Julien Sallé
Parrainé par Zoran Boukherma
« J’ai commencé ma pratique du cinéma par la réalisation de deux films de fiction. Après ces deux films, j’ai ressenti le besoin d’aller me confronter au réel, et je me suis ancré dans une pratique documentaire qui dure depuis vingt ans maintenant. Dans mon dernier film, La nostra isola, j’ai travaillé avec les derniers cueilleurs de câpres et d’olives vivant sur les pentes du volcan Stromboli. À travers ce film, au-delà de la disparition économique de leur activité, j’ai cherché à rendre sensible la relation quasi animiste que ces vieux paysans avaient développée avec leur île et avec le volcan, qu’ils considéraient comme une personne à part entière.
Cette relation au monde et au vivant me touche profondément. Et dernièrement, à un moment où j’ai été amené à m’interroger sur mon histoire familiale, cette question de la disparition de certaines façons de vivre et de penser le monde a pris pour moi une dimension plus intime encore.
Mon père était vietnamien, je suis métis. Il est arrivé seul en France en 1950, à l’âge de huit ans. Il a passé son enfance et son adolescence dans un pensionnat, loin de sa famille restée au Vietnam.
En revenant vers cet héritage, j’ai senti que les thèmes qui structuraient mon travail depuis longtemps — la pensée animiste, la dépossession des territoires, les fins de mondes, la résistance des individus face à l’histoire — convergeaient vers un même centre, désormais intime : l’héritage colonial, le déracinement et le métissage.
C’est à partir de là qu’est né le désir de renouer avec la fiction, avec mon projet de film Ensauvagé. L’histoire se situe en 1630, en Nouvelle-France, et suit le parcours d’un jeune truchement, l’un de ces adolescents envoyés par la France coloniale pour vivre auprès des peuples autochtones, apprendre leur langue et leurs usages, avant de servir les intérêts du pouvoir. Mais certains d’entre eux ont rompu avec cette mission. Ils ont trahi le projet colonial. Ils ont choisi de rester, de rejoindre pleinement l’autre monde qui ne devait être pour eux qu’un terrain d’apprentissage. C’est pour les désigner que le mot « ensauvagé » a été employé.
1630 marque le début d’un processus d’acculturation qui détruira en partie les savoirs autochtones et posera les bases d’un monde fondé sur l’appropriation, l’extraction et la domination. En travaillant sur un jeune homme qui fait le chemin inverse — qui s’extrait de la logique impériale pour embrasser un autre monde — je veux ouvrir la possibilité d’une autre histoire et faire apparaître le métissage comme une richesse plutôt que comme une négation. D’une certaine façon, le parcours de ce jeune homme offre pour moi l’image inversée du processus de colonisation ; il engage aussi une forme de réparation intime.
L’Aide au parcours d’auteur m’apporte précisément les conditions nécessaires pour que cette fiction trouve sa justesse. Elle me donne le temps d’un travail de recherche historique et ethnographique exigeant : lire les archives, étudier les récits de l’époque, rencontrer des chercheurs et des représentants autochtones au Québec, approcher au plus près les modes de vie, les imaginaires et les réalités que le film veut faire exister. Pour moi, cette aide ne représente pas seulement un soutien matériel : elle rend possible une écriture plus profonde, plus libre et plus rigoureuse. Elle me permet d’ouvrir un nouveau chapitre de mon travail, où l’intime, l’histoire et le politique dialoguent avec une ampleur et une précision que seule une recherche longue peut faire naître. »
Vincent Pouplard
Parrainé par Judith Davis
« Film hybride, aventure de plateau à partager avec des non-professionnels, direction d'acteur.ices, travail à partir d'archives audiovisuelles... avec ce projet, j’avance vers l’inconnu.
Grâce à cette aide, je vais pouvoir prendre le temps de l'écriture et de l'expérimentation afin de croiser des dispositifs de mise en scène.
Je vais chercher à construire ma méthode, une nouvelle approche du réel, quelque part entre documentaire et fiction.
Travailler ainsi c'est aussi la promesse de découvrir un processus de création différent, moins solitaire peut-être.
Cette aide me permettra d'avoir du temps pour créer un groupe de travail et de traduire patiemment, ce qui ressortira de nos échanges, sous la forme d’un scénario. Elle m'aidera aussi à financer mes recherches à l’INA et à l’humathèque, à gratter encore le corpus d’images et de textes qui sont le point de départ du film ou encore à me former sur la pratique de l’archive au cinéma. Elle rend possible un temps de recherche précieux et nécessaire. »
Mariana Otero
Marrainée par Martine Delumeau
« Adolescente, je me demandais toujours comment les historiens pouvaient savoir ce qu’ils affirmaient dans les livres. Il m’a fallu beaucoup d’années, pour comprendre que, si bien sûr il y a des faits indiscutables, l’Histoire est écrite par et sur les vainqueurs et les dominants ; et par et sur les hommes, comme me l’a appris l’histoire de ma mère, décédée d’un avortement clandestin en 1968. En France, c’est seulement dans les années 70 que commence, avec entre autres Michelle Perrot, à s’écrire enfin l’histoire des femmes. Mais celle-ci reste évidemment encore incomplète. Aujourd’hui, grâce au projet de monument dédié aux femmes décédées d’avortement clandestin que je porte avec l’association Aux avortées inconnues, la page dédiée à ces milliers de femmes, va commencer, nous l’espérons, à pouvoir s’écrire.
