Comment est né le FEFFS ? Et comment a-t-il évolué au fil des éditions ?
Daniel Cohen : Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) a été lancé en 2008 par l'association Les Films du Spectre, avec pour ambition de se concentrer sur le cinéma de genre européen. Il s'est ensuite peu à peu développé : nous avons débuté sur une durée de cinq jours, nous en comptons aujourd'hui le double. En tout, nous préparons cent quatre-vingt séances en 2026, avec une sélection de soixante-douze longs métrages et une trentaine de courts. Notre volonté de diffuser davantage d'œuvres au cinéma est née du constat qu'il y a de plus en plus de propositions qui ne sortent plus en salles. Ce festival représente l'opportunité pour le public de les découvrir dans les meilleures conditions de diffusion possible, de vivre une expérience collective.
Nous avons inauguré de nouvelles sections petit à petit, et avons conservé le terme « européen » car nous sommes le seul festival de France à remettre un prix du meilleur film fantastique européen, le Méliès d'argent. L'œuvre sélectionnée peut ensuite concourir pour le Méliès d'or au sein d'un autre festival, à Sitges en Catalogne, qui fêtera son soixantième anniversaire l'année prochaine. Nous remettons également un prix international, l'Octopus d'or, ainsi qu'un prix Crossover, catégorie qui comprend des films de genre au sens large : polars, action, comédies noires... Nous avons ouvert une section Animation, pour des œuvres ayant plutôt une patine fantastique, mais là aussi nous pouvons accepter des propositions un petit peu plus larges. Dans la section de Minuit, les amateurs de gore vont trouver des films plus outranciers, plus grotesques aussi parfois. Au sein des Séances Spéciales, nous programmons des documentaires : cette année, nous proposons par exemple Ghost in the Machine de Valerie Veatch, réflexion sur les intelligences artificielles, qui fait écho à la rétrospective principale de cette édition.
Nous développons aussi des événements hors les murs, des séances immersives et insolites : cette année, nous diffusons Phantom of the Paradise de Brian de Palma à l'Opéra National du Rhin. Par le passé, nous avons pu montrer L'Exorciste dans une église, Les Dents de la mer dans une piscine ou Les Blues Brothers en drive in sur le toit d'un parking. Enfin, depuis 2015, nous misons sur quelques séances en réalité virtuelle : nous proposons neuf expériences de ce type en 2026.
La diffusion de films de genre est notre mission principale, mais nous développons aussi des actions cinématographiques diverses : nous avons des ateliers jeune public, des rencontres organisées au Village (avec des illustrateurs, libraires, vendeurs de DVD...). Grâce à Eurogenre, nous planifions des rencontres professionnelles afin de mettre en lumière des films en cours de développement. Et nous avons obtenu cette année le soutien du CNC et de la région Grand-Est pour mettre en place des résidences d'écriture, de courts et de longs métrages.

Cette sélection éclectique contient-elle beaucoup d’avant-premières ?
Parmi les longs sélectionnés cette année, il y a quarante-deux nouvelles productions. Certaines ont un distributeur, elles sont destinées à être diffusées en salles ou sur des plateformes. Mais nous avons aussi retenu des œuvres qui n'ont pas encore d'ayant-droits en France. Nous créons les sous-titres spécialement, dans ces cas-là.
Ce sera par exemple le cas de notre film d'ouverture, Coyote vs. ACME, qui a eu une histoire compliquée. Paramount+ va le diffuser en version originale non sous-titrée et doublé en version française, mais n'a pas prévu de sous-titres : nous avons donc fait appel à des traducteurs en vue de sa présentation à Strasbourg en VOST.
Nous essayons de proposer des œuvres très variées. Nous démarrons avec un film familial, qui mélange live et animation, et bouclons par l'intense Hope, de Na Hong-jin. Notre public a des goûts éclectiques !

Comment trouvez-vous l'équilibre entre productions internationales et francophones ?
Chaque catégorie comprend des œuvres françaises. Par exemple, Sanguine de Marion Le Corroller, c'est du body horror dans la continuité de films de réalisatrices françaises qui ont récemment marqué le cinéma d'horreur : Julia Ducournau avec Titane, Coralie Fargeat avec The Substance... Avec en plus ici une réflexion sur le monde du travail qui abîme les corps. La réalisatrice sera présente pour montrer son film au public.
Nous avons aussi Roma Elastica, avec Marion Cotillard et Noémie Merlant : c'est un peu La Dolce Vita qui rencontre Cruising, une œuvre magnifique de Bertrand Mandico -qui fera le déplacement- sur le métier d'actrice. Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue est une comédie satirique animée au design original, assez dérangeante avec ses photographies de comédiens qui s'animent. C'est très corrosif. Le Facteur humain de Nicolas Saada parle de surveillance numérique généralisée, de piratage neuronal. Le réalisateur participera d'ailleurs à notre table ronde autour de l'intelligence artificielle.
Et n’oublions pas l'invité d'honneur, le réalisateur belge Fabrice du Welz qui tourne beaucoup en français et/ou en coproduction avec l'Hexagone. Il sera présent sur presque toute la durée du festival, puisqu'il y présentera une rétrospective de ses films : Calvaire, Alléluia, Adoration, Inexorable, Le Dossier Maldoror... C'est un excellent représentant du cinéma de genre francophone à l'international.
Le FEFFS bénéficie du soutien du CNC.