Parité dans les festivals : premier bilan pour le collectif 50/50

Parité dans les festivals : premier bilan pour le collectif 50/50

20 mai 2019
Cinéma
Table ronde du Collectif 50/50 pour 2020 sur la plage du CNC le 17 mai 2019
Table ronde du Collectif 50/50 pour 2020 sur la plage du CNC le 17 mai 2019 Eric Bonté
Lors du Festival de Cannes 2018, les trois délégués généraux des sélections cannoises signaient une charte de parité, à la demande du collectif 50/50. Ils présentaient vendredi, sur la plage du CNC, le bilan chiffré du Festival.

L’image a fait le tour du monde : à l’occasion du 71e Festival de Cannes, 82 femmes issues du milieu du cinéma montaient les marches, derrière la figure protectrice d’Agnès Varda, appelant à la parité et à l’égalité salariale tout en protestant contre le manque de films réalisés par des femmes. A l’origine de cette initiative, le collectif 50/50 en 2020 réfléchit et propose des mesures incitatives aux pouvoirs publics et aux différents acteurs du secteur cinématographique.

Parmi ces mesures, une « charte pour la parité et la diversité dans les festivals de cinéma », dont le Festival de Cannes a été le premier signataire en 2018. Un an plus tard, les trois délégués généraux des sélections cannoises, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, Paolo Moretti pour la Quinzaine des Réalisateurs et Charles Tesson pour la Semaine de la Critique, ainsi que Fabienne Hanclot, directrice générale de l’ACID, sont venus présentés leur bilan, lors d’une conférence de presse donnée sur la plage du CNC.

Une sélection française paritaire en compétition

Thierry Frémaux a salué la prise de conscience grâce à l’initiative du collectif et a remarqué que, sur les 1845 longs métrages soumis à la compétition, 480 sont réalisés par des femmes, soit une progression de 26%. In fine, 4 des 21 longs sélectionnés en compétition sont réalisés par des femmes (soit 19%). C’est plus que l’an dernier où la proportion des femmes en compétition était de 14%. Il faut remarquer que deux de ces 4 films sont sous bannière française, ce qui donne une sélection française paritaire.

Les chiffres sont plus marquants dans la section Un Certain Regard où 8 des 18 films sélectionnés sont réalisés par des femmes. Ainsi, 32% des courts métrages et 44% des films d’école sont réalisés par des femmes. « Ces trois chiffres, 26%, 32% et 44%, explique-t-il, représentant trois générations de cinéastes, sont explicites car ils montrent que les femmes sont en train de prendre une place plus importante à l’avenir. »

Les prétendants à la Caméra d’or (les premiers films toutes sélections confondues) rassemblent 13 réalisatrices et 12 réalisateurs, soit une proportion de 52% de femmes. Parmi elles, 8 viennent de la Sélection officielle, soit 61,5%.

Concernant la composition des équipes et des jurys, le délégué général s’est assuré que la parité du comité de sélection (4 hommes, 4 femmes) et une parité du jury soient respectées. De même, Thierry Frémaux a veillé à ce que les films faisant l’ouverture des sélections soient paritaires, proposant ainsi le film de Jim Jarmusch en ouverture de la Compétition et celui de Monia Chokri pour Un Certain Regard.

26% de réalisatrices toutes sélections confondues

Du côté de la Quinzaine des Réalisateurs, Paolo Moretti  a annoncé que sur les 1509 longs métrages soumis à la sélection, 362 sont réalisés par des femmes. Sa sélection comporte 4 films de réalisatrices sur 25, soit une proportion de 16%. Il a souligné qu’il a été le premier à annoncer un comité de sélection paritaire.

Cependant, il invite à ne pas regarder le Festival de Cannes par sections mais comme un tout car « on est souvent plusieurs à aimer un film et leur place, dans telle ou telle section, relève parfois de la stratégie. » Ainsi, toutes sections confondues, la proportion de femmes réalisatrices du Festival est de 26%, ce qui correspond peu ou prou aux chiffres nationaux (23%).

Du côté de la Semaine de la Critique, Charles Tesson a révélé que sur les 1050 premiers et deuxièmes longs métrages soumis au comité, 276 sont réalisés par des femmes. Il a remarqué que la proportion de réalisatrices françaises est de 26%, soit sensiblement le même chiffre que pour le reste du monde (28%). En compétition, le comité de sélection n’a retenu qu’une seule réalisatrice contre 6 hommes (soit 14% de femmes). C’est peu, mais Charles Tesson a invoqué le hasard qui a placé deux autres réalisatrices en séance spéciale, poussant à trois le nombre de femmes présentes à La Semaine de la Critique. La parité est atteinte, en revanche, du côté des courts métrages. Le comité de sélection composé de critiques de cinéma adhérents du Syndicat de la Critique est également paritaire (3 femmes, 3 hommes).

L’ACID presque paritaire

Pour l’ACID, Fabienne Hanclot a précisé que le but de la sélection était avant tout de privilégier des films sans distributeurs et de veiller à la présence de documentaires. Etant une sélection de films à petit budget, elle pensait recevoir plus de candidatures de films réalisés par des femmes. En effet, il a été rappelé que les femmes se voient confier des budgets moindres que leurs homologues masculins. Sur 392 films soumis, 101 films ont été réalisés par des femmes (soit 26%). Mais la section tient le meilleur résultat du Festival : sur les 9 films sélectionnés, 4 sont réalisés par des femmes, soit 44%. A noter que l’ACID est la seule sélection dont le délégué général soit une femme.

Où disparaissent les femmes?

Pour Iris Brey, porte-parole du collectif 5050 x 2020, « les chiffres sont une première étape. Ils nous fournissent des outils concrets pour avoir conscience des écarts réels qui existent. Cela évite de tomber dans l’anecdote et le ressenti. » Un an après la signature très médiatisée de la charte – en présence de la présidente du jury 2018, Cate Blanchett, ces chiffres montrent que la progression des mentalités est très lente. « On est encore loin de la parité, souligne Iris Brey. Je me réjouis que 26% de femmes soumettent leurs films, mais je pense que ce n’est vraiment pas assez. Il faut que plus de femmes aient les moyens de faire leurs films et osent les soumettre. Je m’interroge aussi sur ce qui se passe entre les écoles (où les étudiantes en cinéma sont à parité) et le passage à l’acte. Où est-ce que les femmes disparaissent ? »

Afin de répondre à cette question, Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée, a annoncé une étude sur le parcours des femmes diplômées afin de comprendre les raisons de cette défection.