Monsieur le Président de l’AFCAE,
Mesdames et Messieurs, chers exploitants Art et Essai,
J’ai un plaisir particulier à vous retrouver à l’occasion de cette assemblée générale, et au moment où le festival de Cannes s’apprête à lever le rideau d’une 79e édition qui promet d’être magnifique.
Avant de commencer, permettez-moi de vous présenter, à mes côtés et aux côtés de Lionel Bertinet, Sophie Zeller, notre nouvelle directrice des publics et des territoires.
Ces publics, ces territoires, sont précisément au cœur de ce qui nous réunit depuis maintenant soixante-dix ans.
70 ans de l’AFCAE, 80 ans du CNC et presque 80 ans également pour le festival de Cannes : toutes ces bougies que nous soufflons ensemble ne sont pas une coïncidence.
Ces trois piliers du cinéma en France ont été fondés presque au même moment, portés par la même conviction : le cinéma est grand parce qu’il est divers, et cette diversité du cinéma est notre bien le plus précieux. C’est un bien fragile si l’on n’en prend pas soin ; puissant si on sait le cultiver et l’orienter. C’est en tout cas cette diversité qui fait du cinéma un art majeur. Diversité de la création, bien sûr ; diversité des modes d’exploitation, aussi, car la diversité du cinéma n’est rien si on ne la rend pas pleinement accessible et désirable auprès du plus grand nombre de spectateurs.
Voilà, je crois, ce qui nous rassemble ici ; ce qui fait de l’Art et Essai le coeur battant du cinéma en France. La diversité de la création cinématographique mérite une attention particulière ; la diffusion des œuvres les plus belles, les plus exigeantes, auprès du public le plus large possible, et sur l'ensemble du territoire, est un enjeu politique au sens le plus noble du terme. 70 ans plus tard, 80 ans plus tard, ces fondements sont toujours d'actualité. Et je crois même qu’ils sont plus importants que jamais.
Le contexte général : état des lieux de la fréquentation
Avant d'entrer dans les sujets du jour, je veux dire quelques mots du contexte dans lequel nous nous trouvons, parce qu'il conditionne tout ce que nous allons évoquer ensemble.
La fréquentation, tout d’abord. Ce début d’année marque un réjouissant retour dans les salles, après une année 2025 qui a souffert d’un manque de films porteurs. On peut d’ailleurs se réjouir que les œuvres françaises aient occupé et occupent encore le haut de l’affiche, dans des genres très différents : Marsupilami, Gourou, Les Enfants de la Résistance, Juste une illusion, pour ne citer que quelques titres.
Du côté des films recommandés art et essai, les données sont très encourageantes également. Depuis janvier, Hamnet a séduit près de 550 000 spectateurs, Father Mother Sister Brother près de 300 000 et, du côté français, Furcy né libre près de 204 000 et Ma frère 212 000. Ce sont des films très différents, mais ils ont en commun d'avoir été portés par des salles – les vôtres – qui ont cru dans ces films.
La part de marché des films recommandés art et essai progresse : près de 30% des entrées en 2025, contre 25% en 2024. Et, sur les seuls films sortis dans l'année, 25% en 2025 contre 22% en 2024. Ce sont des chiffres qui méritent d'être salués, et qui montrent bien que les œuvres exigeantes peuvent tout à fait trouver leur public, quand elles sont bien défendues.
Ces succès ne doivent toutefois pas être l’arbre qui cache la forêt : la fréquentation globale est encore très en-deçà des niveaux d’avant COVID – moins 20% environ. C'est un chiffre qui mérite d'être regardé en face. Dans le monde, la tendance est encore plus sévère : la fréquentation mondiale n'atteint plus que 60% de son niveau de 2019. Nous résistons mieux que la plupart de nos voisins – et nous tous ici savons bien pourquoi : grâce à un réseau de salles dense, à une politique de soutien cohérente, à une programmation diverse. Mais la tendance est là et on ne peut s’en satisfaire. Il nous faut faire la bonne analyse et agir en conséquence.
