propre enfance, il entendait célébrer au grand jour la force de carctère des femmes alégériennes et leur manière de prendre les choses en main. Le côté « almodovarien » du film se retrouve de manière symbolique dans le choix de celle qui en tient le rôle-titre : Carmen Maura, l’héroïne de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, Dans les ténèbres, La Loi du désir, Matador ou encore Femmes au bord de la crise de nerfs.

Abou Leila d’Amin Sidi-Boumédiene (2019)

C’est en 2009 qu’Amin Sidi-Boumediène a l’idée de ce premier film qui ne verra le jour que dix ans plus tard, après un long processus d’écriture et de réécriture. Sélectionné à la Semaine de la critique cannoise, Abou Leila se situe au cœur des années sanglantes de la guerre civile algérienne, comme le Papicha de Mounia Meddour sorti la même année. Son récit se déroule en 1994, mais en lieu et place d’une reconstitution, le cinéaste délivre une réflexion plus générale, plus universelle et plus intemporelle sur la violence. Il entend ainsi ne pas être réduit à un simple rôle de témoin ou de débatteur de questions de société, aussi essentielles soient-elles. Ses partis pris de mise en scène sont forts et abordent différents genres du 7e art, du thriller politique au western métaphysique. Il écrit ainsi un nouveau chapitre du cinéma algérien, que célèbre en beauté cette édition 2021 du Festival du film francophone d’Angoulême.