En poste depuis quinze ans à BUF Compagnie, Marion Eloy commence sa carrière au sein du studio français d’effets visuels en concevant des éléments 3D sur le film Marvel Thor (2010). Oeuvrant par la suite sur des productions variées (Kingsman : Services Secrets, High Life, Watchmen, Eiffel, Les Trois Mousquetaires), elle a récemment assuré la supervision VFX de La Bataille de Gaulle, dyptique d'Antonin Baudry consacré à la trajectoire du Général durant la Seconde Guerre mondiale, qui a bénéficié de l'Aide sélective aux effets visuels numériques et de l'Allocation directe aux effets visuels numériques.
La bataille commence
Une cinquantaine de personnes ont été impliquées sur La Bataille de Gaulle, y compris des membres de la branche canadienne de BUF, située à Montréal. « J'ai commencé à travailler sur le projet en juillet 2023, dès le début du tournage », se souvient Marion Eloy, basée à Paris. Le travail sur les effets visuels numériques débute en effet dès la pré-production, même si l’essentiel de l’implication se déroule une fois le tournage lancé. Le processus se décompose en une capture des « assets » [les modèles 3D servant de base aux modélisations qui seront intégrés aux plans, NDLR] durant le tournage, puis une acquisition des « master shots », les plans tournés les plus importants en cours de montage pour y intégrer ces « assets ».
Sur le tournage, l'équipe peut également scanner les décors et recueille le maximum de données de production : « Nous utilisons les données des caméras pour déterminer le cadre et la focale exacts. Tout le mouvement d'appareil peut ainsi être reproduit par ordinateur, et la scène est intégralement reproduite en 3D pour pouvoir placer nos éléments. (...) Aucune image n'a été générée par de l'IA, mais nous utilisons des outils IA sur des tâches techniques répétitives, pour aider à détourer des personnages par exemple. Mais sinon, toutes les images ont été faites ‘en dur’, par nous-mêmes. »
Tous les effets, de A à Z
Singularité du studio BUF, fondé en 1984, au savoir faire reconnu (le studio a travaillé aussi bien sur Blade Runner 2049 où Marion Eloy a animé un hologramme d'Elvis que Le Comte de Monte-Cristo) : les équipes utilisent des logiciels ‘maison’, développés en interne. B Studio pour la 3D, B View pour la visualisation, B Major comme bibliothèque de suivi des plans en cours, et enfin B Prod pour gérer les envois du travail effectué à l'équipe du film. Les développeurs font donc intégralement partie de l'équipe. « C'est la patte de la maison BUF », résume Marion Eloy. « Les autres studios sont spécialisés dans un aspect des SFX, comme l'éclairage ou le mouvement. Ici nous faisons tout de A à Z, c'est notre philosophie. Cela nous permet de nous approprier le plan, sans attendre les rendus ».
La guerre du rendu
Pour les effets visuels, le temps le plus long est, effectivement, celui du « rendu », durant lequel la machine calcule : « Une seule image peut demander quatre heures de calcul en haute définition ». Sur cet aspect, Marion Eloy estime que La Bataille de Gaulle était un projet d’envergure : « Eiffel était déjà un gros film, mais il s’agissait surtout de gérer des ‘enviros’, des décors à intégrer sur fond vert. Sur La Bataille de Gaulle, il y a beaucoup d'explosions, de fumées, de feux... C'est plus long à calculer ».