Ce recul de fréquentation est multifactoriel. Il y a bien sûr la concurrence des plateformes de streaming, qui ont profondément modifié les habitudes des spectateurs. Il y a surtout, aujourd’hui, la bascule des usages vers les contenus gratuits – YouTube, TikTok et les autres médias sociaux – qui captent une part croissante de l'attention, notamment des jeunes publics, et qui menace d’ailleurs aussi les plateformes de streaming. Pour le dire simplement, ce n’est plus tant Netflix qui concurrence la salle de cinéma ; c’est davantage la salle de cinéma et Netflix qui sont concurrencés par Youtube. Et il y a, plus profondément, une transformation du rapport au temps et à l'attention que nous ne pouvons pas ignorer : dans un monde saturé d'images et de contenus, aller au cinéma – c'est-à-dire accepter de s'asseoir dans le noir pendant 1h30, 2h, parfois un peu plus, de se laisser emmener par une histoire sans regarder son téléphone – tout cela est devenu un acte qui demande un effort. Un effort que nous devons continuer à rendre accessible et désirable, parce que nous savons combien il est réjouissant et nécessaire. Les salles art et essai sont en première ligne de ce défi, et c'est pourquoi votre réseau est plus précieux, plus vital que jamais. Vital pour le cinéma. Vital pour notre société.
L’autre élément de contexte que je voudrais évoquer, à côté de la fréquentation, c’est le contexte politique. Après une année qui a vu le dépôt de deux amendements proposant la suppression du CNC, et à quelques mois de l’élection présidentielle, nous pouvons noter que les attaques contre notre modèle cinématographique ne faiblissent pas, et se saisissent plutôt de tout prétexte pour faire pleuvoir de nouveaux coups.
Face à cela, je nous invite à être à la fois mobilisés et sereins. Mobilisés pour répondre aux critiques qui sont sincères, et qui peuvent être justifiés. Mobilisés aussi pour faire savoir combien certaines polémiques ne grandissent pas ceux qui les lancent, notamment ceux qui posent des questions tendancieuses ou outrancières sans être intéressés par les réponses que nous avons pourtant à apporter. On a tout à fait le droit de ne pas aller au cinéma, mais il y a une certaine contradiction, quand on se dit patriote, à attaquer un modèle qui est, en matière de souveraineté culturelle et industrielle, l’une des plus grandes réussites françaises. Mobilisés donc, mais aussi sereins. Car nous savons nos forces, nous sommes – vous êtes – en situation de parler à nos concitoyens, de faire le lien entre les films qu’ils aiment voir chez vous, et le modèle qui rend ce plaisir du cinéma tout simplement possible.
Une fréquentation qui remonte mais qui reste sous tensions ; un moment lourd d’interrogations, à l’approche d’échéances politiques majeures : dans un tel contexte, qui touche toutes les salles de cinéma, nous avons besoin de faire front commun. Et de ce point de vue, je trouve absolument inacceptable de nourrir, d’une façon ou d’une autre, des tensions dont tout le monde ressortira perdant.
Relations exploitants-distributeurs
C’est le premier sujet que je voudrais aborder ce matin : celui des relations entre exploitants et distributeurs, et au sein de l’exploitation elle-même. Les conflits dans certaines zones concurrentielles ont atteint une intensité inédite. Ce n'est pas un phénomène nouveau, mais son ampleur actuelle est préoccupante et elle nuit à l'ensemble de la filière, et notamment aux films que vous défendez.
Vous le savez : le CNC a engagé des travaux au sein du comité de concertation – et je vous remercie d’ailleurs, cher Guillaume, d’y apporter vos lumières, comme je remercie notamment Richard Patry et Christine Beauchemin-Flot que j’ai aperçus tout à l’heure et qui font partie des sept exploitants qui siègent dans ce comité. Nous avons déjà publié deux recommandations de bonnes pratiques, la première sur les avant-premières massives, la deuxième sur l’accès des salles aux films.
Je sais que cette recommandation a été jugée décevante par certains. Je serai d’accord avec ceux-là, non pas sur sa rédaction, mais sur sa mise en œuvre.