Le film que je veux faire ne racontera pas tout de cette nouvelle page d’Histoire, ce ne serait pas un objet de cinéma. Ce que je veux c’est donner à voir l’Histoire en train de s’écrire depuis qu’elle a été tue et oubliée dans l’intimité des familles, dans la société et dans l’espace public, jusqu’au recensement que nous espérons voir aboutir dans les années à venir, du nombre de femmes décédées d’avortement clandestin et jusqu’à la reconstitution de l’histoire de plusieurs d’entre elles ; je veux donner à voir, par la reconnaissance que symbolise ce monument et par un travail historique adéquat, comment elle va enfin pouvoir s’écrire. Et enfin je veux transmettre l’émotion que peut susciter l’entrée de ces femmes dans l’Histoire.
Ce film, comme Histoire d’un secret ou Histoire d’un regard (2019), s’il tissera de multiples fils, familiaux et historiques, artistiques et politiques, individuels et collectifs, sera constitué de deux récits principaux se nourrissant l’un l’autre : celui concernant l’enquête historique et celui concernant l’édification du monument.
Cette forme originale que je veux trouver, va dépendre du chemin qui sera parcouru durant le travail d’enquête et de recherche. Ce chemin, je vais l’accomplir avec de nombreuses collaboratrices et dans des domaines très divers, touchant tout autant à l'histoire, la sociologie, l'architecture, l’urbanisme qu’à la politique. Il me conduira certainement aussi à aller voir du côté des femmes qui luttent aujourd’hui ailleurs dans le monde pour la légalisation de l’avortement … Tout cela demande beaucoup de temps, une liberté totale, deux conditions indispensables à la création que m’offre Parcours d’auteur. »
Ismaël El Iraki
Parrainé par Claire Burger & Zoran Boukherma
« Cinéaste africain, mon geste a toujours été de clamer mon droit à l’imagination, au style, au mythe. L’absence de représentations africaines dans les imaginaires futuristes me questionne : Blade Runner, mais pas de Bled Runner. Que se passe-t-il dans le Sahara pendant qu’il se passe ces films en Occident ? Le rêve de film qui m’anime est afro-futuriste, cyberpunk, situé dans un avenir proche et dans le Sahara. C’est un film noir en plein soleil, un thriller aux enjeux postcoloniaux qui projette à leur paroxysme les chantiers pharaoniques, dans notre réalité actuelle, de gigantesques corporations minières dans le désert. Il n’existe pas d’images de ces lieux, peu de témoignages : je voudrais en recueillir. Je crois aux repérages d’écriture : l’aide au parcours d’auteur me permettra non seulement de me consacrer à cette approche nomade du scénario mais surtout, de construire un monde. Sortir de la pratique solitaire du développement pour collaborer avec des artistes d’horizons divers : ensemble, rendre tangible cette projection afro-futuriste via storyboard, décors, costumes, travail sonore et photos de repérages. Convaincre de la viabilité d’une science-fiction africaine exigeante, c’est participer à inscrire ce genre dans le paysage cinématographique des pays du Sud. Nous avons, nous aussi, pour droit et pour métier de rêver. »
Eve Duchemin
Marrainée par Régis Sauder
« Un frère (12) et une sœur (6) jouent à l’enfance.
L’un est un peu gauche et brutal, l’autre en teste sans cesse les limites.
Chahut contre chaos. Force contre ruse. David contre Goliath.
Entre brûlure californienne et barbies décapitées, la bataille fait primitivement rage.
L’un est handicapé mental léger, l’autre ne le sait pas encore.
En grandissant, sans les mots pour le dire, la honte fera son affaire.
Et ces deux-là se perdront de vue longtemps.
Les Titans célèbrera leurs retrouvailles.
Les Titans est un projet de film hybride entre documentaire et reenactment, où j’aimerai donner la parole à mon grand frère pour qu’il soit enfin VU et ENTENDU, dans sa vérité et dans sa langue. Ou plutôt, tâcher de travailler avec lui, notre récit commun.
De ce frère aîné tant aimé dans la petite enfance, puis tant détesté à l’adolescence lorsque ce drôle de sentiment qu’on appelle la HONTE s’est abattu sur nous. Enquêter avec lui sur tous ces moments où l’on s’est perdu de vue à l’âge adulte, tachant chacun de s’y faire une place, tandis que la société dans son ensemble lui faisait mordre la poussière. Évoquer enfin nos retrouvailles si évidentes à la naissance de nos enfants respectifs, et de ce pacte que nous avons scellé tous deux au travers d’un film comme on met fin à une malédiction : essayer ensemble de réparer des histoires qui ont été mal racontées. Peut-être alors, mon frère trouvera-t-il le courage d’annoncer à sa fille de 7 ans, qu’un jour, elle aussi, deviendra inévitablement plus grande que ses propres parents. Comme moi auprès de mon frère, des années auparavant.
