« Miss Mermaid » : du réel à la fiction, le grand plongeon

« Miss Mermaid » : du réel à la fiction, le grand plongeon

02 juillet 2026
Cinéma
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Miss Mermaid 1

Inspiré du documentaire éponyme, Miss Mermaid raconte l’histoire de Fanny, jeune Fécampoise déterminée à devenir sirène professionnelle. Rencontre avec ses réalisatrices, Pauline Brunner et Marion Verlé, ainsi qu’avec leur producteur Damien Brunner (Folivari).


Quelles sont les origines de votre duo de réalisatrices, et de ce film ?

Pauline Brunner : Marion et moi sommes amies, nous nous sommes rencontrées au lycée. Notre première collaboration date d’il y a quinze ans. J’ai fait des études de cinéma d’animation, Marion s’est lancée dans le documentaire et m’a proposé de l’accompagner en tant que graphiste sur un projet. Depuis nous réalisons des films ensemble, du documentaire comme de l’animation. Le premier Miss Mermaid s’inspire de la reconversion d’Alexia, ma cousine originaire de Fécamp. Elle nous a fait découvrir le « mermaiding » [pratique aquatique qui consiste à nager en tenue de sirène, NDLR], encore peu connu en France il y a sept ans. C’est une discipline incroyable, à la fois sportive et symbolique, qui prône la transformation de soi. Quand elle nous a avoué économiser pour s’acheter une nageoire, nous avons trouvé une belle histoire à raconter. Ce documentaire à petit budget a bien vécu : il a été présenté au FIPADOC 2020, puis diffusé sur France 2 et France 3. Dès le tournage, nous avons relevé des ingrédients de fiction dans le parcours d’Alexia. Nous avons voulu aborder davantage de thèmes, mais il a fallu respecter son intimité et sa propre expérience. Nous avons initié le projet de fiction à la sortie du documentaire, pendant le confinement.

Ce film rassemble le côté fantaisiste de l’animation et réaliste du documentaire, nous avons toujours aimé mélanger les deux. 
Marion Verlé
Coréalisatrice 

Comme vous l’avez évoqué, Pauline Brunner vous êtes formée à l’animation et vous Marion Verlé au documentaire. En quoi cela vous a-t-il influencé pour penser le projet ?

Marion Verlé : Nous avons suivi des méthodes diverses pour construire nos personnages. Certaines s’apparentent à une démarche sociale proche du documentaire : l’observation des routines d’agents d’entretien, les discussions avec les pêcheurs locaux, les recherches sur le parler cauchois. L’influence de l’animation, elle, ressort davantage dans la mise en scène. Elle a nourri le travail des couleurs et la réalisation des story-boards des scènes aquatiques. Ce film rassemble la fantaisie de l’animation et le réalisme du documentaire. Nous avons toujours aimé mélanger les deux.

P.B : L’équipe du film nous appelle « l’hydre à deux têtes », c’est un peu le reflet de notre manière de travailler.

Marion Verlé et Pauline Brunner Nicolas Bergeret 

Damien Brunner, comment êtes-vous arrivé sur le projet avec Folivari ?

Damien Brunner : Peu après la sortie du documentaire, à la fin du confinement. Nous étions rassurés par le projet car Pauline et Marion ont développé le film et ses thématiques durant des années, et le travail est devenu très solide. De toutes nos productions, c’est celle qui a été financée le plus rapidement. Nous avons été chanceux. La collaboration avec jour2fête, Canal + et France 3 Cinéma a été fructueuse.

P.B : La production nous a beaucoup aidées. Nous avons été bloquées lors de l’écriture de la deuxième partie du film. Elle nous a alors proposé de travailler avec Marie Eynard, habituée des longs métrages de fiction, devenue notre coscénariste. C’est elle qui a notamment eu l’idée du boat trip final et a apporté de l’onirisme à l’histoire.

 

Qu’avez gardé du documentaire originel, et qu’avez-vous changé dans la fiction ?

P.B : D’abord, il a fallu se détacher d’Alexia. Si la fiction s’inspire d’elle et de son entourage de Fécamp, nous avons mené un vrai travail pour créer le personnage de Fanny. La directrice de casting nous a présenté une trentaine de filles toutes différentes, et nous avons eu un coup de cœur pour Aloïse Sauvage.

D.B : Nous avons gardé l’histoire d’une femme qui décide de ne plus rester à sa place assignée. L’univers des sirènes est léger, décalé et profond. Nous cherchions d’ailleurs cette même profondeur chez Fanny. Dès les premiers essais, Aloïse Sauvage a réussi à non seulement s’approprier le rôle mais aussi à composer un nouveau personnage. Elle nous a poussés à réécrire le scénario. C’est ce qui est intéressant dans un tel projet. Glisser du réel à la fiction nous a fait gagner en puissance dans le propos du film et sa mise en scène, et en a fait évoluer la narration.