Il n’y a pas de rédaction parfaite, mais je peux vous assurer que grâce au travail du comité de concertation, le CNC a mis sur le papier un ensemble de principes qui, certes, ne font pas la révolution, mais permettent de revenir aux fondamentaux d'une coexistence pacifique des exploitants et des distributeurs, dans l’intérêt des œuvres et des spectateurs. Ces recommandations ne peuvent pas tout, mais elles peuvent fournir la base d’un travail plus ambitieux, sur un certain nombre de sujets d’importance.
La déception que je reconnais bien volontiers est que les effets de cette recommandation tardent à se faire sentir sur le terrain : nous faisons du sur place, quand nous ne régressons pas. Tout simplement parce que certains, ici et là, font comme si cette recommandation n’existait pas, ou en ont fait une lecture qui les arrangeait bien.
Sans attendre un réveil collectif sur la nécessité de lire cette recommandation, et de voir que ce n’est pas simplement un instrument pour montrer que le voisin a tort, mais que chacun a une part du travail à faire, j’ai souhaité que le CNC fasse avec la Médiatrice du cinéma un travail spécifique sur les zones qui concentrent les plus grandes tensions.
Des réunions de médiation ont été organisées, informellement dans un premier temps, pour tenter d'apaiser les situations les plus difficiles. Mais le dialogue ne suffit pas toujours – comme la récente affaire avec Mégarama vient de le montrer.
Ce cas illustre parfaitement ce que nous ne pouvons pas tolérer. Fin avril, Le Monde révélait que ce circuit avait exigé de plusieurs distributeurs de ne pas concéder leurs films, à leur sortie nationale, à certains cinémas concurrents des siens. Une telle démarche, qu’elle ait produit des effets ou non, est totalement contraire à nos recommandations, totalement contraire à l'intérêt général.
J'ai donc saisi la Médiatrice du cinéma le 30 avril et j’ai tenu à rendre cette saisine publique, pour permettre à tous les exploitants et distributeurs concernés de se manifester. Laurence Franceschini, qui est parmi nous ce matin et que je veux saluer chaleureusement, a répondu avec une remarquable efficacité : dès le 7 mai, elle a prononcé une injonction à l'encontre de Mégarama. Je veux lui dire ici, devant vous, ma reconnaissance pour sa réactivité et sa détermination. Nous irons aussi loin que nécessaire pour que ces pratiques cessent. Ce réseau de salles – le vôtre, celui de tous les exploitants indépendants – mérite d'accéder aux films dans des conditions équitables. Ce n'est pas négociable et cette injonction est un signal fort. Je veillerai à ce qu’il soit entendu et compris par tous.
Mais cette affaire me préoccupe aussi pour une autre raison : l’étalage dans la presse et sur la place publique des tensions au sein de l’exploitation. De nombreux députés et sénateurs se sont emparés du sujet, des questions écrites et orales ont été adressées au Gouvernement. Cela, alors même que, sur le sujet Megarama, la médiatrice n’avait été saisie du sujet par personne. J’ai été le premier à le faire.
Et là, je le dis avec la même franchise, je vois également une difficulté. Prendre l’opinion publique à témoin, alors qu’on ne fait pas d'abord l'effort de saisir la médiatrice qui est pourtant la mieux à même de résoudre les différends et d’aider à retrouver de l’apaisement, m’interroge sérieusement.
En faisant cela, quelle image montrons-nous à nos élus, à nos concitoyens, de notre secteur qui est déjà sous le feu d’attaques violentes ? Et qu’attendons-nous concrètement comme solutions, si à nouveau on ne va pas chercher ces solutions au seul endroit où elles se trouvent pourtant ?
Je le dis à l’ensemble des exploitants, ici et ailleurs, avec gravité : n’attisons pas les tensions sur la place publique, cherchons plutôt à les résoudre par les canaux appropriés. Cela ne veut pas dire : taire les débats, les problèmes. Au contraire. Cela nous rendra plus audibles pour les exprimer, et plus efficaces pour les résoudre.