« Mal nommer les choses, c’est apporter du malheur au monde » disait Camus. Dire, c’est comprendre, comprendre c’est agir. Et agir donne des forces. Et qu’est-ce que le cinéma, si ce n’est parfois, le pouvoir d’obtenir réparation de ce qui n’a pas été fait pour relier les images, les souvenirs et les gens entre eux ? Les Titans sera définitivement un film de combat et d’empouvoirement.
Je remercie grandement le Parcours d'Auteur de me soutenir dans cette entreprise si délicate à mes yeux tant elle m'est personnelle, et qui me force inévitablement à renverser la table de tout ce qui constituait jusqu'alors ma pratique de cinéma. Tant en fiction qu'en documentaire. Car pour trouver la forme de ce film hybride, pour lui trouver sa langue singulière, il va me falloir du temps. Écrire, tourner, passer au montage, revenir, raturer, retourner. Oui, tâcher de faire un film qu’on est sur le point de voir… »
Pierre Primetens
Parrainé par Jean-Baptiste Durand
« Je développe un projet de film documentaire né d’une prise de conscience intime : l’absence de lien avec mes cinq frères et sœurs, dispersés aux quatre coins du monde, dont je connais à peine les vies. Ce constat constitue le point de départ de mon parcours vers eux et de ma réflexion sur ce que signifie « faire famille » après des années de séparation.
Le film se construit autour de portraits de chacun d’eux, réalisés dans leurs environnements et leur quotidien, où chaque rencontre devient un espace de découverte et de mise en récit. Une voix off, élaborée en dialogue avec eux, accompagnera ces séquences, tandis que des archives viendront relier ces trajectoires individuelles à une mémoire familiale et à l’histoire collective. À travers ce dispositif, je souhaite explorer comment des parcours singuliers, parfois marqués par des contextes sociaux difficiles, peuvent se croiser et faire émerger un récit commun, révélant la construction de soi entre absence, héritage et tentative de réinvention des liens.
Ce projet marque une étape importante dans mon travail, par son ampleur, la diversité des territoires qu’il implique et l’attention portée à l’articulation entre image, parole et création sonore, pensée comme un élément structurant du film.
L’aide au parcours d’auteur sera déterminante pour me permettre de dégager un temps de travail dédié, indispensable pour mener une recherche approfondie, structurer l’écriture, préciser le dispositif formel et engager les premières rencontres dans les meilleures conditions. Elle me donnera également les moyens d’expérimenter, d’affiner les choix narratifs et de consolider le projet dans sa dimension artistique, tout en amorçant un dialogue avec des collaborateurs et partenaires.
Grâce à ce soutien, je pourrai franchir une étape décisive dans mon parcours, en affirmant une écriture documentaire de création pure, en toute liberté, et en posant les bases d’un film destiné à une diffusion en salle. »
Juliette Cazanave
Marrainée par Claire Burger
« J’ai habité en tout neuf ans à Berlin. J’ai appris à connaître la société allemande et j’ai vu le poids énorme qu’elle porte, alors que la quatrième génération - les arrières petits-enfants - arrive à l’âge adulte. J’ai compris le silence de la première génération, la révolte de la seconde et la culpabilité de la troisième. J’ai vu l’omniprésence de l’histoire dans le quotidien du pays, la référence constante à la Shoah, les débats permanents qui parcourent la vie publique, l’énorme poids de la faute dans l’inconscient collectif. J’ai vu surtout la trace de cet héritage dans l’histoire individuelle et la grande difficulté pour les générations suivantes d’élaborer quelque chose qui ressemble à un sentiment d’appartenance nationale.
Et puis l’été dernier, dans les rues d’un petit village d’Allemagne de l’Est où je rendais visite à des amis, nous avons assistés pétrifiés à un défilé de véhicules de la seconde guerre mondiale, conduits par des jeunes hommes en uniformes de la Wehrmacht. Alors je me suis dit qu’il était temps de faire ce film. Oui, le monde bouge partout et partout s’extrémise. Mais à cet endroit-là, cela prend une signification particulière. Quatre générations donc et une histoire qui paraît insurmontable, ce que les Allemands ont traversé depuis 1945 est sans précédent. A quoi ressemble un pays sur lequel pèse la faute suprême ? Quel impact l’histoire collective peut-elle avoir sur les individus ? Quelle identité l’Allemagne peut-elle offrir aujourd’hui à ses citoyens ? Qui sont donc les Allemands d’aujourd’hui et ceux de demain ?
