Lancée en 2015 sur France Télévisions, Dix pour cent raconte les coulisses d’une agence parisienne de comédiens traversée par les états d’âme de ses agents comme de leurs clients. La série s’est d’abord imposée par son ton et son regard sur le milieu du cinéma puis Netflix lui a offert une nouvelle exposition, jusqu’à en faire un succès international, un format adapté dans plusieurs pays et une série récompensée aux International Emmy Awards. Six ans après son dernier épisode au terme de quatre saisons, Dix pour cent revient sous la forme d’un film.
Une série française sur un milieu très français
Dix pour cent a été imaginée à partir d’une idée de Dominique Besnehard, lui-même longtemps agent. Son terrain de jeu est très français : une agence artistique parisienne, ASK, où agents et comédiens naviguent entre négociations et petits arrangements. Derrière cet univers professionnel très identifié se trouvent des ressorts beaucoup plus universels : l’ambition, les rapports de pouvoir, la peur de perdre sa place et les difficultés amoureuses. À cela s’ajoute un concept qui va rapidement devenir l’une des signatures de la série : chaque épisode met en avant une personnalité du cinéma ou de la télévision qui joue son propre rôle. La série accueille ainsi Cécile de France, Juliette Binoche, Isabelle Huppert, Jean Dujardin ou encore Monica Bellucci dans la peau de guests acceptant de se confronter à leur image publique (et jouer avec), tandis que les agents d’ASK tentent de gérer leurs caprices et leurs crises.
Pour Aurélien Larger, producteur du film (Mother Production), cette combinaison explique en grande partie la capacité de la série à dépasser les frontières. Premier ingrédient : une mécanique de chronique du monde du travail. « Nous sommes sur ce qui est appelé, en termes un peu anglo-saxons, du workplace drama, avec un ton de comédie, ou plutôt de dramédie. Avec aussi un aspect feuilletonnant, puisque chacun des personnages a sa propre ligne narrative. Nous ne sommes donc pas simplement sur des situations et des gags : il y a un drame qui anime chacun des personnages. »

L’agence ASK est, même si elle évolue dans un univers spectaculaire, une entreprise. Et en cela elle fonctionne avec sa hiérarchie, ses recrutements, ses licenciements et ses rapports de pouvoir. « C’est vraiment un envrionnement, avec des problèmes que beaucoup peuvent vivre dans leur vie professionnelle. Et en même temps, ce sont des personnes qui aiment leur travail, et qui sont même passionnés au point de se laisser dévorer par leur métier, et par la passion de la fiction et des acteurs. »
Le deuxième ressort tient au conflit entre vie professionnelle et vie personnelle, qui traverse les parcours des différents agents. « C’est la thématique profonde de la série. Et là encore, c’est un thème universel : comment vivre pleinement à la fois sa vie familiale, sa vie de couple et sa vie au bureau ? C’est particulièrement féminin, évidemment, mais cela concerne tout le monde. »
Enfin, les stars jouent un rôle essentiel dans cette alchimie. Leur présence permet à la fois de donner chair à cet univers et de créer un jeu avec leur propre image, immédiatement compréhensible par un public étranger. « Les stars éclairent nos personnages et l’action, avec ce côté coulisses du show-business qui est un petit plaisir supplémentaire. Mais finalement, elles ont les mêmes difficultés que nous, sauf que c’est puissance 10. » Avec une audience consolidée dépassant les 5 millions de téléspectateurs pour la saison 1, la série s’impose vite comme une valeur sûre des soirées de France 2.
Netflix, le tremplin vers l’international
Après son ancrage sur le service public français, Dix pour cent trouvé un second souffle à l’international grâce à Netflix, à partir de décembre 2016. Et en 2021, c’est la consécration : la quatrième saison décroche l’International Emmy Award de la meilleure comédie, scellant son succès en dehors de l’Hexagone et marquant la série du sceau de « phénomène mondial ».

« C’est une série très française, mais les étrangers ont immédiatement identifié le fait que les mêmes situations se reproduisent partout, souligne Aurélien Larger. Il y a Paris, le cinéma d’auteur français, qui plaît énormément à l’international. Mais le milieu lui-même, l’industrie du cinéma, reste assez universel : même si les dimensions ne sont évidemment pas les mêmes qu’à Hollywood, c’est le même métier, avec les mêmes logiques d’entreprise.»
Le succès international ne s’est d’ailleurs pas mesuré uniquement à l’audience de la série originale mais s’est traduit par la circulation du format. Une dizaine d’adaptations ont vu le jour ou ont été développées à travers le monde. En 2019, Les Invisibles, adaptation québécoise de Dix pour cent, devient la première déclinaison étrangère de la série. Ont suivi Appelle mon agent en Turquie en 2020, Call My Agent : Bollywood en Inde en 2021 et Ten Percent au Royaume-Uni en 2022. Des territoires aussi différents que la Corée du Sud, la Pologne, l’Indonésie, l’Italie et l’Espagne ont également diffusé leur propre vision de ce milieu professionnel joyeusement décortiqué. D’autres projets ont été annoncés, notamment en Chine, en Allemagne, aux Philippines, en Grèce et au Moyen-Orient. Cette circulation du format témoigne de la capacité du concept à être transposé dans des industries audiovisuelles très différentes.
Une suite sous forme de film
Six ans après la fin de la quatrième saison, Dix pour cent revient sous la forme d’un long métrage (intitulé Dix pour cent, le film). Un changement de format qui s’accompagne d’un changement d’échelle : doté d’un budget de l’ordre de 14 millions d’euros, le film est notamment tourné en Cinémascope et déplace une partie de l’action à la campagne. Réalisé par Émilie Noblet, il est porté par Netflix, devenu le diffuseur principal, tandis que France Télévisions intervient en seconde fenêtre.
La plateforme a aussi accompagné les producteurs dans le passage de la série au film. « Le projet était déjà bien avancé lorsque nous avons continué le travail avec eux. Nous avions le scénario, le casting et la réalisatrice. Nous avons discuté du niveau de comédie, du passage de la série au cinéma, mais aussi de la manière de s’adresser aux fans tout en touchant un nouveau public », explique Aurélien Larger.
Cette nouvelle étape se traduit enfin par un casting international à la hauteur du rayonnement acquis par la série. Après Sigourney Weaver, Dix pour cent accueille cette fois Eva Longoria et George Clooney, venus faire chacun une apparition. « Il y a deux facteurs. D’abord, la popularité de Dix pour cent, notamment chez les acteurs américains comme Sigourney Weaver qui était apparue dans l'épisode 5 de la saison 4 de la série. George Clooney et Eva Longoria adorent Call My Agent!. Ensuite, il y a le lien particulier de Pierre-Antoine Capton et de Mediawan avec chacun d’eux. Eva Longoria produit l’adaptation de la série pour l’Amérique latine donc c’est une partenaire de Mediawan. Et George Clooney est un ami de Pierre-Antoine Capton. »
Du succès de la série française aux adaptations internationales, puis au long métrage porté par Netflix et ses stars américaines, Dix pour cent a progressivement changé d’échelle sans renoncer à son ADN : raconter les coulisses du spectacle à travers des personnages dont les problèmes dépassent largement le seul monde du cinéma.
DIX POUR CENT, LE FILM
Réalisation : Émilie Noblet
Scénario : Fanny Herrero et Lison Daniel
Production : Mediawan Studios, Mon Voisin Productions, Mother Production
Diffusion : Netflix le 10 septembre 2026
Le film a bénéficié du Fonds de soutien audiovisuel (compte automatique) du CNC.