Comment a été réalisé L’Extraordinaire voyage de Marona ?

Comment a été réalisé L’Extraordinaire voyage de Marona ?

07 janvier 2020
Cinéma
L’Extraordinaire voyage de Marona
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L’Extraordinaire voyage de Marona est le sixième long métrage de la réalisatrice roumaine Anca Damian, et son troisième long métrage d’animation, après des films très remarqués comme Le Voyage de Monsieur Crulic (2011) et La Montagne magique (2015).

C’est l’histoire d’une petite chienne bâtarde, « à la truffe en forme de cœur », qui se souvient après un accident de toute sa vie, de tous les humains qui l’ont adoptée… Anca Damian s’est inspirée de sa propre expérience : la réalisatrice a recueilli une petite chienne perdue dans les rues de Bucarest il y a cinq ans, avant de la donner à une autre famille d’accueil puisqu’elle ne pouvait pas la garder.  « Quand l’idée m’est venue de réaliser ce film, j’ai pensé que derrière l’apparence du ‘film familial’, je pourrais introduire un message plus profond sur le sens de la vie. En ce sens, l’animation m’a donné la liberté nécessaire afin de construire un environnement visuel unique où l’imaginaire du spectateur puisse se déployer. J’ai eu le sentiment de pouvoir influer sur la perception du public dans une perspective ludique. Voir le monde à travers les yeux d’un chien, c’est comme tendre à chacun un miroir dont le reflet dévoile une certaine vérité sur le monde. » L’Extraordinaire voyage de Marona possède effectivement un « environnement visuel unique » qui mélange plusieurs techniques d’animation. La réalisatrice s’est souvenue également de ses œuvres d’animation préférées quand elle était enfant : Les 101 Dalmatiens de Disney et le Muppet Show.

Une équipe européenne

L’Extraordinaire voyage de Marona est une coproduction française, roumaine et belge. L’animateur anglais Paul Williams a toutefois apporté son aide lors de la réalisation.
 « Nous avions des animateurs 2D à Arles et Bordeaux, un « découpeur de papier » à Angoulême… », détaille Anca Damian. La réalisatrice a fait appel à trois artistes pour créer l’univers de Marona : Gina Thorstensen (artiste visuelle qui a exposé en galerie, conçu des clips et des peintures murales), Sarah Mazzetti (illustratrice de dessins de presse et de livres pour enfants) et l’auteur de BD belge Brecht Evens. La première travaille entre Barcelone et la Norvège, la deuxième en Italie, et le dernier à Paris. Brecht Evens a conçu les personnages du film, tandis que Gina et Sarah s’occupaient des décors. « Brecht et Sarah n’avaient aucune expérience en animation, donc ils amenaient une approche visuelle rafraîchissante au projet », raconte Anca à Animation Magazine. « Il me semble que Marona est née en griffonnant sur un coin de table lors de mes discussions avec Anca autour d’un café », raconte Brecht. « J’étais sûr que ce personnage devait être en noir et blanc, non défini par une couleur, afin d’exister et d’être reconnaissable dans différentes lumières, couleurs et situations. Puis, au fil de nos échanges et esquisses avec l’équipe artistique, nous nous sommes accordés sur le graphisme de Marona et des autres personnages. »

Un mélange de techniques

« La communication par le langage visuel est extrêmement importante, et c’était lié au fait que la chienne traverse trois âges : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte », expliquait la réalisatrice au site Deadline. « A chaque âge sa façon de voir le monde. » De là découlait la pluralité des techniques utilisées sur L’Extraordinaire voyage de Marona. Les décors ont été conçus par ordinateur avec les programmes « classiques » de 3D et le logiciel de montage numérique After Effects. Les personnages ont par contre été créés en deux dimensions en utilisant TVPaint, comme sur Le Chant de la mer (Tom Moore, 2014), Parvana, une enfance en Afghanistan (Nora Twomey, 2017), afin de faire ressortir leur singularité. Des découpages et des collages de papier « à la main » ont été intégrés à l’animation afin de renforcer certains effets. Plusieurs personnages sont faits à partir de 2D et de collages. « La rigidité de la vieillesse est ainsi renforcée pour la mère d’Istvan et la grand-mère de Solange », précise Anca Damian à Animation Magazine. « Et les méchants - l’imprésario et l’attrapeur de chiens - ont été faits en 3D ». Comme on le voit, la technique est avant tout narrative : elle raconte quelque chose de plus profond qu’une simple qualité visuelle. « Dans mes films, chaque technique doit être utilisée à un moment particulier, pour améliorer quelque chose. Vous ne devez pas rester fidèle à une seule technique, vous devez être fidèle à votre film. Le plus important est l’histoire que vous racontez. »

L’Extraordinaire voyage de Marona a reçu l’Aide aux cinémas du monde, l’Aide sélective à la distribution (aide au programme) et l’Aide sélective à la distribution (jeune public) du CNC.