Obsession, Backrooms, Undertone… : le box-office français frissonne cet été

Obsession, Backrooms, Undertone… : le box-office français frissonne cet été

11 août 2026
Cinéma
« Undertone » réalisé par Ian Tuason
« Undertone » réalisé par Ian Tuason Condor Distribution

A l'occasion de la sortie de Undertone, décryptage des parcours exceptionnels de deux productions horrifiques à petit budget, Obsession et Backrooms, phénomènes du box-office qui cumulent plus de 3 millions d'entrées.


« Vous n'avez jamais entendu un film aussi terrifiant ». L'accroche de Undertone, production à petit budget, promet de faire peur aux amateurs de cinéma d'horreur à partir d'une tendance : les podcasts. Pour 500 000 euros de budget, la relecture moderne des phénomènes paranormaux par le réalisateur Ian Tuason a amassé plus de 20 millions de dollars outre-Atlantique.

En mai, c'est un autre sujet très actuel qui était revisité sous l’angle horrifique, Obsession, plongée au cœur d'une relation toxique. En juin, une légende urbaine née sur internet inspirait à son tour un long métrage : Backrooms. Deux films devenus phénomènes du box-office, en cumulant respectivement 488 et 395 millions de dollars de recettes dans le monde, dont 1,6 et 1,3 millions d'entrées en France.

Xavier Hirigoyen, directeur de la distribution au Pacte, Aude Moruzzi, responsable communication chez Metropolitan Films, et Eric Marti, spécialiste du box-office pour la société d’analyse publicitaire ComScore, analysent les raisons, multiples, de ces deux grands succès.

De YouTube au cinéma

« Isabelle Labadie connaissait le parcours de Curry Barker, le réalisateur d’Obsession », explique Xavier Hirigoyen. « Elle avait vu tous ses courts depuis 2019 et son moyen-métrage Milk & Serial (2024), conçu avec un budget microscopique. Tous ses courts sont intéressants à regarder, mais Isabelle a vraiment aimé ce film en particulier. Elle a contacté ses agents pour savoir s'il avait des projets en cours. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur Obsession avant même son tournage. Il n'y a que trois territoires qui ont pu collaborer sur ce film dès le scénario : l'Australie, la Suisse et la France. Tous les autres pays l'ont acheté en cours de production par Universal, qui a redistribué le projet à sa filière auteur, Focus Features, pour les États-Unis. »

« C’est en très grande partie grâce au vidéaste Feldup et ses décryptages du travail du réalisateur Kane Parsons que les backrooms ont été connues en France », reconnaît Aude Moruzzi. « Sa vidéo d'exploration datant d'octobre 2021 comptabilise 5,4 millions de vues. D’autres ont découvert cet univers grâce à de nombreuses 'maps' développées dans des jeux comme Fortnite. Le travail de vulgarisation de Feldup a forcément impacté le public français : ses vidéos sont des références depuis plusieurs années. Inoxtag, à plus grande échelle, a également participé à la notoriété des backrooms : sa vidéo, conçue il y a deux ans seulement, cumule plus de 24 millions de vues. » 

« Backrooms » réalisé par Kane Parsons
« Backrooms » réalisé par Kane Parsons Metropolitan FilmExport

Un succès inscrit dans la durée

Eric Marti (ComScore) décrypte : « Obsession et Backrooms sont deux films à petit budget (respectivement 1 et 10 millions de dollars, NDLR), conçus par des personnalités du web, Curry Barker et Kane Parsons, dont l'une des vidéos a été vue 92 millions de fois ! Ces deux créateurs ont été repérés pour leur talent et bien encadrés par une équipe de production établie : A24 pour l'un, Focus Features pour l'autre, des gens qui ont déjà défendu des films de genre avec succès. »

« Le film de genre a pris une place certaine aujourd'hui au box-office », poursuit-il. « Il en sort un tous les quinze jours, et nous observons souvent deux productions horrifiques dans le Top 10 hexagonal. La dernière semaine de juillet, nous en avions trois : Backrooms, Evil Dead Burn et Obsession. Ce dernier s'est maintenu dix semaines de suite dans le classement : sa stabilité a été extraordinaire. Il fait figure d'insubmersible, encore plus que Sinners l'an dernier. Backrooms a démarré très fort, puis l'érosion a été plus marquée. »

« Nous avons pu sortir Obsession en France en même temps que l’Amérique du Nord », détaille Xavier Hirigoyen. « Le 13 mai, il est arrivé dans 239 salles de l'Hexagone. Nous avons augmenté le nombre de copies à partir de la troisième semaine, pour franchir la barre des 400 au bout d'un mois et demi, quand il a atteint le million d'entrées. Par expérience, 90% des entrées se font sur les premières copies sur les films de genre. Là, nous avons attiré plus de 200 000 curieux dès la première semaine, puis ça s'est incroyablement bien maintenu. En quatrième semaine, nous avons vu sa fréquentation augmenter de 40%, ce qui n'était pas arrivé depuis Trois hommes et un couffin (1985) ! Son bouche à oreille a été extraordinaire. Nous avions un concurrent en septième semaine, Backrooms, dont nous observions le succès aux US, mais au final, les deux films ont pu s’établir en parallèle. Nous espérions conserver de bonnes conditions d'exploitation jusqu'à la Fête du Cinéma, et ça a mieux fonctionné que prévu : nous avons fait +51% d'entrées du dimanche au mardi, c'est un score colossal ! Globalement, le film a plu en province. Après avoir démarré fort sur Paris et dans les grandes villes universitaires, il y a eu de la demande un peu partout en France. Le film performe encore mieux en soirée, principalement les vendredis et samedis, mais les séances de 14h00 à 18h00 fonctionnent bien aussi. »

