Cartoon Forum : comment « pitcher » un programme d’animation ?

Cartoon Forum : comment « pitcher » un programme d’animation ?

20 septembre 2022
Séries et TV
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Les séances de pitchs permettent aux producteurs de présenter leurs programmes à de potentiels acheteurs
Pitch de la série « Flippé » de Theo Grosjean par la société Autour de Minuit au Cartoon 2021 Galia Prod

À l’occasion de l’édition 2022 du rendez-vous des professionnels européens de l’animation, deux producteurs habitués du salon toulousain, Alexis Lavillat du studio Normaal (Bonjour le monde !...) et Aurélie Angebault du studio Vivement Lundi ! (Flee) confient leurs techniques et astuces pour convaincre de l’intérêt d’un programme en 20 minutes.


La méthode Normaal par Alexis Lavillat

En animation, on réinvente un monde à chaque fois. L’esthétique, le design doivent être clairement identifiables.

« Le pitch est la première étape de production d’un film ou d’une série d’animation. En faire passer le concept est donc primordial : on appelle cela l’“elevator pitch”. L’idée est simple : vous êtes un auteur et vous croisez un producteur important dans un ascenseur. En quatre étages, vous devez réussir à lui expliquer votre programme, son identité visuelle et surtout lui donner envie de le voir. Le pitch est depuis une quinzaine d’années à Cartoon Forum une mise en scène, un vrai petit “show”. Nous faisons du divertissement, il faut insuffler une certaine légèreté dans son propos tout en trouvant l’équilibre adéquat. Car le risque est de faire un beau spectacle sans donner une idée claire de son programme. Produire au mieux sa présentation, c’est aussi la garantie que le programme le sera également. Surtout, ne jamais employer le mot “projet” dans son discours. C’est un terme banni de notre vocabulaire. Nous présentons une œuvre qui EST, qui existe. De la même manière, il faut s’exprimer au présent et non au futur. Chez Normaal, nous aimons divertir la salle avant d’exposer le concept et la cible à laquelle on s’adresse. Ensuite, on indique le registre du programme (comédie, action…) et on diffuse le trailer afin d’immerger rapidement le spectateur dans notre histoire. Viennent ensuite le détail de la structure narrative (arène principale, personnages, ton, dialogues…) et enfin les aspects financiers. Le support image ? Soit on illustre notre propos au premier degré, soit on joue l’ironie. N’oublions pas que le public enchaîne 6 à 8 pitchs dans la journée. Il faut donc se démarquer. En animation, on réinvente un monde à chaque fois. L’esthétique, le design doivent être clairement identifiables. Paradoxalement, il ne faut pas trop se faire confiance. Il faut apprendre son pitch quasiment par cœur et lâcher ses notes. Nous répétons beaucoup à la manière de comédiens de théâtre. La règle d’or pour réaliser un « bon » pitch ? En avoir raté un. Il n’y a pas meilleure école pour comprendre l’essence même du pitch, un exercice à la fois délicat et passionnant. »

La méthode Vivement Lundi ! par Aurélie Angebault

Il faut être capable de “pitcher” son programme en 20, 10, 5 minutes et en trois mots. Si vous en êtes capable, alors vous tenez votre pitch.

« Le pitch est une œuvre collective. Il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur l’équipe qui nous entoure. Certains sont meilleurs en improvisation, d’autres ont du talent pour écrire l’histoire – car ne pas l’oublier : un pitch c’est d’abord une œuvre écrite –, d’autres pour la raconter. Le pitch requiert de l’entrainement pour en tester l’essentiel : “en une phrase, qu’avez-vous retenu de l’histoire ?” Je dirais même qu’il faut être capable de “pitcher” son programme en 20, 10, 5 minutes et en trois mots. Si vous en êtes capable, alors vous tenez votre pitch. Je ne suis jamais arrivée à une session sans préparation, mais je n’apprends pas mes notes par cœur pour garder de la spontanéité. Durant la présentation, il faut s’amarrer à son personnage, se raccrocher à son histoire. Nous ne sommes pas tous “performeurs”, cependant nous ne sommes pas là par hasard. Au Cartoon Forum, les salles sont bienveillantes. Et le public est très lucide. Un diffuseur peut aimer un programme tout en sachant qu’il ne le prendra pas. Nous sommes réunis ici par passion pour les histoires : on aime à la fois les raconter et les écouter. Un conseil : évacuer assez vite la présentation des sociétés et des équipes. Ce préalable peut convaincre d’aller écouter ce pitch-là dans telle salle plutôt qu’une autre, mais le cœur du sujet reste le récit. L’essentiel n’est pas la performance, mais ce qu’on a à dire. Il faut faire confiance à la magie du moment, l’ingrédient mystère, qui en règle générale ajoute ce “je ne sais quoi” de positif. Encore une fois, miser sur le collectif pour transmettre l’originalité et la promesse du programme. Nous ne sommes pas obligés d’être de bons pitcheurs pour être de bons producteurs. C’est un vrai plus, mais encore une fois il faut relativiser. Les grands succès n’ont pas toujours été présentés de la meilleure manière et aux meilleurs horaires. Le pitch est un bon test. Mais gardons en tête que l’histoire déterminera toujours la réussite d’un programme ».