« Acide », un tournage éco-responsable

« Acide », un tournage éco-responsable

19 septembre 2023
Cinéma
Acide de Just Philippot.
Acide de Just Philippot. Bonne Pioche Cinéma/Pathé Films

Le film de Just Philippot a reçu le prix Ecoprod 2023, récompensant le film sélectionné à Cannes ayant mis en place la meilleure démarche d’éco-production. Sacha Guillaume-Bourbault, le directeur de production, nous plonge dans les coulisses de sa fabrication.


Comment se déroule votre arrivée sur Acide ?

Sacha Guillaume-Bourbault : Par un casting classique. La société Bonne Pioche cherchait un directeur de production. Ils avaient fait passer une annonce à l’Association des directeurs de production, dont je fais partie et j’ai postulé. J’ai d’abord échangé avec Clément Renouvin, producteur chez Bonne Pioche, qui m’a fait lire le scénario. L’histoire m’a immédiatement intéressée puis j’ai fait dans la foulée un deuxième entretien avec le fondateur de Bonne Pioche, Yves Darondeau. Et enfin, j’ai rencontré Just Philippot avant d’être définitivement choisi.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

D’abord, les courts métrages de Just Philippot. Avant d’accepter un projet, je demande toujours à voir les films précédents du réalisateur. Et j’ai été immédiatement emballé par son travail. Notamment par sa manière de raconter l’explosion de la cellule familiale avec les tensions que cela crée, un des éléments centraux d’Acide qui s’inscrivait dans cette continuité. Cette cohérence me plaisait. Tout comme l’histoire qu’il voulait raconter et l’ambition qu’elle impliquait en termes de fabrication : la reconstitution d’une catastrophe climatique à l’écran. Là encore, en totale cohérence avec son univers. Moi, je ne m’y étais encore jamais confronté, donc cela a décuplé mon envie de travailler avec lui.

Est-ce qu’on vous parle tout de suite de la volonté d’un tournage écoresponsable ?

Oui, car c’est dans l’ADN de Bonne Pioche depuis sa création. La question de l’écologie est évoquée dès la toute première réunion. On est tous appelés à être le plus éco-responsables possible à chaque étape et on sent d’emblée qu’il ne s’agit pas juste de théorie mais qu’il convient de trouver comment mettre au mieux cet aspect en pratique.

Chaque département réfléchit en amont à la manière de réduire au maximum l’impact environnemental du film. L’idée centrale est d’essayer d’enlever des choses au lieu d’en rajouter : à la décoration où on travaille au maximum avec du recyclage ; à la lumière où on décide de se passer le plus possible de groupes électrogènes ; aux costumes où on passe par de la deuxième ou troisième main.

Comment cela s’est-il traduit concrètement ?

Bonne Pioche m’a tout de suite mis en contact avec l’agence de conseil en éco-responsabilité Secoya, qui m’a donné des recommandations qu’on s’est efforcé d’adopter avec mes équipes, en fonction évidemment des contraintes imposées par un tournage qui ne se déroule pas dans un studio mais en extérieurs. On n’est pas magiciens, on ne peut pas faire de miracle. Mais chaque département réfléchit en amont à la manière de réduire au maximum l’impact environnemental du film. L’idée centrale est d’essayer d’enlever des choses au lieu d’en rajouter : à la décoration où on travaille au maximum avec du recyclage ; à la lumière où on décide de se passer le plus possible de groupes électrogènes ; aux costumes où on passe par de la deuxième ou troisième main. Même si on a bien conscience qu’on ne peut pas être à 100 % vertueux. Quand on tourne sur un pont avec 500 personnes, il y a forcément un impact !

Cet aspect éco-responsable se retrouve-t-il aussi dans les repérages, dans le choix des lieux de tournage ?

