En l’espèce, Nadav Lapid n'est pas le représentant d'un gouvernement ; il est un cinéaste. Et un cinéaste dont l'œuvre porte précisément un regard critique et souvent douloureux sur la société et le gouvernement de son pays. Réduire un artiste à son passeport revient à nier ce qui fait la singularité même de la création : son indépendance.
Si de nombreux festivals et institutions culturelles de notre pays bénéficient du soutien de l'État et des collectivités territoriales, c'est précisément parce qu'ils exercent une mission d'intérêt général. À ce titre, ils portent une responsabilité particulière : celle de garantir les conditions de la circulation des œuvres, du débat et de la confrontation des points de vue. La liberté de création ne se défend pas seulement lorsqu'elle est confortable ou consensuelle ; elle se défend précisément lorsqu'elle devient difficile. C'est même souvent dans ces moments-là que la culture accomplit le mieux sa mission.
Nous pouvons avoir les débats les plus vifs sur les conflits qui traversent notre époque. Ces débats sont légitimes et nécessaires. Les artistes doivent pouvoir être jugés pour leurs œuvres, discutés pour leurs idées, contestés pour leurs positions. Mais ils ne devraient jamais être empêchés de participer à notre vie culturelle en raison de leur nationalité ou de ce qu'ils sont supposés représenter.
C’est donc avec la plus grande préoccupation que le CNC constate la multiplication des atteintes à la liberté de création et de diffusion. Les pressions exercées sur les artistes, les œuvres, les festivals ou les lieux culturels prennent aujourd'hui des formes diverses, mais elles ont toutes pour effet de fragiliser les conditions du débat démocratique et de la vie culturelle. Cette évolution appelle une vigilance collective et une mobilisation de l'ensemble des acteurs publics. La liberté de création et de diffusion est un principe essentiel de notre République : nous avons collectivement le devoir de la faire vivre et de la protéger.
C’est pourquoi la ministre de la Culture a engagé un plan d'action en ce sens, qui s'est notamment traduit par la désignation d'une haute fonctionnaire à la liberté de création ainsi que par la publication d'un guide pratique et juridique destiné à accompagner les professionnels confrontés à ces situations : https://www.culture.gouv.fr/rechercher-une-publication-du-ministere-de-la-culture/documentation-administrative/un-guide-juridique-et-pratique-sur-la-liberte-de-creation
Le CNC, dans le cadre des politiques publiques de soutien à la création et à la diffusion qui lui ont été confiées par le législateur, s'inscrit pleinement dans cette démarche. Il se tient donc aux côtés de toutes les structures qui feraient l'objet de pressions, ou de tentatives d'entrave à leur liberté de création et de diffusion.
A cet effet, Gaëtan Bruel a décidé de mettre à leur disposition une cellule d’accompagnement dédiée, joignable dès à présent à l’adresse libertedecreation@cnc.fr et qui permettra aux acteurs culturels confrontés à des difficultés de cet ordre d’être informés, conseillés et accompagnés dans leur prise de décision par une cellule permanente qui rassemblera, au sein du CNC, toutes les compétences utiles sur les questions de liberté de création et de diffusion.