Quand certains circuits ont dit que c’est à cause des salles municipales que leurs entrées fléchissaient, j’ai dit que c’était faux, et je le redis aujourd’hui.
De la même façon, quand certains d’entre vous, légitimement, me disent qu’ils ont l’impression de travailler pour la grande exploitation, quand ils portent les dispositifs d’éducation aux images qui sont d’abord le fait des salles Art et Essai, et qu’ils voient les jeunes qu’ils ont éveillés au cinéma aller dans un multiplexe pour leur première sortie entre potes, je réponds que c’est le plus bel exemple de cette solidarité à tous les étages, car ce sont d’abord ces salles qui font les recettes du CNC qui nous ont permis, l’an passé, de consacrer près de 20 millions d’euros à l’Art et Essai.
Quand vous regardez les grands équilibres du CNC, où la TSA a rapporté 130 millions d'euros l’an passé mais où nous avons consacré près du triple – 360 millions d’euros – au secteur cinématographique – auteurs, producteurs, distributeurs et exploitants ensemble –, vous voyez bien que le véritable enjeu c’est de retrouver rapidement l’unité de la filière cinématographique, face à des défis et des risques qui sont considérables.
Cette unité, chacun peut et doit y contribuer. À nouveau, le CNC et la Médiatrice du cinéma sont là pour aider à toutes les situations de tension, d’iniquité, que vous constaterez. Je crois avoir montré que ma main ne tremblait pas et je le montrerai chaque fois que c’est nécessaire.
Mais j’en appelle vraiment au sang-froid de tous. Le travail de la Médiatrice sur Megarama a montré que ce n’est pas parce que des choses inacceptables sont demandées par mail qu’elles ont un effet sur le réel. Inversement, quand certains font le choix d’en appeler à l’opinion publique, y compris sur des points qui montrent qu’ils n’ont pas bien lu la dernière recommandation, je redis que cela nous dessert collectivement.
Notre situation est inflammable, économiquement et politiquement. Plutôt que des étincelles qui sont toujours risquées, même lorsqu’elles sont sincères, j’invite chacun à faire preuve de responsabilité, pour que nous rétablissions ensemble l’image d’un secteur, certes traversé de débats, d’oppositions, mais œuvrant, avec solidarité, à l’intérêt général, celui de l’accès de tous à la culture.
À nouveau, mon point n’est certainement pas de mettre les débats, les tensions, sous l’étouffoir. Au contraire, mon point est de rappeler qu’il y a des cadres appropriés pour avoir ces discussions et pour trouver des solutions.
Comme je l’ai dit récemment, célébrer la diversité, c’est d’abord célébrer ce qui n’est pas soi. Cela vaut pour les films. Cela vaut aussi pour les salles de cinéma. Toutes les salles de cinéma !
Le classement art et essai – un bilan positif
Le deuxième point que je voulais discuter avec vous, c’est le bilan de la réforme du classement art et essai. Ses résultats, qui sont positifs, me semblent de nature à lever les légitimes inquiétudes qui ont pu s’exprimer lors de son annonce – cette réforme, nous l’avons d’ailleurs menée en étroite concertation avec vous tous.
Tout d’abord, le nouveau dispositif n'exclut aucun cinéma. Bien au contraire : le nombre de cinémas classés continue à croître. En 2026, alors que la commission d'appel n'a pas encore eu lieu, les commissions ont d'ores et déjà donné un avis favorable au classement de 1 357 cinémas, soit 40 de plus qu'en 2025. C'est un signal clair : la réforme élargit, elle n'exclut pas.
Ensuite, le système qui vise à donner plus de place à l'appréciation des commissions a été affiné grâce aux lignes directrices et à la mise en place d'un coefficient pour chaque cinéma. De l'avis général des membres des commissions régionales, ce système a été jugé très satisfaisant. Je veux d’ailleurs saluer ici le travail remarquable de ces commissions, dont l'engagement est au cœur de la crédibilité du dispositif.