Les difficultés ont soudé l’équipe. Nous avons commencé par le tournage en mer durant dix jours, ce qui a tissé des liens et instauré de la bienveillance.
Pauline Brunner
Coréalisatrice

Quels ont été les grands défis du tournage et de la production ?

M.V : De mon côté, passer au plateau après la phase d’écriture a été complexe. Nous avons dû adapter le scénario aux conditions de tournage, notamment à la météo capricieuse. Mais l’accueil à Fécamp a été magique, peut-être parce que Pauline a des origines cauchoises ou parce que le documentaire a été tourné là-bas. Les décors ont été trouvés très facilement, notamment ceux des bateaux et de l’usine de transformation de crustacées.

P.B : Nous avons été contraints de décaler le tournage d’un jour. Une caméra est tombée en panne à Bandol alors il a fallu demander un caisson depuis Marseille. Ça a couté très cher, mais il nous fallait la fin du film. Nous avons également dû composer avec un bateau en rade, le mal de mer, l’eau qui s’infiltre sur le matériel. Le froid a aussi été difficile pour Aloïse Sauvage, qui a nagé dans la Manche fin septembre. Elle a même frôlé l’hypothermie. Nous avons donc imposé un minuteur pour ses baignades. Mais ces difficultés ont soudé l’équipe. Nous avons commencé par le tournage en mer durant dix jours, ce qui a tissé des liens et instauré de la bienveillance.

D.B : Pour ma part, je trouve que le « final cut » est très compliqué en post-production. Sur un film de fiction, le montage change beaucoup, car nous pouvons supprimer des séquences. Je pense qu'un bon montage, c’est savoir faire le deuil de certains plans, même lorsqu’ils sont réussis. C’est un choix qui doit toujours être au service de l’histoire. Chaque scène retirée peut renforcer le rythme, clarifier la narration et donner davantage de force émotionnelle au film.

Comment avez-vous pensé la composition musicale du film ?

M.V : La bande son, composée par le duo Le Feste Antonacci qui a déjà travaillé sur le documentaire, accompagne ici le côté burlesque et décalé de l’histoire à travers notamment les chœurs d’hommes. À l’origine, c’est une maquette destinée à des femmes. Pauline et moi avons trouvé plus original de faire entendre des voix très graves au moment où les spectateurs s’attendent à des chants de sirènes. La musique revêt aussi un aspect plus sensoriel pour rendre compte de l’univers aquatique du film. Elle s’inspire du souffle et du bourdonnement sous l’eau. Nous avons souhaité donner une dimension narrative et onirique à la bande son.

Glisser du réel à la fiction nous a fait gagner en puissance dans le propos du film et sa mise en scène, et en a fait évoluer la narration. 
Damien Brunner
Producteur (Folivari)

Le film a bénéficié de l’avance sur recettes après réalisation, de l’aide au développement de film de long métrage et de celle à la création de musique du CNC. En quoi ces soutiens ont-ils été importants ?

P.B : Nous avons obtenu l’aide au développement, qui a été la première pierre à l’édifice, puis l’avance sur recettes après réalisation. Ces soutiens sont décisifs puisqu’ils permettent de donner confiance et de rendre le projet concret.

M.V : Les aides ont aussi un effet indirect parce qu’elles imposent une échéance : remplir des dossiers permet de mettre par écrit le projet et d’apprendre à le défendre. Et même si nous ne les n’obtenons pas, les arguments nous restent en tête.

Le tournage aquatique Nicolas Bergeret

Avez-vous des projets pour la suite ?

P.B : Je suis en phase d’écriture d’un film que j’aimerais co-écrire avec Marion. Par ailleurs, nous développons, avec Maxime Gridelet, la suite de la collection animée Sexotrucs sur la vie affective et le rapport au corps. Intitulée Intimitrucs, elle s’adapte cette fois aux 4-7 ans.

M.V : J’écris aussi de mon côté. En effet, nous développons ensemble des projets d’animation, de radio, de documentaire. Nous sommes toujours entre plusieurs secteurs et propositions en même temps. Nous n’avons pas dit notre dernier mot !

miss mermaid

Miss Mermaid Jour2fête
Réalisation et scénario : Pauline Brunner et Marion Verlé
Production : Folivari (Damien Brunner)
Distribution : jour2fête
En salles le 1er juillet 2026
Soutiens sélectifs du CNC : Avance sur recettes après réalisation, Aide au développement d’œuvres cinématographiques de longue durée, Aide à la création de musiques originales