Comment le réalisateur de Meurs, monstre, meurs a transcendé le film d’horreur

Comment le réalisateur de Meurs, monstre, meurs a transcendé le film d’horreur

Meurs, Monstre, Meurs
Meurs, Monstre, Meurs UFO Distribution

L’Argentin Alejandro Fadel a été révélé à Cannes en 2012 avec Los Salvajes. Six ans plus tard, au Festival de Cannes 2018, Fadel est revenu avec Meurs, monstre, meurs en salles ce 15 mai. Son réalisateur nous explique comment il a imaginé et tourné ce film unique, et surtout comment il a réussi à transcender son statut de film d’horreur montagnard.


Créer de façon disparate

« Au début, quand je me mets au travail, je ne sais vraiment pas où je vais, je n’ai pas une idée claire… Ça peut paraître étrange, mais je pars d’éléments disparates : des idées, des images, des dialogues, et puis petit à petit tout ça s’harmonise, se construit… Je me sens un peu comme un peintre qui travaille à partir des formes et des couleurs, qui les assemble en espérant qu’à la fin il y aura un grand tableau qui se tienne. »

Avoir une volonté documentaire mais la dépasser

« La principale idée de départ de Meurs, monstre, meurs, c’était mon envie de documentaire : je voulais tourner dans certains lieux, avec les habitants de ces lieux, à certains moments de l’année. C’est avec le lieu de tournage que le film a vraiment démarré. Qu’il a pris sa forme. Nous avons tourné dans la province de Mendoza, dans la Cordillère des Andes, une province reculée qui n’a pas profité d’avancée économique, sur la frontière entre Chili et Argentine. Entre 1 000 et 3 500 mètres d’altitude, en plein milieu de l’hiver, et très souvent de nuit… Mais nous avons filmé les paysages comme des intérieurs. Sans naturalisme, ni réalisme, mais une volonté formaliste pour augmenter l’impression de claustrophobie. Quand tu es un touriste, les paysages ont l’air très beau, mais quand tu vis et tu travailles là, ce paysage infini devient oppressant. Le film est une carte de la province. Et le paysage est une des clefs de l’énigme. »

Entendre la voix des non professionnels

« Je n’aime pas le professionnalisme partout. C'est un film d’aventure collective, et avec un peu de chance, on aura fait un film de qualité (rires). Victor Lopez, qui joue le personnage principal, Cruz, a dit que le film a été pour lui « un voyage magique, chamanique ». Je cherchais avant tout des voix très particulières, car l’une des idées fortes du film, c’est son langage très particulier, qui est une forme de folie contagieuse. Comme nous tournions presque comme un documentaire, j’ai fait confiance au hasard : on a trouvé Victor et sa voix surpuissante. La construction du personnage naît de deux choses : ce que l’acteur a sans en être conscient, et le scénario. La rencontre est révélée par la caméra et la prise de son, par la technique du cinéma. Quand je travaille les personnages, je ne pense pas à l’acteur, je ne pense pas à quelqu’un en particulier. Je travaille les corps, les visages. Le climat a impacté le corps des acteurs. Il a fait très froid. Les acteurs ont donc suivi le même chemin que les personnages. La force du tournage s’est transmise au film. La forme même du tournage transparaît à l’image. »

Respecter le cinéma de genre

« En 1965, il y avait ce film, Die, monster… die avec Boris Karloff, mais mon film n’a pas de lien thématique avec lui, bien que les deux soient inspiré de La Couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft. Quel titre magnifique… Il n’y a pas d’explication, c’est extrêmement poétique. Les histoires de Lovecraft ne sont pas fermées, elles n’ont pas d’explication, elles sont très sensorielles. Je les ai lues quand j’étais jeune, forcément, ça m’a marqué.
Pour revenir au cinéma, j’ai une foi profonde dans le pouvoir de l’image et du son analogiques. J’ai la foi en un cinéma pré-numérique. Pour moi, cela signifie travailler de la matière vivante, des corps de chair, des corps présents. C’est le cinéma classique de terreur, celui de James Whale, de Tod Browning, ce sont les films des Universal Monsters… Les films de Mario Bava et Lucio Fulci ont été également mes boussoles. Dans tout cela, il y a une vraie ingénuité dans la relation à l’image. Une approche artisanale des effets monstrueux. Les comédiens sont également toujours au centre de ces films ; cela, c’est l’héritage expressionniste. »

Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel a reçu l’aide aux cinémas du monde, l’aide sélective à la distribution et l’aide à la création visuelle et sonore numérique.