Et je veux aussi saluer Thomas Janicot, qui vient de quitter la présidence de la commission art et essai. Il a mené cette mission avec une rigueur, une indépendance d'esprit et un sens de l'intérêt général qui ont été précieux pour tous.
Anne Redondo, qui est parmi nous, continuera avec la même rigueur et le même sens de l’intérêt général, à assurer la vice-présidence de la commisison art et essai et je souhaitais également l’en remercier chaleureusement.
Dernier point : la pondération concernant certains films – les plus porteurs d'un côté, les plus fragiles de l'autre – a suscité quelques craintes qui sont compréhensibles. Mais ses effets sont globalement équilibrés. Cette pondération permet d'affiner le calcul de l'aide, en différenciant les salles les plus engagées sur l'ensemble des territoires. Elle n'a pas d'effet de baisse globale pour telle ou telle catégorie de cinémas, mais un effet différenciant entre les établissements à l'intérieur de chaque catégorie. Si elle est, pour des raisons structurelles, légèrement plus favorable aux salles des grandes villes, elle a également un effet bénéfique ou neutre pour la majorité des salles de catégorie E. Elle n'est donc en rien défavorable aux zones rurales. Et le nouveau calcul est neutre ou favorable pour plus des trois quarts des circuits itinérants classés.
Je veux souligner enfin l'attrait très fort pour les deux nouveaux labels créés par la réforme, le label « courts métrages » et le label « 15-25 ans ». Ils suscitent une vraie adhésion : près d'un quart des cinémas classés ont obtenu chacun de ces deux labels. C'est le signe qu’ils répondent à une demande réelle et que vous vous en êtes pleinement emparés.
Lionel Bertinet vous présentera tout à l'heure un bilan complet – mais je voulais d’ores et déjà vous en donner ces grandes lignes.
Je suis pleinement conscient que des interrogations ou des revendications demeurent, notamment s’agissant de l’impact de la réforme sur les cinémas de catégorie A et B. Sur ce point, comme sur tous les autres, le dialogue se poursuit et, en réalité, il n’a jamais cessé. Une réunion du bilan de la réforme et du classement de cette année a été fixée avec vos organisations en juin prochain et nous tirerons toutes les conséquences de ses conclusions.
En termes budgétaires, j'ai souhaité que le budget du classement art et essai 2026 soit maintenu au niveau de celui de 2025, qui avait bénéficié d'une enveloppe supplémentaire de 700 000 euros pour être porté à hauteur de 19,7 millions d'euros. C'est un engagement fort dans un contexte contraint, et d'autant plus contraint que le budget du CNC a été amputé au mois de février d’une somme récurrente évaluée à 30 millions d’euros, dans le cadre de l’amendement Lavarde du projet de loi de finances 2026. Alors que nous sommes encore en train d'affiner l'impact de cet amendement, dans l’attente d’une éventuelle correction au prochain PLF, j’ai d’ores et déjà pris l’engagement que le cinéma ne serait pas impacté par une telle baisse.
Enfin, et je sais que c’est un point important pour vous : nous ouvrirons les questionnaires art et essai pour le classement 2028 dès la fin du mois, au lendemain du festival. Les exploitants auront donc de mai 2026 à octobre 2027, soit 17 mois, pour compléter leur dossier au fil de l'eau. Je sais que vous attendiez cette souplesse, je suis heureux de vous annoncer que nous l’avons prise en compte.
Les collectivités territoriales / le partenariat renforcé
Je voudrais maintenant dire un mot de ceux qui sont parmi vos premiers partenaires – les collectivités territoriales. Pour un réseau de salles comme le vôtre, elles jouent un rôle absolument déterminant. J’ai donc souhaité que le CNC apporte une attention particulière à la renégociation des conventions régionales pour la période 2026-2029, tout en engageant des échanges plus directs avec les collectivités infrarégionales. Et je sais que je le dis dans la ville dont le Maire est le président réélu de l’AMF, association qui a vocation à être un partenaire bien plus important pour notre filière qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Un mot particulier pour les régions, car cela fait plus de vingt ans qu'elles sont engagées aux côtés du CNC et des DRAC en faveur du cinéma et de l'image animée. Cette collaboration a permis de structurer des politiques ambitieuses en termes de soutien à la création, à la diffusion, à l'éducation au cinéma et à l'image, ainsi qu’à la préservation du patrimoine cinématographique. En 2025, plus de 88 millions d'euros ont été investis sur les territoires, dont plus de 23,5 millions d'euros du CNC.