Le nombre de plans truqués assurés par BUF sur le diptyque a été de 559 sur L'Âge de fer et 418 sur J'écris ton nom. « Aux États-Unis, les équipes ont plus l'habitude des VFX. Nous étions aussi là pour guider Antonin Baudry, et l’aider à être plus à l'aise face à un fond vert ». L'équipe organisait une réunion par semaine pour visualiser les effets au montage, en échangeant avec le réalisateur et son monteur Rehman Nizar Ali. En période de « rush » final, deux réunions par semaine étaient mises en place. « À la fin, nous regardions le film sur grand écran, en salle de projection, avec le son : c’est souvent une révélation puisque nous travaillons sur des images sans le son... »

Le modèle Bir Hakeim
La bataille de Bir Hakeim, menée par les forces françaises du Général Koenig (Benoît Magimel) face aux Allemands, constitue le morceau de bravoure de L'Âge de fer : un combat dans le désert tourné au Maroc, où des Français résistent face à la force de frappe blindée menée par Rommel. Pour réaliser cette scène, un dialogue s'effectue alors entre éléments réels et éléments numériques. « Il y avait trois tanks sur le tournage, qui servaient de références visuelles, mais qui n'étaient pas des tanks d'époque. Nous avons dû ajouter des tourelles dans les teintes de l'époque. Sur place, notre équipe a fait de la photogrammétrie sur les chars et les autres véhicules pour pouvoir les recréer entièrement en 3D ». Il y a ainsi eu un travail de recherche pour faire apparaître à l'écran des Panzer III, les redoutables chars allemands. « Je suis devenue une experte en tanks allemands - et français aussi ! »
Parfois, la modélisation 3D n’était pas nécessaire : l'équipe des effets spéciaux a, par exemple, filmé des explosions pendant le tournage de la séquence de Bir Hakeim, permettant à l'équipe de BUF d'utiliser ces images pour les intégrer directement dans les plans. « C'est bien sûr plus simple et plus réaliste. Mais quand la lumière ou l'axe de ce plan ne correspondent pas, il faut passer par le logiciel ». Dans J'écris ton nom, une autre bataille est mise en scène : celle de Ksar Ghilane (1943) menée par le Général Leclerc (Niels Schneider). De nouveau le désert, mais cette fois en montagne : « Les éclairages sont différents, la chorégraphie de la scène est différente. Les plans sont larges, l'environnement est rocheux : c'est plus facile de s'orienter pour intégrer des effets dans la scène. Dans celle de Bir Hakeim, tout est plat. Il y a aussi un peu plus d'explosions peut-être dans Ksar Ghilane, et plus de chars, une cinquantaine... »
La fumée et les remous
« Les fumées figurent parmi les effets les plus compliqués à générer. Il y a beaucoup de détails... Un bâtiment est carré, il ne bouge pas. Une fumée est organique, c'est magnifique. Dans J'écris ton nom, il y a un plan numérique que je trouve très beau : la caméra pénètre dans la fumée noire du combat pour découvrir le champ de bataille en plan large ». Mais les effets de fumée ne se limitent pas à ceux du combat : « Le plan de Dakar qui apparaît dans le brouillard dans le premier film est un effet splendide ». L'un des plans favoris de Marion Eloy reste celui de l'attaque aérienne sur la flotte française basée à Mers-el-Kébir dans le premier film : « Je n'ai pas travaillé directement sur ce plan, mais je le trouve très réussi. La caméra suit un avion qui largue une bombe sur un navire français. C'est l’un des plus beaux VFX du film. Nous avons tourné au drone un ‘enviro’ en Corse : ce sont les montagnes en arrière-plan, cela fournit une base réaliste. La mer et les bateaux sont ensuite créés en 3D. Et nous avons aussi filmé un ferry pour obtenir des remous autour des navires. Le bombardement était impossible à réaliser en vrai ».

Ici Paris, ici Londres
Le travail de Marion Eloy a également porté sur les scènes de foule (par exemple à Dakar, avec des figurants scannés sur fond vert puis reproduits numériquement) et des décors, pour notamment recréer la place de l'Étoile à Paris sous l'Occupation. Si la scène a été tournée sur place lors de l'été 2023, il était nécessaire d’y intégrer la patine d'époque. « Nous avons tout scanné en lidar, à l'aide d'un scanner laser d'imagerie, un cylindre portatif qui permet en quelques instants de capturer tout un environnement », explique Marion Eloy. Il reste alors à « salir » le résultat. « Sur les photos d'époque, l'Arc de Triomphe est plutôt sale ! Nous avons aussi pris en photo, ailleurs dans Paris, des bâtiments des années trente et quarante pour pouvoir les intégrer Place de l'Étoile. Nous attendions qu'il fasse un temps gris, afin d'avoir une lumière neutre... »
Pour des raisons pratiques, les scènes anglaises ont été tournées dans les studios de Bry-sur-Marne : BUF était alors chargé de reproduire la capitale britannique, notamment le bâtiment de la BBC : « L’équipe des décors avait construit la porte, nous avons modélisé le reste. Nous avons dû passer un week-end à Londres pour faire des photos de repérage, complétées par des photos d'époque, afin de retrouver cette matière noire et sombre du temps. »
LA BATAILLE DE GAULLE
Réalisation : Antonin Baudry
Scénario : Bérénice Vila & Antonin Baudry, d’après le livre De Gaulle : une certaine idée de la France de Julian Jackson
Production : Pathé Films
Coproduction : TF1 Films Production, Logical Content Ventures, Belvédère, Ness Films, Beside Productions, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Aonia Ventures, Laurent Dassault Rond-Point, Ouroboros Entertainment, Stags Participations II
Distribution : Pathé Films
Ventes internationales : Pathé Films
Sortie le 3 juin 2026 et le 24 juin 2026
Soutien sélectif du CNC : Aide sélective aux effets visuels numériques
La Bataille de Gaulle a également bénéficié de l’Allocation directe aux effets visuels numériques (aide automatique)