Un parcours débuté à l’Ensav
La sortie de L’Espèce explosive marque une étape importante dans le parcours de Sarah Arnold, entamé à l’École nationale supérieure d’audiovisuel (Ensav), située à Toulouse. Une formation dont la cinéaste a tiré de nombreux enseignements. « À l’Ensav, nous réalisions beaucoup de projets chaque année, ce qui nous permettait d’apprendre sur le tas et de se découvrir. Grâce à ces projets, j’ai identifié des thématiques, un ton, qui revenaient dans mon travail », se souvient-elle.
« Je m’intéressais à des personnages qui n’étaient pas héroïques, un peu cabossés, et que j’abordais avec une forme d’humour noir. J’ai aussi compris à quel point le décor et les paysages sont importants pour moi. Dans mon imaginaire, ils apparaissent avant les personnages et le récit ». La réalisatrice poursuit : « L’Ensav nous invitait à nous interroger sur la résonance des histoires que nous racontions avec le collectif, et pas seulement avec l’intime. Par ailleurs, dans ces travaux, il nous était demandé de ne pas recourir à la musique, car son usage pouvait être jugé ‘trop facile’. Cela nous forçait à chercher la musicalité ailleurs ».
La rencontre avec Martin Bertier et Helen Olive
Après l’Ensav, Sarah Arnold aspire à devenir monteuse, mais ne parvient pas à trouver de poste. Elle s’oriente alors vers la production et décroche un stage au sein de la société Les Films du Poisson. « Cela m’a été d’une grande utilité. J’y ai compris comment se finance un film, ce qu’est une note d’intention, une note de production, comment se conçoit un dossier… Tous ces points qui me paraissaient nébuleux ne l’étaient plus ». Puis, en parallèle d’emplois alimentaires, elle se lance dans l’écriture de scénarios. Elle propose ensuite à Martin Bertier, rencontré alors qu’il était assistant de production aux Films du Poisson, et Helen Olive, alors assistante de production dans une autre structure, d’être ses producteurs. C’est la naissance d’une collaboration qui débute avec Leçon de Ténèbres (2010) et dure encore aujourd’hui.
Ce court métrage, que Sarah Arnold réalise l’année de ses 30 ans, est une fable sans dialogue ayant pour héros des musiciens d’un quatuor à cordes. Il reçoit un prix au Torino Film Festival (Italie), en 2010. Suivront Totems (2014), Parades (2017), et L’Effort commercial (2022). Les deux premiers sont distingués, notamment au Festival de Locarno, et le troisième remporte, entre autres, le Prix France Télévisions du court métrage.
Au fil de ces films où, Leçon de ténèbres excepté, elle met en scène « des personnages en résistance, en lutte contre quelque chose de plus grand qu’eux, qui les dépasse et les écrase », Sarah Arnold se familiarise davantage avec la direction d’acteur. « Longtemps, j’ai cru que je ne saurais pas accompagner les comédiens. Mais, petit à petit, je me suis sentie plus à l’aise avec cet aspect ». Elle cultive aussi son style singulier. « Des mots aux décors, pour moi, tout est sujet à créativité. Je ne suis pas dans l’épure propre au réalisme, un style que je ne maîtrise pas ». Et, pour chaque tournage, elle prend un immense plaisir « à choisir les membres de l’équipe et à créer un groupe », avec le souhait que les tournages soient, pour tous, « un souvenir positif et précieux ».

Un article de presse comme point de départ
Après Parades, Sarah Arnold se lance dans l’écriture d’un long métrage. « J’avais beaucoup d’histoires en tête, mais aucune ne me motivait plus que les autres. Un jour, j’ai repensé à un article que j’avais lu dans Libération, intitulé Campagnes à feu et à sangliers, qui relatait une situation de conflit entre agriculteurs et chasseurs autour du sanglier. Pour moi, ce conflit racontait plus largement notre société, la tension explosive qu’elle renferme. Cela m’a vivement intéressée ».
En plus du conflit, la figure du sanglier a été capitale pour la réalisatrice, à tel point que celui-ci apporte son ADN au film. « Le sanglier est mignon, effrayant, inquiétant, majestueux, ridicule, bruyant, brusque. Il est vivace, n’a peur de rien, se moque de tout. J’avais envie de faire un film à son image, alliance du drolatique et du brutal, comme un coup de pied dans une fourmilière, pour exprimer cette colère face à l’injustice qui sévit dans nos sociétés contemporaines ».
Pour rédiger le scénario, Sarah Arnold effectue des recherches, rencontre des agriculteurs et des chasseurs, s’immerge au sein de la gendarmerie, et s’ associe à quatre scénaristes : Olivier Séror, Romain Winkler, Mehdi Ben Attia et Jérémie Dubois. Ces auteurs se succèdent, offrant à chaque fois un nouveau souffle au script. Sarah Arnold est en outre guidée par plusieurs références, à commencer par les films de Patricia Mazuy. « Il y a dans son cinéma une forme de brutalité et en même temps de l’humour, quelque chose d’assez sec, qui me parlent ». Parmi ses influences, Sarah Arnold cite également Fargo des frères Joel et Ethan Coen (1996), Old Joy de Kelly Reichardt (2007) ou encore les œuvres de Hal Hartley.

Un objet hybride et détonant
Ce passage du court au long, Sarah Arnold l’effectue avec Helen Olive et Martin Bertier (cofondateurs en 2015 de 5à7 Films). « Nous travaillons ensemble depuis quinze ans, dans une totale confiance. Nous nous comprenons vite sur tout : les scénarios, les univers… Les films que je fais appartiennent autant à eux qu’à moi ». La réalisatrice dit « n’avoir jamais perdu le désir » durant les huit années nécessaires à l’écriture et au financement : « J’avais conscience que permettre à un premier film de voir le jour, c’est long et difficile ».
L’Espèce explosive est d’abord soutenu par la région Grand Est, qui lui accorde l’aide aux films de genre. Puis, après trois tentatives, le film obtient l’Avance sur recettes du CNC, un véritable « accélérateur » pour le projet. « C’est après cette obtention que tout s’est débloqué au niveau des financements », se souvient la réalisatrice. Le premier clap est donné le 22 septembre 2025 en Argonne, dans la région Grand Est. C’est précisément là que le conflit relaté dans l’article de Libération s’était déroulé et là où Sarah Arnold a fait des repérages dès l’écriture.
L’ensemble des prises de vues se déroulent sur une période de trente et un jours. « Je me rappelle avoir ressenti de la peur avant de commencer, mais celle-ci a disparu dès que tout a démarré ». Au final, L’Espèce explosive est un objet hybride et détonant, que Sarah Arnold décrit comme « une sorte de polar rural, qui emprunte aux codes de la comédie romantique, tout en confrontant les questions d’ordre et de chaos, d’obéissance et de désobéissance ». Une proposition qui a convaincu la Quinzaine des Cinéastes, qui l’a retenue dans sa sélection en mai dernier.
L'ESPÈCE EXPLOSIVE
Réalisation : Sarah Arnold
Scénario : Sarah Arnold, Jérémie Dubois, Olivier Séror, Romain Winkler et Mehdi Ben Attia
Production : 5à7 Films
Distribution : Pan Distribution
Ventes internationales : Playtime
Sortie le 7 octobre 2027
Soutiens sélectifs du CNC : Soutien au scénario (aide à l'écriture), Avance sur recettes avant réalisation, Aide à la création de musiques originales, Aide sélective à la distribution (aide au programme 2026)