Marina Vlady, une vie d’artiste entre cinéma, théâtre et littérature

Marina Vlady, une vie d’artiste entre cinéma, théâtre et littérature

25 septembre 2026
Cinéma
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Marina Vlady dans « 2 ou 3 choses que je sais d’elle » réalisé par Jean-Luc Godard
Marina Vlady dans « 2 ou 3 choses que je sais d’elle » réalisé par Jean-Luc Godard Anouchka / Argos / Les Films du Carrosse / Parc Film

Filmée par Robert Hossein, Jean-Luc Godard, Jean Delannoy ou encore Orson Welles, l’actrice franco-russe a marqué les cinéphiles autant que les amateurs de théâtre ou de littérature. Comédienne, écrivaine et chanteuse, elle laisse le souvenir d’une artiste libre et engagée, dont la carrière fut intimement liée aux combats qui lui tenaient à cœur. Marina Vlady s’est éteinte le 24 septembre, à l’âge de 88 ans.


Famille d'artistes

Née en 1938 à Clichy, de parents artistes émigrés de Russie - son père Vladimir de Poliakoff était chanteur d'opéra, sa mère Militza Envald, danseuse étoile-, Marina Vlady se passionne dès l'enfance pour la scène. Comme ses trois sœurs, Olga Varen, Odile Versois et Hélène Vallier, toutes devenues actrices et chanteuses sous le surnom des Soeurs Poliakoff.

D'abord petit rat à l'Opéra de Paris, Marina Vlady obtient son premier rôle au cinéma à l’âge de dix ans dans L'Orage d'été (1949) de Jean Gehret. En 1954, elle est remarquée dans Avant le déluge, un drame d'André Cayatte évoquant la peur de la guerre nucléaire qui lui permet de décrocher, à l’âge de seize ans, le Prix Suzanne-Bianchetti, une récompense de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) remise depuis 1937 à une jeune actrice prometteuse.

Marina Vlady dans « Toi le venin » réalisé par Robert Hossein
Marina Vlady dans « Toi le venin » réalisé par Robert Hossein Champs-Elysées / Filmauro

Cinéma et théâtre

Marina Vlady épouse le metteur en scène Robert Hossein, qui lui offre quatre rôles majeurs de son début de carrière :  le drame Pardonnez nos offenses (1956) sur la violence grandissante entre deux clans, Les Salauds vont en enfer (1956) adapté d'une pièce de Frédéric Dard, Toi, le venin (1958) d’après un roman de l’auteur et dans lequel Marina Vlady donne la réplique à sa sœur Odile Versois pour jouer sur leur ressemblance physique et créer le trouble, et La Nuit des espions (1959) dans lequel le cinéaste se met en scène pour un face à face sous tension avec l’actrice. Le couple s’illustre également chez d'autres cinéastes : Georges Lampin (Crimes et Châtiment, tiré du célèbre roman de Fiodor Dostoïevski en 1956), Jean Valère (La Sentence, 1959) et Maurice Labro (Les Canailles, 1960).

Marina Vlady doit sa première expérience théâtrale à Robert Hossein, qui l’engage sur Vous qui me jugez en 1957. Suivent André Barsacq (Les Trois sœurs d'Anton Tchekhov, 1966), Jean-Luc Tardieu (Sarcophagus de Vladimir Gubariev, 1992) ou encore Jean-Claude Brialy (La Source bleue de Pierre Laville, 1994). Après la disparition prématurée de son troisième époux, le poète Vladimir Vyssotski, la comédienne écrit Le Vol arrêté, un récit adapté en pièce au milieu des années 2000 par Jean-Luc Tardieu. En 2014, elle vit son ultime expérience sur les planches, Le Cavalier seul de Jacques Audiberti, mis en scène par Marcel Maréchal.

Marina Vlady dans « Le Lit conjugal » réalisé par Marco Ferreri
Marina Vlady dans « Le Lit conjugal » réalisé par Marco Ferreri Films Marceau Cocinor / Sancro Film

Cannes, Welles, Godard

En 1961, Marina Vlady tient le rôle-titre de La Princesse de Clèves dans une adaptation du classique de Madame de La Fayette par Jean Delannoy. Refusant de se laisser enfermer dans un seul rôle, elle prend soin d’alterner les genres : la comédie chez Michel Deville (Adorable menteuse, On a volé la Joconde) ou Michel Boisrond (Atout cœur à Tokyo pour OSS 117), polar chez Christian Jaque (Les Bonnes causes) ou le drame intime pour Marco Ferreri. 