Il ne faut pas oublier qu’un film, c’est toujours une course contre la montre où prédomine l’artistique. Cependant on a essayé de réduire au maximum les déplacements et les énergies fossiles, de privilégier une alimentation durable et responsable, de valoriser le traitement des déchets… La question écologique intervient toujours dans la balance. L’équipe déco indique par exemple très en amont quel lieu de tournage serait préférable car il nécessiterait moins d’interventions et permettrait aux effets spéciaux de prendre le relais sans que cela gâche quoi que ce soit à l’écran. Et l’équipe mise en scène essaie de le prendre en compte sans pour autant abîmer l’artistique. Ce sont des arbitrages au quotidien. Souvent des choix entre la moins mauvaise des deux options qui s’offrent à nous. Quand on fabrique de la pluie battante car on ne peut pas faire autrement pour qu’on la voie à l’écran, quand on fait de la fumée, quand on fait du vent pour créer une ambiance de film catastrophe, il faut de l’énergie et cela passe par l’électricité. Ce sont donc les effets spéciaux de plateau qui ont demandé les ressources les plus lourdes. Mais ce qu’on a pu contraindre sans brimer la mise en scène, on l’a fait. Just Philippot a accepté qu’il se passe moins de choses à l’écran à certains moments, à laisser des respirations, à ne pas aller dans la surenchère. C’est pour cela qu’Acide oscille entre grand spectacle et moments plus intimes.


Qu’est-ce qui vous a paru le plus complexe dans toute cette aventure ?

Le temps ! Acide a été une course contre la montre permanente et ce dès la préparation. Quand je suis engagé six mois avant le premier clap, j’ai le sentiment qu’on était déjà en retard ! (Rires.)

En quoi avez-vous particulièrement apprécié la collaboration avec Bonne Pioche au fil de cette course contre la montre ?

Ce sont de vrais partenaires en ce sens où tout est très clair dès le départ et qu’a existé très tôt un rapport de confiance qui ne s’est jamais démenti. Ce qui n’est pas évident car ce deuxième long métrage réunit une équipe assez jeune et donc peu expérimentée. Je n’avais jamais fait de film catastrophe, par exemple. Or, dès les premières réunions, dès qu’on leur a démontré qu’on était au travail, Bonne Pioche comme Pathé nous a laissé une grande liberté. Mais rien de tout cela n’aurait pu fonctionner avec la même fluidité sans un chef d’orchestre comme Just Philippot qui implique tout le monde à chaque étape. Il n’a cessé de me demander ce que je pensais des décors, du casting… C’était évidemment lui qui prenait les décisions finales, mais elles étaient nourries de ces échanges. Et surtout cela permettait que tout le monde aille dans le même sens, fasse le même film.

La question de l’écologie est évoquée dès la toute première réunion. On est tous appelés à être le plus éco-responsables possible à chaque étape et on sent d’emblée qu’il ne s’agit pas juste de théorie mais qu’il convient de trouver comment mettre au mieux cet aspect en pratique.

Que représente pour vous le prix Ecoprod que vous avez reçu au Festival de Cannes ?

Un immense plaisir, évidemment. Mais je n’oublie pas que si on a fait le maximum, on n’a pas été parfaits. Un tel prix encourage simplement à se sentir de plus en concerné, à continuer à se creuser la tête pour essayer de trouver des solutions. Il ne faut pas oublier que la création se nourrit des contraintes. Je peux en tout cas constater que tout le monde est beaucoup plus sensibilisé sur ces questions-là qu’il y a quatre ou cinq ans, comme dans notre vie de tous les jours. Des choses avancent mais on se dit forcément qu’elles n’avancent pas assez vite par rapport à un autre compte à rebours : celui qui doit permettre à notre planète de rester vivable.

ACIDE

ACIDE

Réalisation : Just Philippot
Scénario : Just Philippot, Yacine Badday
Photographie : Pierre Dejon
Montage : Pierre Deschamps
Musique : Rob
Production : Bonne Pioche, Pathé Films, France 3 Cinéma, Umédia, Caneo Films.
Distribution et ventes internationales : Pathé
Sortie en salles le 20 septembre 2023

Soutiens du CNC : Aide au développement d'oeuvres cinématographiques de longue durée, Aide sélective VFX, Appel à projets Film de genre