C’est à cet exact endroit, à la fois précis et universel, du rapport de l’individu au groupe que je veux poser à nouveau ma caméra. Après des années passées à diriger une société de production, je sens une urgence de revenir à la réalisation. C’est ce que l’aide au parcours d’auteur va me permettre de faire. »
Malek Bensmail
Parrainage collectif
« Mon parcours de cinéaste se déploie dans une circulation constante entre cinéma du réel et mise en scène, entre l’Algérie et la France, où je filme les traces de la colonisation et ses traumas, les blessures politiques et les identités franco-algériennes en reconfiguration, en faisant de l’enquête (archives, entretiens, repérages) la matière même de la mise en scène. Après plusieurs dizaines de documentaires et une première fiction, The Arab, adaptée de Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, j’arrive à un moment charnière de mon parcours où je ressens la nécessité non plus de prolonger des formes éprouvées, mais d’inventer de nouveaux passages entre réel et dramaturgie, en approfondissant intimement mon travail sur la mémoire coloniale et les récits postcoloniaux qui m’habitent depuis l’enfance. Mon projet Les Négociateurs, centré sur les accords d’Évian et conçu comme un huis clos politique, nourri par une recherche approfondie d’archives diplomatiques, de témoignages et d’images, s’inscrit dans cette continuité : redonner une place sensible aux négociateurs algériens, explorer les zones d’ombre de la sortie de guerre et mesurer comment ces négociations travaillent encore, les sociétés et les imaginaires des deux rives ; il s’agit aussi, pour moi, de sonder ce qui, dans ces accords et leurs non-dits, continue d’alimenter la tension obstinée des liens entre les deux pays, et de chercher, par le cinéma, un lieu où ces récits puissent enfin se répondre.
L’Aide au parcours d’auteur me permettrait de structurer ce moment de bascule en rendant possible un temps de recherche, de rencontres avec des historien·ne·s, d’écriture, d’expérimentations et de repérages à Évian, Paris, en Suisse et en Algérie, afin de déplacer mon cinéma, de l’ancrer plus profondément dans cette histoire à la fois intime, collective et universelle. »
Inés Sedan
Marrainée par Martine Delumeau
« Lorsque j'arrive à Paris au début des années 2000, fuyant la terrible crise économique qui frappait mon pays, l'Argentine, j’ai l’impression d’être au paradis. Je me trouve au milieu de cette ville sublime où les plus grands réalisateurs et réalisatrices ont donné vie à leurs œuvres. Je deviens réalisatrice en cinéma d’animation à la même fois que mère, mais d’un coup, ma vie bascule.
Soudain, je deviens conscient que je remplis presque tous les critères pour être une femme sans abri, je suis mère célibataire, artiste, étrangère, éloignée de son pays et de sa famille. J’éprouve la crainte de commettre une erreur pouvant me conduire à la rue.
Je commence à réfléchir sur la situation des mères sans abri à Paris :
Existe-t-il des mères célibataires, comme moi, qui vivent dans la rue ?
Après 17 ans de carrière en tant que réalisatrice de courts-métrages d’animation et avoir vécu toutes les joies et les peurs à Paris, je parviens enfin à tirer des conclusions en tant qu’artiste et mère.
Grâce à l’aide au parcours d’auteur, je vais pouvoir me dédier à l’écriture de ce qui sera mon premier long-métrage, un film hybride, mêlant le documentaire et l'animation. Cela me permettra d'avoir le temps pour approfondir mes recherches graphiques et ainsi réussir à illustrer la poésie qui naît de la douloureuse réalité des mères sans-abris au sein de la plus belle capitale du monde. »
Gianluca Matarrese
Parrainé par Judith Davis
« Cela fait des années que j’ai cette histoire en tête, depuis le moment où j’ai commencé ma pratique théâtrale et découvert des formes qui ont profondément transformé mon regard, le bouffon, le clown, le burlesque, des pratiques dans lesquelles j’ai été engagé de manière concrète.
Au fil du temps, j’ai développé mon écriture au cinéma, mon univers, avec des personnages chargés de contradictions, de matière, pris dans des mouvements de chute et de relèvement. Mon langage s’est construit à partir de mes expériences, du théâtre, de la création collective et de l’observation du réel, dans ce que j’appelle un cinéma du réel, en travaillant cette frontière. J’ai développé une attention à la parole, à sa capacité à faire surgir des images, à la parole incarnée, et je me suis rapproché des pratiques du comique en observant, sur la durée, celles et ceux qui les exercent.
À un moment, tout est devenu clair pour moi. Il fallait rassembler ces éléments. Ce projet est aujourd’hui le plus important de mon parcours.
Il arrive à un moment où la question de la parole est devenue centrale. À quel endroit elle se situe, ce qu’elle peut encore dire, ce qu’elle ne peut plus dire, ce déplacement, la censure, la satire, et la place du comique dans ce contexte. Je suis revenu à la figure du bouffon, en la situant dans le passé, à un moment où elle avait une fonction reconnue, jusqu’au point où cette place disparaît.
Ce projet implique plusieurs déplacements concrets pour moi. Revenir à des pratiques théâtrales que j’ai laissées de côté depuis des années, les réengager avec mon corps. M’engager dans un travail d’étude du passé, accompagné par des historiens. Avancer vers la rencontre avec un partenaire d’écriture adapté à ce projet, que je suis en train de chercher.
Ce film sera mon premier long métrage de fiction. Il est directement issu du processus que je développe depuis des années, et doit me permettre de changer d’échelle dans les conditions de production, en sortant de l’économie du documentaire.