« Nous remarquons que ces deux films cumulent plus d'entrées que les derniers volets de franchises bien établies », analyse Eric Marti. « En jouant sur la nostalgie, le nouveau Scary Movie a débuté en tête du box-office français. Par contre, il est vite retombé. Evil Dead Burn, conçu par un duo de jeunes réalisateurs-scénaristes français, a démarré correctement début juillet… puis rattrapé par Backrooms, alors en quatrième semaine ! »

« Obsession » réalisé par Curry Barker
« Obsession » réalisé par Curry Barker Le Pacte

Un bouche à oreille positif, un public diversifié

« Le public des productions horrifiques est assez exigeant », reconnaît Xavier Hirigoyen. « Obsession a conservé de bonnes notes sur la durée, sur AlloCiné ou Letterboxd. Son public s’est diversifié petit à petit : au début, ce sont surtout les jeunes qui ont été intrigués, puis il y a eu davantage de trentenaires, voire plus âgés. »

« Autre particularité d'Obsession : les films d'horreur enregistrent d'ordinaire 80% de leurs entrées en VF. Cela a été le cas au début, nous avons démarré très fort en VF, puis ça s'est équilibré. Après deux mois d'exploitation, la VOST représente plus d'un tiers des entrées, notamment grâce au circuit UGC. C'est assez rare. »

L'influence des réseaux sociaux

« Les tendances sur TikTok et Instagram ont participé à faire décoller le film », ajoute Xavier Hirigoyen. « Regelegorila, c'est le premier influenceur cinéma à en avoir parlé de manière élogieuse, dès les avant-premières et dans plusieurs vidéos d'affilée. Aujourd'hui, c'est un tremplin indéniable. »

« Nous avons eu le plaisir de collaborer avec Inoxtag autour de la sortie de Backrooms », explique Aude Moruzzi. « Il avait hâte de découvrir le travail de Kane Parsons, il nous a proposé de le faire avec ses abonnés lors d’une avant-première privée : quatre-vingt-dix d’entre eux ont été tirés au sort pour participer à la soirée. Inox a pris la parole plusieurs fois sur ses réseaux sociaux autour de cet événement, ça a fait du bruit. Cela nous a permis d'ancrer la sortie du film auprès de sa communauté déjà très sensibilisée à l’univers des backrooms. Le public de Backrooms est très jeune. Plus jeune que celui d’Obsession et beaucoup plus jeune que celui d’Evil Dead, deux films interdits aux moins de 16 ans en France. »

Graphique détaillant l'âge des spectateurs durant la semaine du 16 juillet 2026
Graphique détaillant l'âge des spectateurs durant la semaine du 16 juillet 2026 Cinexpert

« C'est un public d'adolescents et de jeunes adultes, très branché sur les réseaux, qui est allé voir Backrooms et Obsession en nombre », confirme Eric Marti. « Nous savons à quel point ça devient un vecteur important de communication, notamment pour le divertissement et le cinéma. Le film de Kane Parsons en particulier, car il existe une 'communauté backrooms' : une partie du public a découvert le phénomène sur le web bien avant qu'un projet de film ne soit envisagé. »

« Nous avons tendance à dire que les jeunes mettent de côté le cinéma pour privilégier les réseaux, mais nous venons d'assister à trois ou quatre exemples qui contredisent cela. Sur certains projets, la bonne réputation naît des réseaux, c'est grâce à cela que les gens se rendent au cinéma. Pas forcément sur des films de genre, d'ailleurs. Il y a eu des 'trends' sur Le Consentement (2023) ou La Tresse (2023), qui ont poussé le public vers les salles. Le succès d'Inoxtag avec Kaizen (2024) a prouvé que des YouTubeurs étaient capables de ramener du public au cinéma. A présent, Obsession et Backrooms représentent la consécration de YouTubeurs passés au cinéma. En l'occurrence, ce sont les réseaux sociaux qui font la promotion du grand écran. Il existe une combinaison gagnante entre les deux, nous ne sommes pas forcés de les opposer. »

OBSESSION

Affiche de « OBSESSION »
Obsession Le Pacte

Réalisation et scénario : Curry Barker
Production : Blumhouse Productions, Capstone, The Tea shop and Film company, Under the Shell Production
Distribution : Le Pacte
Sortie le 13 mai 2026

 

BACKROOMS

Affiche de « BACKROOMS »
Backrooms Metropolitan FilmExport

Réalisation : Kane Parsons
Scénario : Will Soodik
Production : A24, 21 Laps Entertainment, Atomic Monster, North Road Films, Oddfellows Pictures, Phobos
Distribution : Metropolitan FilmExport
Sortie le 17 juin 2026

 

UNDERTONE

Affiche de « UNDERTONE »
Undertone Condor Distribution

Réalisation et scénario : Ian Tuason
Production : Black Fawn Films, Slaterverse Pictures
Distribution : Condor Distribution
Sortie le 12 août 2026