Olivier Derivière, la musique en action

Olivier Derivière, la musique en action

20 septembre 2021
Jeu vidéo
Olivier Derivière a composé la musique de titres majeurs du jeu vidéo dont A Plague Tale : Innocence et Assassin's Creed IV.
Olivier Derivière a composé la musique de titres majeurs du jeu vidéo dont "A Plague Tale : Innocence" et "Assassin's Creed IV". DR
Dans le monde en perpétuelle expansion qu’est le jeu vidéo, le compositeur français s’est fait un nom en signant notamment les musiques de Streets of Rage 4, A Plague Tale : Innocence ou encore Assassin’s Creed IV... Portrait d’un artiste au service de tous les univers.

Le Français Olivier Derivière, 42 ans, est l’un des compositeurs de musique de jeux vidéo les plus demandés au monde. Il travaille actuellement pour des clients allemands, américains ou encore polonais. Son nom est associé aux jeux Obscure, Destination Treasure Island, Assassin Creed IV – Black Flag, The Technomacer et plus récemment A Plague Tale : Innocence ou Streets of Rage 4. Le musicien n’est pas arrivé là par hasard. « J’ai toujours été extrêmement joueur. Le jeu vidéo est une invitation au voyage comme seule la littérature peut le proposer. » 

À l’orée des années 80, Olivier Derivière est encore un enfant. Le marché du jeu vidéo aussi. Tout est à inventer, ou ré-inventer. Si on s’en tient à la musique, censée illustrer les mondes proposés, le joueur évolue alors au rythme de sons qui accompagnent le mouvement de son personnage. Ces sons comparables à des onomatopées électroniques signalent les réussites et les échecs au cours de la partie. Cela n’empêche pas certains musiciens comme le Japonais Koji Kondo – associé aux hits Super Mario ou The Legend of Zelda – de composer de véritables œuvres d’art bruitistes à partir de cette « matière » considérée comme « impure ». Ce temps-là est aujourd’hui révolu et la musique des jeux vidéo n’a plus rien à envier à celle composée pour le cinéma, à laquelle on ne cesse de la comparer. Preuve de ce nouveau statut, certaines BO ont désormais les honneurs d’une édition en disque vinyle. L’univers sans cesse en expansion des jeux vidéo où les limites spatiales ne semblent plus avoir de frontières, offre aux musiciens des possibilités, elles aussi, décuplées.

Le sens du rythme

La musique est arrivée dans la vie d’Olivier Derivière bien avant le jeu vidéo. Son « voyage » personnel débute à Nice quand ses parents l’inscrivent au conservatoire à l’âge de 5 ans. « Très vite, mes professeurs décèlent chez moi un sens du rythme inné. On m’incite à poursuivre et je me retrouve à suivre des cours de percussion classique. À 12 ans, j’étudie l’harmonie, le contrepoint, l’orchestration... Contrairement à l’univers du jeu vidéo qui a été une vraie révélation, la musique a toujours fait partie de moi. » Et de fait, si Olivier Derivière continue de développer sa fibre musicale, le jeune homme est un vrai gamer. Plutôt que chef d’orchestre ou soliste, il se rêve ingénieur informatique. « À l’époque, on me riait au nez. Les ordinateurs, les consoles n’avaient pas encore envahi notre quotidien... » Avec des copains, il crée un groupe de demo-making [productions informatiques mêlant graphisme, musique et animation, NDLR]. Olivier, on s’en doute, s’occupe de la musique. Un bac scientifique en poche, le jeune homme laisse de côté des études de maths, « je n’étais pas assez bon », et se demande alors comment concilier plus sérieusement sa passion pour le jeu vidéo et la musique.

Un parrain nommé John Williams

Il n’a toutefois pas trop le temps de tergiverser car il décroche une bourse pour étudier au prestigieux Berklee College of Music de Boston. Un monde s’ouvre à lui. « Dans le cadre de mes études, on me propose de suivre le Boston Symphony Orchestra. Tous les jours, j’assiste aux répétitions, je vais à tous les concerts et me retrouve face aux plus grands chefs d’orchestre. C’était la meilleure formation possible. » Le célèbre compositeur américain John Williams (Les Dents de la mer, Les Aventuriers de l’arche perdue, Star Wars...) est alors à la direction de l’Orchestre Boston Pops. Il propose à Olivier Derivière, dont il aime la passion et le talent, de la rejoindre à Los Angeles. L’idée de se lancer dans le grand bain hollywoodien excite évidemment le jeune homme. « C’était au début de l’été 2001. Je retourne en France et prépare mon voyage pour la Californie. Le mois de septembre arrive. Le 11, les tours jumelles s’effondrent et mon rêve américain avec. Que faire ? »

Liberté totale

Olivier Derivière, de retour à Paris, cherche des contacts dans une industrie du jeu vidéo « encore minuscule » dans l’Hexagone. Toutefois, sa formation de musicien couplée à sa grande connaissance de la technologie va très vite le faire remarquer. La société de production Hydravision (ancêtre de Mighty Rocket Studio) lui propose de mettre en musique leur nouveau-né, Obscure, en 2004. « Venant d’un univers classique, mon ambition affichée était d’être aussi exigeant en qualité que pouvait l’être un compositeur de musique de film. C’est pour cela que j’ai travaillé sur mon premier jeu avec le chœur d’enfants de l’Opéra de Paris. » Il ajoute, comme pour couper court à toute mauvaise interprétation :

Je n’ai jamais ressenti de complexe vis-à-vis des compositeurs de musiques de film, dans le jeu vidéo, la liberté est totale. Ma musique n’a pas vocation à être simplement illustrative comme au cinéma, qui est un univers passif par nature. Le jeu vidéo est synonyme d’action et d’interaction…

Depuis 2004, le musicien ne cesse de voyager dans les univers infinis du jeu vidéo avec l’ambition d’en révéler, par sa musique, la complexité et la richesse. « L’appellation “jeu vidéo” est en soi réductrice. Si la notion de jeu est bien sûr très importante, je préfère utiliser le terme d’expérience. Ma musique est tout entière au service de cette expérience. Que va-t-elle apporter ? Elle peut accompagner une action, illustrer une atmosphère particulière, mettre en avant une émotion... La musique du jeu vidéo n’est plus prisonnière d’un environnement hermétique où l’ordinateur adaptait lui-même les sons en fonction du déroulé d’une partie, elle s’est libérée de ces contraintes... »