L’Aide au Parcours d’auteur est déterminante pour moi. Elle me permet de prendre le temps nécessaire pour ce travail, sans être pris dans la vitesse et la pression de l’enchaînement des projets, et d’aller au bout de cette étape.
Sans ralentir ce qui reste une urgence pour moi, parce que cette histoire doit être racontée maintenant. »
Delphine Dhilly
Marrainée par Ruddy-Williams Kabuiku
« En 2023, cela fait dix ans que Ryo, mon ami et chef opérateur de mes premiers films, est mort. Il était japonais, nous nous étions rencontrés à New York, vingt ans plus tôt. Sans lui, je me suis emparée de la caméra et j’ai traversé le Japon deux étés de suite pour voir de mes propres yeux ce qui avait construit son regard.
Ryo’s spirit will be there, élabore un espace-temps intermédiaire, révèle un entre deux, console un fantôme. Puisqu’au Japon, au cinéma, les fantômes sont incarnés, et puisque dans les rituels, les esprits des défunts sont une présence en creux, au sein du réel, j’ai le désir de faire un film avec Ryo Comment prolonger l’amitié au-delà de la mort ? J’imagine le film que nous ferions ensemble de sa disparition.
L’aide au parcours d’auteur va me permettre de prolonger des méthodes de cinéma, construire autour du lien, de la parole, mais sur ce nouveau terrain plus allégorique et inexploré : faire parler les morts, les rituels autour d’eux, ceux qui les côtoient. Je souhaite retourner au Japon pour mettre en scène des rituels et filmer celles et ceux qui vivent avec les esprits au quotidien. Il s’agira de poursuivre une collecte d’“images-sensations” : gestes, espaces, signes, cohabitation entre vivants et morts. Approfondir la recherche de “plans poreux” et explorer des procédés de fabrication d’images fantomatiques à mi-chemin entre la tentative de plan et l’image qui “se manifeste”. Cette recherche nourrira une grammaire visuelle cohérente avec l’hypothèse du film : faire sentir une présence. »
Antoine Chapon
Parrainé par Ludovic Boukherma
« Après deux courts métrages hybrides documentaires, j’ai commencé l’écriture d’une fiction elle aussi hybride, inspirée de témoignages de soldats marqués par la guerre que j’ai rencontrés il y a sept ans lors de la réalisation de mon premier film. Les Larmes d’Achille raconte l’histoire d’un soldat confronté à l’apparition du fantôme d’un frère d’armes mort au front, dont le corps n’a pas été rapatrié, et qui lui demande de lui en trouver un.
Avec ce premier long métrage, je cherche à créer un espace où se rencontrent le documentaire et la science-fiction. Je souhaite déplacer le regard porté sur le trauma du film de guerre, en le sortant d’une lecture viriliste pour en faire une expérience collective, poreuse, presque mystique. À travers le personnage de Bastien, je veux raconter une quête intime qui déborde le cadre militaire pour toucher à des questions universelles de deuil et de réparation impossible.
Parallèlement, je développe OKKUPATA, un film hybride qui rejoue l’occupation d’un studio de cinéma par des ouvriers. Le film mêle leurs récits, leurs souvenirs et leur engagement politique, tout en se construisant avec eux. Il devient ainsi un film sur sa propre fabrication, mettant en scène cette occupation rejouée. L’hybridité formelle des deux projets de film, mêlant images filmées et mondes virtuels, s’inscrit dans la continuité directe de mes recherches cinématographiques menées dans mes deux premiers courts métrages, où j’ai développé un langage à la frontière du documentaire et de la fabrication numérique.
L’aide au parcours d’auteur me permettra de prendre le temps nécessaire pour écrire, approfondir cette recherche d’hybridité et prolonger mes repérages afin de mener à bien le développement de ces projets. »
Sima Khatami
Marrainée par Jean-Baptiste Durand
« Iran, Mara Beboos (« Iran, embrasse-moi ») prend pour point de départ une chanson emblématique des années 1950 qui révèle les espoirs et les fractures d’un peuple. Le film mène une enquête où le chagrin et la solitude du poète de la chanson et l’histoire collective d’un peuple se confondent. Une histoire qui est également la mienne, celle d’une fille née peu avant la Révolution islamique, qui a connu la guerre et la censure.
En suivant la trajectoire d’une œuvre marquée par la répression et les transformations politiques, mêlant archives, reconstitutions et images tournées à Téhéran, ce documentaire utilise la fiction pour traverser l’histoire contemporaine iranienne, depuis le coup d’État des Américains en 1953 jusqu’à la Révolution islamique. Je tente ainsi de proposer une forme où passé et présent se répondent, tentant de mettre en scène le cercle dans lequel nous, Iraniens, sommes embarqués.
L’Aide au Parcours d’auteur·rice me permettra d’inscrire cette recherche dans la durée et d’accompagner le film vers une sortie en salles, afin qu’il rencontre un public large. »
Stéphane Olijnyk
Parrainé par Ludovic Boukherma
« Ursinho do Brasil, Alphabet et Tes parents sont morts sont les trois projets sur lesquels j'ai travaillé parallèlement.