Alors que beaucoup s’apprêtaient à baisser leurs budgets, notamment en soutien à la diffusion, je leur proposé un partenariat renforcé, pour valoriser les collectivités désireuses de rester engagées et encourager les autres à le faire. Les régions - et autres collectivités parties prenantes des conventions - s'engagent à ne pas baisser leur soutien aux actions de diffusion, d'action culturelle et d'éducation au cinéma et à l'image. Et en retour, le CNC reconnaît leur rôle d’acteurs nationaux de la filière, et les accompagne avec un soutien accru et sur mesure.
Je suis très heureux de pouvoir vous annoncer aujourd'hui que 14 régions sur 17 ont répondu à cet appel et que certaines, malgré un contexte budgétaire contraint, ont accepté de mobiliser de nouveaux moyens. C'est le signe que dans un contexte où la culture est d’abord un thème négatif pour ceux qui n’y croient pas, dans un contexte aussi de tensions entre Etat et collectivités, on peut trouver un chemin pour se retrouver autour de l’essentiel, qui est le rôle de notre filière - de vos salles en particulier – au coeur de nos territoires.
Ces partenariats renforcés ne sont qu’un des leviers que j’ai souhaité mobiliser. J’ai également souhaité renforcer le soutien aux associations territoriales de salles de 250 000 euros cette année ; mobilisé des crédits importants pour neutraliser les baisses à venir des crédits déconcentrés aux DRAC. C'est un effort important et systémique.
Ces conventions sont en cours de renouvellement pour 2026-2029. Elles précisent certains critères de l'engagement de l'État auxquels je sais que vous êtes très attachés, comme je le suis. Des garanties renforcées sont ainsi prévues pour la liberté de création, dont la définition intègre explicitement la liberté de programmation. C'est un principe cardinal et j'ai tenu à ce qu'il soit inscrit noir sur blanc.
L'éducation au cinéma et à l'image
Ces liens, renouvelés et renforcés, entre l'Etat et les collectivités, seront un élément clé pour être à la hauteur de ce qui est aujourd'hui notre plus grand défi : l'éducation au cinéma et à l'image. Ce sera mon dernier point.
Notre plus grand défi, parce que l’avenir de nos salles et de nos films en dépend, mais aussi, ne nous y trompons pas, le futur de notre société tout entière.
Quand on voit la catastrophe sanitaire, culturelle, démocratique, morale, que constitue le rapport de nos jeunes aux écrans, il faut inlassablement rappeler le pouvoir du cinéma qui est, comme le disait Godard, le seul écran qui fait lever la tête plutôt que baisser les yeux.
Ce pouvoir, cela fait donc 70 ans que vous l’exercez, en étant depuis plus de 35 ans les premiers partenaires de “Ma classe au cinéma”. Bravo et merci à vous toutes et vous tous.
Vos salles jouent un rôle essentiel, pour toucher les publics les plus variés – et notamment les 15-25 ans, avec votre réseau de jeunes ambassadeurs. Vous faites un travail exceptionnel, le plus souvent dans l'ombre, mais je veux que vous sachiez qu’il est reconnu et apprécié à sa juste valeur. C’est en tout cas l’un des plus clairs enseignements que je retiens de mon tour de France, qui m’a conduit dans presque toutes les régions - il n’est pas tout à fait fini de ce point de vue. Je veux d’ailleurs en profiter pour vous dire que j’ai été sensible, partout, à la chaleur de votre accueil, comme aux invitations que je continue de recevoir et que je n’ai pas encore pu honorer.