En 1963, son film Le Lit Conjugal lui offre le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes. Deux ans plus tard, elle joue l'un de ses rares rôles en anglais pour Orson Welles dans Falstaff, tiré de la pièce de William Shakespeare, aux côtés de Jeanne Moreau, entre autres. Puis Jean-Luc Godard lui permet d'étudier toutes les facettes d'une femme de son époque dans Deux ou trois choses que je sais d'elle, en 1967.

Marina Vlady dans « La Princesse de Clèves » réalisé par Jean Delannoy
Marina Vlady dans « La Princesse de Clèves » réalisé par Jean Delannoy Cinétel / Silver Films

Présente au cinéma comme à la télévision, dans les films d'auteurs comme dans les comédies populaires, Marina Vlady tourne beaucoup jusqu'au milieu des années 1990 : Un Amour de Tchekhov (1969) de Sergueï Ioutkevitch, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972) de Jean Yanne, Sapho ou la Fureur d'aimer de Georges Farrel (Prix Femina de la meilleure actrice de l’année en 1971), Twist Again à Moscou (1986) de Jean-Marie Poiré ou Que la fête commence (1974) de Bertrand Tavernier. En Italie, elle donne la réplique à Marcello Mastroianni à trois reprises : Les Chasseurs alpins (1952) d'Oreste Biancoli, Jours d'amour (1954) de Giuseppe De Santis et Splendor (1989) d'Ettore Scola, œuvre clamant son amour pour le 7ᵉ Art à travers le combat d'exploitants pour éviter la fermeture de leur salle de cinéma. 

Absorbée par son travail d'écriture et ses pièces de théâtre, Marina Vlady s'éloigne des plateaux au début des années 2000. Après quatorze ans d'absence, elle revient au cinéma en 2011 dans Quelques jours de répit d'Amor Hakkar, puis le court métrage L'Air d'un oubli (2016) d'Olivier Fély-Biolet. Elle participe ensuite à quelques projets télévisés, notamment Trois femmes en colère de Christian Faure et la première saison de la série à succès Sam, sur TF1.

Marina Vlady dans « Falstaff » réalisé par Orson Welles
Marina Vlady dans « Falstaff » réalisé par Orson Welles Internacional / Alpine

Echappées musicales et littéraires

Dès les années 1960, Marina Vlady dévoile au public ses talents de chanteuse en participant à deux des cinq albums des Soeurs Poliakoff. La décennie suivante, elle accompagne son mari sur le 33 Tours Vlady Vissotsky, puis interprète des berceuses russes en 1981. Ses apparitions musicales à la télévision font sensation, comme « Le Voleur de chevaux », interprétée avec enthousiasme en 1973.

Celle qui a toujours défendu son amour de la littérature en participant aux adaptations théâtrales, cinématographiques et télévisées d'œuvres de grands auteurs, fait aussi entendre sa propre voix par écrit. D'abord en s'inspirant de son enfance avec ses sœurs pour rédiger à quatre mains Babouchka, en 1979. Elle écrit par la suite ses mémoires, 24 images/seconde (Fayard, 2005), préface les recueils de poèmes de son époux et imagine des romans comme Le Collectionneur de Venise (1993) ou Sur la plage, un homme en noir (2006). Dans son dernier ouvrage, C'était Catherine B. paru en 2013, elle s'inspire du parcours de la cinéaste française Catherine Binet, qui fut la compagne de l'écrivain George Perec.

Marina Vlady dans « Que la fête commence » réalisé par Bertrand Tavernier
Marina Vlady dans « Que la fête commence » réalisé par Bertrand Tavernier Fildebroc / Productions de la Guéville

Figure engagée

Marina Vlady n’a jamais eu de cesse de dissocier son travail de ses convictions, faisant de sa notoriété un espace de parole et de liberté. Dans les années 1960, elle soutient l’indépendance de l’Algérie et s’engage aux côtés du Parti communiste français et de l’association France-URSS. Signataire du Manifeste des 343 en 1971, elle défend le droit à l’avortement et incarne cet engagement dans le téléfilm Victoire ou la douleur des femmes de Nadine Trintignant (2000).

Elle soutient également les combats de son compagnon, le cancérologue Léon Schwartzenberg, puis, en 2015, signe l’Appel des 58 en faveur de la liberté de manifester. Ses engagements politiques sont notamment évoqués dans le documentaire Nissam dit Max, de Pierre et Vladimir Léon (2004).

Actrice lumineuse, autrice talentueuse, femme curieuse, citoyenne engagée, Marina Vlady était une personnalité libre, une figure féministe indépendante qui a porté avec conviction ses choix artistiques comme ses causes humanistes. Avec, toujours, la même envie de vivre avec son temps et d’interroger les époques qu’elle traversait. Elle a vécu et est « partie comme elle l'a choisi », précise sa famille. « Une longue et belle vie bien remplie. »