Le train possède une longue histoire commune avec le cinéma. Il a marqué les différentes étapes de son évolution, décennies après décennies, de L’Arrivée du train en gare de la Ciotat (1896) des frères Lumière à Gare du Nord (2013) de Claire Simon, en passant par La Bête humaine (1938) de Jean Renoir et Maine Océan (1986) de Jacques Rozier.
Avant-gardiste sur le sujet, la SNCF s’est dotée, dès 1942, d’une section cinématographique dédiée à la projection de films d’actualité et de documentaires sur ses activités. À partir de 1944, le service se lance durant trois années dans une mission de haute responsabilité : filmer le travail colossal de reconstruction du réseau ferroviaire après la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui encore, ce lien se poursuit. Accueil de tournages en gare, prêt de véhicules, conseils de faisabilité technique dès l’étape du scénario… Les missions de la SNCF, qui accompagne actuellement, environ, plus d'une centaine de tournages par an, sont extrêmement variées. En moyenne, chaque année, près d'un film français sur trois fait appel au pôle tournage de la SNCF. « En dehors de l’Île-de-France, nous accueillons de nombreuses prises de vues en Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Normandie, Hauts-de-France, Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Grand Est, ou encore dans les Landes et en Occitanie », indique Jérémie Coste, chef de projet. L’équipe cinéma et tournages recueille une soixantaine de demandes de tournages de cinéma par an. La SNCF est d'ailleurs l’entreprise qui en accueille le plus en France. Question décors, elle possède notamment 3 000 gares et de nombreux trains susceptibles de satisfaire les cinéastes du monde entier. Il est d'ailleurs possible de tourner en pleine nature à l'image du film Les Enfants de la résistance (2026) réalisé par Christophe Barratier dont certaines séquences ont été filmées sur une ligne de train. Un tournage qui a par ailleurs bénéficié de l'accompagnement des équipes SNCF Réseau.
Le train dans l’œil de la caméra
La société ferroviaire propose également des voyages dans le passé comme dans la série américaine NetflixTransatlantique ancrée dans le Marseille de 1940 (2023), Le Temps d'aimer de Katell Quillévéré (2023) et le film de Xavier Giannoli Des rayons et des ombres (2026), tous deux tournés en partie à Paris-Austerlitz. Dans le cas de projets d’époque comme ceux-ci, la SNCF « fait appel à des associations de trains touristiques qui ont récupéré du matériel d’époque, notamment des trains à vapeur », explique Jérémie Coste. « Nous dirigeons aussi les équipes vers la région Centre-Val de Loire où existent plusieurs petites gares non-électrifiées dont les alentours sont restés intacts », ajoute-t-il. La Cité du Train de Mulhouse, musée spécialisé dans ce transport, propose également des décors ferroviaires ancrés dans le passé. Années 1970, locomotives à vapeur, tout pour accueillir des tournages divers et variés pour des films, séries ou publicités.
La SNCF ne propose pas seulement des décors, mais également un accompagnement des acteurs pour préparer leur rôle. Vincent Lindon en a notamment bénéficié pour incarner au mieux un caténairiste dans le film Jouer avec le feu de Delphine et Muriel Coulin. Pour ce rôle récompensé en 2024 par la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra de Venise, l’acteur a appris les gestes du métier en compagnie de deux agents de la société de transports.
Huit films présentés à Cannes 2026
Cette année, huit longs métrages présentés à la 79e édition du Festival de Cannes ont été accompagnés par la Mission Cinéma de la SNCF. Plusieurs ont été sélectionnés en compétition officielle : Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, tourné à la gare de Magenta et à bord d’un RER E ; L’Inconnue d’Arthur Harari, tourné à la gare de l’Est et à bord d’un TER Grand Est ; Garance de Jeanne Herry, tourné à la gare de Viroflay (RER C), celle de Paris-Montparnasse et à bord d’un TGV Atlantique Paris-Bordeaux. La sélection Un Certain Regard rassemble les films Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg et Mémoire de fille de Judith Godrèche, tournés respectivement à la gare de Pantin et à bord d’un RER E, ainsi qu’à la gare de Cergy-Préfecture (RER A) et à bord d’un TER SNCF Paris-Rouen. Des films hors compétition ont aussi bénéficié de l’accompagnement de la SNCF : La Bataille de Gaulle : l’Âge de fer d’Antonin Baudry, tourné à la gare de l’Est ; L’Objet du délit d’Agnès Jaoui, tourné à la gare de Paris-Lyon et à bord d’un TGV Sud-Est Marseille–Paris ; Si tu penses bien de Géraldine Nakache, tourné à la gare de Paris-Montparnasse Vaugirard avec un TER Normandie à quai.

Cette période cannoise rappelle également la relation entre l’institution ferroviaire et le festival. Une histoire d’amour qui défile du prix du jury international remis à La Bataille du rail de René Clément lors de la première édition en 1946 aux Rails d’or attribués chaque année par l’association des cheminots cinéphiles, Ceux du rail, depuis 1995. En 2025, Left-Handed Girl de Shih-ching Tsou, coproduction entre la France (Le Pacte), Taïwan, les États-Unis et le Royaume-Uni, a reçu cette récompense durant la Semaine de la Critique.
Enfin, alors que le cinéma a fêté ses 130 ans en 2025, la SNCF propose une exposition « La Ciotat, ville de cinéma » sur le parvis de la gare jusqu’en 2028. L’occasion de retracer le lien entretenu par la cité provençale avec le septième art et notamment les frères Lumière.