Après Ursinho, Ursinho do Brasil : une version longue du moyen métrage, mais pas tout à fait. Le même personnage, mais pas tout à fait. Le même décor, le même acteur, la même langue, la même torpeur, c’est certain. Car cela suffit déjà pour faire un film. Pas le même genre : on est dans un thriller. Ursinho do Brasil raconte la violence, celle qui était hors champ dans le moyen métrage et que j’ai subie pendant les repérages et le tournage (fusillade, chantage, agressions…). L’intrigue de Ursinho do Brasil : Ursinho cherche à retrouver sa mère et se confronte à la violence endémique de Rio. Il est prêt à tout pour retrouver une caresse, sentir de nouveau son odeur, pouvoir à nouveau lui coiffer les cheveux. Il apprend qu’elle n’est jamais partie de Rio. Un homme puissant, fasciné par sa beauté, l’a enlevée. Lorsqu’il découvre la vérité, Ursinho mène son enquête pour la retrouver. Il découvre un frère - pas encore un ennemi - mais qui sait où elle est cachée, loin des regards, pour que personne ne puisse plus la convoiter, même pas son fils.
Autre projet inspiré d’un moyen métrage : Alphabet, en lien avec Change-couleur. Un projet de long métrage devenu mini-série, consacré à cinq membres de la communauté Alphabet (LGBT) subsaharienne et à leurs errances pour vivre une autre vie en France, face à de nouveaux regards discriminants qu’ils avaient fui. Pour écrire Alphabet, je suis retourné en Côte d’Ivoire. Je suis allé au Bénin et au Cameroun, à la rencontre d’activistes LGBT qui m’ont mis en contact avec des candidats à l’exil, ceux qui connaissaient déjà l’exil intérieur, le déchirement entre deux identités. Je suis également allé à Tanger rencontrer d’autres candidats à l’exil, engagés dans des demandes de statut de réfugié auprès du HCR. J’ai aussi rencontré ceux qui avaient trouvé refuge à Strasbourg, une ville que je connais très bien. J’ai écrit à partir de ces récits, de ces corps déplacés, de ces silences, de ces attentes suspendues. Le projet est encore au stade du traitement, faute de temps et de moyens pour écrire le scénario. En attendant que le projet se concrétise sous une forme ou une autre, je suis parti cette année aux États-Unis, à Lowell, près de Boston, pour filmer le quotidien d’Ange et d’Olivier, deux Ivoiriens réfugiés LGBT, accueillis dans le cadre du programme de réinstallation mis en place par le HCR, avant que Trump ne mette les deux pieds et les deux mains sur le frein.
Le troisième projet intitulé Tes parents sont morts, est le premier projet de fiction qui s’imprègne directement de mes souvenirs personnels, et en particulier de ceux vécus en tant qu’enfant d’un pédophile. Mon père a été condamné et incarcéré dans les années 1990 pour des faits d’attouchements sur une petite fille. Malheureusement, elle n’était pas la première. Ma cousine, ma sœur, sans doute les enfants des voisins, ceux qu’il emmenait au cinéma à notre place, et qu’il a condamnés à notre place. Ce film raconte une trajectoire qui, contrairement à mes précédents films, ne se nourrit pas d’un travail de recherche. Je n’ai pas besoin d’aller très loin pour puiser des récits ou des anecdotes. Je redeviens la seule source énonciatrice. J’entremêle ainsi des souvenirs personnels, issus d’un passé jamais révolu, avec des événements récents qui m’ont touché de près. Plusieurs affaires de pédophilie et d’attouchements ont éclaté ici récemment, à Josselin. L’histoire de l’homme qui assassine sa femme puis se suicide appartient à ces événements qui m’ont brûlé.
Ces trois projets m’ont consumé. L'aide au parcours d'auteur me permet de retrouver un second souffle, de retrouver de la foi dans des projets qui ont du sens pour moi mais qui ne font pas encore sens pour les producteurs. Elle permet de (re)trouver une légitimité en tant qu'auteur, une reconnaissance de la part de pairs déjà aguerris qui ont passés le cap du long. »
Joana Hadjithomas
Marrainée par Claire Burger
« L’histoire que je souhaite raconter est vertigineuse : celle d’Orthosia, une ville romaine disparue depuis des siècles, redécouverte sous les ruines du camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, au nord du Liban. Ce camp a été entièrement détruit en 2007, à la suite d’un conflit entre l’armée libanaise et des groupes islamistes qui s’y étaient infiltrés.
Orthosia, une ville mythique, ensevelie par un tsunami en 551 après J.-C., longtemps recherchée sans jamais être localisée. Aujourd’hui, elle réapparaît sous les ruines du camp : intacte, remarquablement préservée, comme une mini-Pompéi. Que faut-il privilégier ? Cette découverte archéologique fût-elle majeure ou le retour des 30 000 personnes déjà déplacées à plusieurs reprises ?
Depuis plusieurs années, avec Khalil Joreige, j’explore ce vertige du temps en collaboration avec des archéologues, des géologues et des historiens nourrissant une réflexion sur les liens entre passé et présent, sur les ruptures et les temporalités qui coexistent.
