Quelle folie : un documentaire comme une histoire d’amitié

Quelle folie : un documentaire comme une histoire d’amitié

14 octobre 2019
Cinéma
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Quelle folie
Quelle folie Les Films Hatari - Studio Orlando - New Story
Dans son documentaire, Diego Governatori donne la parole à Aurélien Deschamps, atteint du syndrome autistique d’Asperger, et porte un regard singulier sur l’autisme.

Un film né d’un combat

Comme près de 500 000 personnes à travers le monde, Aurélien Deschamps est atteint du syndrome autistique d’Asperger. Ce trouble qui se manifeste dès l’enfance crée des difficultés relationnelles et complique l’interaction avec d’autres personnes. Cela ne l’a pourtant pas empêché de suivre des études de philosophie puis une formation de comédien à Toulouse avant de monter à Paris pratiquer le théâtre. Aurélien a même développé un rapport particulier aux mots, né d’un travail d’analyse entamé dès qu’il avait été diagnostiqué autiste. « Désireux de comprendre en quoi son être était vicié, il a cherché à transcrire par écrit ses sensations autour de la problématique autistique », explique le réalisateur Diego Governatori dans le dossier de presse de son film. « Cependant, il s’est vite heurté à la difficulté de l’entreprise et c’est pourquoi nous avons décidé que ce serait ensemble, via un film documentaire, que nous traquerions des éléments de réponse. »

Un film né d’une amitié

Diego Governatori ne se lance pas dans cette aventure par hasard. Les deux hommes sont amis depuis une quinzaine d’années. « Quinze ans à échanger aussi bien sur l’état du monde que sur ce qui agitait nos vies. » Quelle folie constitue donc le prolongement de leurs dialogues par le prisme d’une caméra. « Et j’ai tout de suite su que l’enjeu de Quelle folie allait être de saisir la façon très spécifique qu’Aurélien a de se penser : comment se voyait- il et se vivait- il ? » Au lieu de réunir des témoignages évoquant sa situation, Diego Governatori a choisi de ne filmer qu’Aurélien, avec le pari de propulser le spectateur à l’intérieur de son esprit. Une démarche en immersion qui rappelle le travail de Sandrine Bonnaire pour dresser le portrait de sa sœur atteinte d’autisme dans son documentaire Elle s’appelle Sabine.

Un film de paroles

Quelle folie est un film sur ce qui constitue le plus intimement Aurélien : sa parole. « Dès que je l’ai rencontré, j’ai été marqué par cette volubilité qui donne naissance à des fulgurances et des visions, vite gangrénées par ses angoisses et ses dérives. » Chaque prise de parole, aussi brillante soit-elle, semble venir se fracasser sur une impossibilité à exprimer clairement ce que son esprit bouillonnant aimerait crier au monde. « Voilà pourquoi la parole d’Aurélien est le point d’ancrage du projet. Il m’a semblé décisif de comprendre l’usage qu’il en faisait. Son déchaînement verbal charriait une énergie de bâtisseur qui donnait la sensation qu’il pouvait déplacer des montagnes. Ce qui parfois, je le concède, faisait un peu peur. » Pour le spectateur, Quelle folie se vit dans ce tangage permanent, dans ces montagnes russes émotionnelles qui traduisent une part essentielle et violente du trouble autistique : cette sensation de se sentir différent à cause de la difficulté à communiquer, à l’instant voulu, ce qu’on ressent.

Un film de longue haleine

Cinq années ont été nécessaires à Diego Governatori pour donner naissance à Quelle folie, tourné… en seulement 15 jours. Un temps conséquent fut nécessaire à la préparation de ce documentaire et à son montage. « Je me suis, en amont, posé beaucoup de questions sur l’approche à mener afin de rendre compte de la fragile intériorité de mon ami, mais aussi sur la manière d’inviter le cinéma au cœur d’une relation d’amitié ». C’est de cette réflexion qu’est née l’idée d’emmener Aurélien au cœur des ferias de Pampelune et de dresser un parallèle symbolique entre ce qui se passe dans son cerveau et les taureaux qui déboulent dans les rues étroites de cette ville, sans que rien ne semble pouvoir les arrêter. Ensuite, le montage a duré deux ans. « Une période joyeuse car je n’avais jamais l’impression de travailler mais d’être travaillé par les images et les paroles d’Aurélien ». Et ce temps long a donné au film sa structure. « Peu à peu, tout a fusionné, de la pensée d’Aurélien jusqu’au sens des images que j’avais tournées. » Le résultat, présenté aux Etats Généraux du film documentaire de Lussas, a remporté le Grand Prix du documentaire national au FIPADOC et les prix du jury et du jury jeune à Corsica Doc.

Quelle folie, en salles depuis le mercredi 9 octobre, a bénéficié du Fonds d’aide à l’innovation audiovisuelle - Documentaire de création (Aide à l'écriture et Aide au développement) et de l’Aide avant réalisation à la production de film de court métrage du CNC.