Depuis l'année dernière, nous avons accéléré le déploiement de médiateurs sur tout le territoire. Leur nombre continue d’augmenter, et j'ai donc souhaité cette année renforcer les réseaux de salles en leur apportant un soutien supplémentaire de 250 000 euros, qui s'ajoutent aux 350 000 euros précédemment versés. C'est un effort sans précédent mais il est justifié.
Ce déploiement de médiateurs, c'est une réponse immédiate à un enjeu de long terme, et on va continuer d’y mettre beaucoup d’énergie, y compris pour convaincre des collectivités infra-régionales, départements, intercommunalités, que la démarche intéresse manifestement. Mais au-delà, le vrai sujet, c'est donc la formation des regards. C'est pourquoi j’ai souhaité que le CNC s’engage si fortement dans le plan porté par les ministères de la Culture et de l'Éducation nationale.
La mise en œuvre de ce plan avance vite et bien. Dès septembre, les premières mesures seront visibles sur le terrain. Je veux en citer rapidement quelques-unes, parce qu'elles disent bien l'ambition que nous mettons dans ce chantier. Les enseignants qui participent à Ma classe au cinéma pourront accéder gratuitement aux plateformes Bref cinéma et Tenk : c'est une façon de reconnaître leur engagement et de les outiller davantage. Le nombre de classes pour le défi Écris ta série sera doublé. Le dispositif Enfants des Lumières sera repensé et déployé dans deux nouvelles académies, Lyon et Amiens, avec là aussi un doublement prévu du nombre de classes. Et un appel à projets doté de 700 000 euros sera lancé pour soutenir les initiatives les plus innovantes en matière d'éducation au cinéma et à l'image. Sans oublier le kit de communication que nous mettrons à disposition des établissements, pour que ces dispositifs soient mieux connus.
Les travaux avancent également bien sur la formation des enseignants. Une expérimentation est en cours dans les académies de Créteil, de Versailles et de Clermont-Ferrand. Plus de 2 000 enseignants seront formés dans ce cadre. Le ministère de l'Éducation nationale travaille par ailleurs à l'élaboration du texte de référence pour les Classes à Horaires aménagées cinéma, ce qui permettra de les généraliser rapidement à l'échelle nationale.
Et pour assurer la montée en puissance de l'ensemble de ces dispositifs au plus près des publics, 2,7 millions d'euros supplémentaires seront répartis, via les DRAC, pour renforcer notamment Ma classe au cinéma et Passeurs d'images.
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Mesdames et Messieurs,
C’est un contexte relativement compliqué, et en même temps, et ce sera ma conclusion, il est absolument passionnant.
Depuis un peu plus d’un an, j’ai la chance, comme président du CNC, de pouvoir me lever chaque matin en me disant que je vais pouvoir donner un peu plus corps à la conviction qui m’anime depuis longtemps : le cinéma nous rend meilleurs, comme individus et comme société. Et puisque le cinéma nous rend meilleurs, à chaque fois que l’on permet à un film audacieux d’exister, que l’on gagne de nouveaux spectateurs, que l’on prend des initiatives pour répondre grâce au cinéma au désenchantement de certains territoires, c’est notre pays qui en sort gagnant, qui en sort grandi.
Je saisque ce n’est pas une pensée différente qui vous anime le matin et c’est pourquoi je tenais, à l’occasion de cette assemblée générale, à vous dire combien j’exerce la mission qui est la mienne en pensant à chacune de vos salles, avec un état d’esprit de grande combativité, pour que vive le cinéma.
Car c’est un combat que nous devons mener - non pas un combat les uns contre les autres. Mais un combat pour le modèle de société que nous défendons, avec la culture, la création et le cinéma en son coeur.
Le CNC est à vos côtés depuis soixante-dix ans et il le sera pour les années à venir. Ensemble, je suis convaincu que nous pouvons continuer à faire en sorte que le cinéma art et essai – exigeant, divers, vivant – reste une réalité concrète, quotidienne, dans la vie de millions de spectateurs français, en n’oubliant jamais que nos spectateurs sont aussi des citoyens.
Je vous remercie.