L’histoire d’Orthosia agit comme un palimpseste : elle superpose des temps longs et des temps courts, interroge les traces du passé et les ruines du présent, ce que l’on choisit de préserver et la manière dont nous habitons le présent. Elle met en tension l’humain et le patrimoine, et révèle combien l’archéologie est aussi un geste politique, qui façonne les récits et les imaginaires, souvent marqués par des héritages coloniaux. Orthosia cristallise ainsi les contradictions d’un territoire où s’entrelacent catastrophes naturelles et politiques, mais aussi des possibilités de régénération.
Je sollicite aujourd’hui ce soutien pour poursuivre cette recherche, me donner le temps d’explorer, de me perdre et de revenir en arrière. J’ai déjà développé plusieurs formes artistiques et performatives autour d’Orthosia, mais je souhaite désormais en proposer un récit, y compris fictionnel. Malgré le travail déjà engagé, je sens que je ne suis encore qu’au début de la recherche, que je n’ai pas épuisé l’histoire et je n’arrête pas d’imaginer sa forme filmique. Comme si j’adaptais un récit que j’avais écrit sous d’autres formes.
Je n’ai jamais travaillé de la sorte. Ce sera aussi la première fois que je me lancerais dans l’écriture d’un film qui pourrait ne pas se passer au Liban. Un film qui aura peut-être comme décor un ailleurs imprécis encore mais que j’imagine abstraitement. J’aimerais donc essayer d’imaginer cette histoire non seulement dans une autre géographie mais peut-être aussi dans un autre temps. Fut-il un temps futur. Ensuite je sollicite cette aide de façon individuelle parce que même si nous travaillons Khalil et moi en duo, nous ne travaillons jamais au même rythme. Chacun a ses obsessions personnelles et se retrouve habités par ses propres projets. Ce qui nous travaille, nous préoccupe n’est pas toujours dans la synchronicité. Ce temps me permettrait d’approfondir l’enquête, de construire les protagonistes, les paysages et les temporalités mais aussi de créer une forme narrative capable d’ouvrir une brèche dans un contexte de forte polarisation, pour faire émerger des récits invisibilisés, perturbés, et redonner place à des voix rendues inaudibles. »
Matthieu Dibelius
Parrainé par Régis Sauder
« Depuis 2016, j'ai voyagé quasi tous les ans aux confins de la mer de Norvège, jusqu'à l’île de Svínoy, pour y retrouver un ami.
Gardien solitaire de cet îlot reculé, Símun a recueilli des centaines de lettres trouvées dans des bouteilles en plastique déposées par les vagues dans le creux des rochers. Sa collection est soigneusement rangée dans un épais classeur formant l’album d'une grande famille recomposée.
Nous partions ensemble arpenter les criques dans un entretien quotidiennement renouvelé avec les flots : l’événement d'un flux et d'un reflux qui charrie sans les distinguer ses rebuts et ses offrandes. Je partageais sa quête de l’improbable, l'attente d’être surpris avec une émotion inédite face à la trouvaille, l’espoir tenace de trouver quelque chose de rare.
Dans ma pratique documentaire, la caméra est toujours à portée de main, mais rarement allumée. Je filme peu. Souvent suis-je frustré par mes images.
L’aide au parcours d’auteur me permettra d’explorer ce frottement des imaginaires qui s'opère dans la rencontre entre documentaire et animation. Elle m'autorise à ouvrir un champ d’expérimentation mêlant cinéma du réel et peinture mouvante pour retranscrire les phénomènes atmosphériques de cette île, l’histoire de cet homme et les récits des lettres. »
Marie Mandy
Marrainée par Martine Delumeau
« Depuis longtemps je voulais passer de la télévision au cinéma et tenter un « essai documentaire hybride ». Cette bourse est précieuse car elle me permet de prendre le temps d’expérimenter, de creuser des pistes plus audacieuses et tout cela sans subir la pression de l’extérieur.
J’ai toujours été attirée par la fiction, mais, plus jeune, je ne savais pas encore l’écrire. Alors pendant des décennies, je me suis plongée dans le documentaire, par défaut, me disant : le réel écrira pour moi . C’est ce qui s’est passé. J’ai découvert que je pouvais parler à travers la voix des autres. Cela m’a plu. M’effacer pour écouter. Après 35 documentaires, multi-diffusés, primés et dont beaucoup ont nourri des débats, j’ai eu envie de traiter le réel d’une manière plus libre.
Mon premier enjeu de recherche : poursuivre la réappropriation de mon regard. Moi qui ai étudié le cinéma dans une école où on ne nous montrait alors que des films réalisés par des hommes, je me suis longtemps demandé comment forger un regard féminin qui soit unique. Je commencerai donc par questionner ce « female gaze » dans le documentaire, domaine très peu étudié, tout en approfondissant cette réflexion pour mieux me comprendre moi-même.
À partir de là, un autre champ de recherche de dessine : depuis des années, je tourne autour de l’idée de raconter un « désenfantement » à partir du témoignage d’une amie, Keren, qui a été coupée de son père à l’âge de 6 ans. Je veux questionner les effets psychiques de certaines ruptures familiales sur l’enfant, ce « déparentement », et aussi la plongée vertigineuse du parent qui se retrouve sans ses enfants.
Je veux composer un récit fait de strates, de retours, de disjonctions, qui épouse les formes de la mémoire et du manque. Ce ne sera pas de fait un film narratif au sens classique, mais une constellation sensorielle : voix, gestes, visions, éclats de réel et de fiction mêlés. Et un travail de laboratoire, puisque je me situe dans une tradition du cinéma de l’essai ancrée dans le regard féminin, avec des références à Akerman, Varda, Naomi Kawase. Je recherche un récit « expérientiel » : une manière de filmer pour impacter d’abord le cerveau émotionnel en créant des images mentales. À partir de là, je m'interroge ainsi sur la possibilité d'un film manifeste, capable d'ouvrir des pistes de désaliénation.
Je reçois donc cette bourse comme une belle opportunité de pouvoir traverser des frontières, créatives et narratives, et d’explorer de nouveaux formats qui combinent mon expérience du documentaire, un regard féminin assumé, une dimension esthétique et une écriture fictionnée. »
Laurent Mizrahi
Parrainé par Ruddy-Williams Kabuiku
« Après quinze ans à écrire et accompagner des films documentaires, parler avec des gens passionnés pour qu’ils me racontent leurs histoires est devenu une seconde nature. C’est donc par une rencontre que tout a commencé. Celle de Sébastien, un voisin, peut-être un ami, trufficulteur passionné depuis plus de trente ans. Aujourd’hui, il a développé son exploitation truffière ici-même, dans mon petit village de Cros, 250 habitants. Des truffes noires des Cévennes, Tuber melanosporum, parmi les plus recherchées en France. Il accepte de m’ouvrir les portes de son royaume secret et souterrain. Il me dit que dans le monde de la truffe, 80% des transactions se font en liquide, mais que son arme, c’est pour les sangliers, pas pour les voleurs. Que les chasseurs sont des alliés autant que des ennemis, et que les coursiers se font régulièrement braquer. Je ne sais pas encore ce que deviendra ce projet “Diamant noir”. C’est un univers en germe que je commence à peine à effleurer. Je pressens seulement l’importance vitale, pour moi, de son propos. J’ai l’espoir d’un film, ou toute autre forme de récit, à la portée universelle. Plus que jamais, j’ai besoin de temps. C'est ce que m'offre l’Aide au parcours d’auteur, ce soutien exceptionnel, probablement unique au monde. Le temps du retour à la terre, le temps de prendre le temps, l’exploration d’un nouveau continent fictif, le début d’une aventure qui prendra peut-être des mois, des années, les doigts enfouis dans la boue, dans l’espoir d’un jour, peut-être, trouver un "Diamant noir." »
Pierre-Emmanuel Urcun
Parrainé par Judith Davis
« Depuis mes premiers pas en cinéma, vingt années ont passé et je m’ancre de nouveau dans mon Finistère natal. J’ai toujours voulu faire un film dans la ville qui m’a vu naître : Brest. Mais ce vœu pieux n’a jamais pu se concrétiser. Avec ce retour aux sources, aujourd’hui, j’ai l’intime conviction d’avoir trouvé comment je pourrais rendre à ma manière hommage à Brest la rouge, cité frondeuse et libertaire. Ce sera Le petit poète, un long métrage de fiction. Mon film le plus intime sans doute aussi. Un film que j’imagine à petite échelle, avec une écriture en mouvement, nécessitant une logistique et un tournage léger pour mieux me fondre dans ses entrailles.
Je nourris également depuis longtemps le désir d’un film où la poésie puisse s’exprimer par le langage du cinéma. Très vite est apparu dans mon esprit la figure d’un jeune apprenti poète accablé par une rupture amoureuse qui se nourrirait de la vie de la ville pour y puiser sa prose dans une quête de sens.
On suivrait la trajectoire chaotique de Tristan, apprenti poète débonnaire et volontaire, raté mais pas tant que ça, flâneur revendiqué, qui suite à un amour déçu, son amour de toujours, cherche par tous les moyens à trouver l’inspiration qui fera de lui quelqu’un. Un film sur comment faire son deuil et se trouver dans un monde où tout est bousculé. Poussé par la force du désespoir, commencerait alors le long apprentissage d’une vocation dans laquelle il se jette corps et âme en quête d’un style qui lui serait propre. Devenu le passager curieux et empathique du monde qui se joue devant lui, il tente de saisir son époque, la poésie agissant alors comme un lent antidote au poison de la dépression.
L’aide au parcours d’auteur me permettrait de prendre ce temps précieux pour m’immerger et fédérer autour du projet. Il va falloir entrer en résonance avec l’espace, perdre son temps, flâner, sonder, investiguer, faire fausse route, composer, collecter les états d’âmes pour nourrir cette histoire et rencontrer les personnages qui viendront peupler le film et qui seront les dépositaires de l’âme brestoise que je cherche à révéler. »