« Susciter l’envie de cinéma » : à la découverte du cinéma Quai des Lumières à Frontignan

« Susciter l’envie de cinéma » : à la découverte du cinéma Quai des Lumières à Frontignan

15 septembre 2026
Cinéma
Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan
Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan Priscilla Schneider

Inauguré en décembre 2025 en lieu et place de l’ancien mono-écran, le nouveau cinéma de la commune héraultaise propose une programmation éclectique portée par un dynamisme permanent. À l’occasion du congrès de la FNCF (Fédération nationale des cinémas français), qui se tient du 21 au 24 septembre à Deauville, sa directrice, Priscilla Schneider, dresse le portrait d’un établissement qui, après une construction agitée, s’est imposé comme un lieu de vie culturel et sociétal majeur.


Un long fleuve intranquille. C’est ainsi que pourrait se résumer le projet du Quai des Lumières à Frontignan, ville méditerranéenne située entre Sète et Montpellier (Hérault). Après des années de bons et loyaux services, le CinéMistral, mono-salle de 149 places exploitée dans le cadre d’une délégation de service public, avait montré ses limites : une capacité trop restreinte pour pouvoir répondre à l’attente d’un public devenu de plus en plus nombreux (la fréquentation a évolué de 12 000 spectateurs à 50 000 en vingt ans) et de plus en plus avide de rencontres, d’événements et de cinéma. « Avec le maire de l’époque et l’exploitant, la décision a été prise de lancer un nouveau projet inspiré d’un équipement à Arles, avec les éditions Actes Sud, mêlant cinéma, librairie et restaurant », raconte Priscilla Schneider.

Une ancienne friche viticole réhabilitée

Le choix se porte alors sur la revalorisation d’un terrain existant : un ancien chai où étaient entreposés des tonneaux de vin, au bord du canal du Rhône. « Cela faisait cinquante ans que le site n’était plus opérationnel, mais la ville avait d’emblée décidé qu’il serait consacré à un projet culturel et non immobilier », souligne la directrice. « Notre souhait était de préserver le maximum de matériaux bruts, en tenant compte des contraintes de sécurité : nous avons donc des murs en ciment et du mobilier, dont un large comptoir, principalement fabriqué en bois par des Compagnons du Devoir. »

Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan
Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan Priscilla Schneider

Initié au début des années 2010, il faudra toutefois près d’une quinzaine d’années pour que le Quai des Lumières et ses quatre salles sortent de terre. Un temps freiné par la crise sanitaire, le chantier connaît un nouveau bouleversement : « Deux ans pile avant l’ouverture programmée et après huit ans de travail, je perds mes associés », explique Priscilla Schneider. En proie à des difficultés, le GPCI (Groupement de programmation des cinémas indépendants) se retire et plonge le projet dans l’inconnu. Jusqu’à trouver la lumière auprès d’autres exploitants locaux qui acceptent d’embarquer dans l’aventure : Isabelle Moreau (Le Travelling, Agde), Frédéric Perrot (Le Clap Ciné, Port-Leucate) et Jean Villa (Véo Cinémas, qui exploite de nombreuses salles, dont deux à Sète). « Grâce à leur expérience et à mon implication locale, nous avons réussi à terminer le cinéma en deux ans. »

Doté d’un budget d’environ 2,6 millions d’euros, soutenu notamment par le CNC, la ville de Frontignan, l’agglomération de Sète et la Région Occitanie, l’établissement s’étend de plain-pied sur près de 3 000 m², au cœur d’un écoquartier moderne et végétalisé. « La Ville, le Département et la Région ont travaillé main dans la main pour rendre le quartier attrayant, avec la gare à cinq minutes à pied, des arrêts de bus tout autour, des pistes cyclables, un parking de 200 places et une passerelle qui surplombe le canal. »

La promenade a également été réaménagée et conduit jusqu’au vaste hall vitré et lumineux, où des canapés et chaises permettent aux spectateurs d’attendre patiemment leur séance ou invitent les curieux « à une pause en profitant de la vue sur les péniches ». Pour Priscilla Schneider, « le cinéma reste un lieu de passage » alors autant que chacun s’y sente bien, citant notamment l’arrivée prochaine de produits locaux au ciné-café.

Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan
Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan Priscilla Schneider

Autre réflexion en cours concernant le public : l’installation d’une borne automatique pour acheter sa place. Jusqu’à présent, le Quai des Lumières privilégie la caisse, où les billets sont vendus par le personnel. « Mais notre cinéma est hybride au niveau des spectateurs : certains apprécient de discuter avec l’équipe lors de l’achat de leur ticket, tandis que d’autres ont besoin de davantage de rapidité. Pour éviter que les premiers freinent les seconds, nous devons réfléchir à deux formes d’accueil qui ne détérioreront pas la qualité globale », avance la directrice, savourant pour l’instant une fréquentation bien supérieure aux projections. Depuis son ouverture en  décembre 2025, le cinéma a déjà accueilli plus de 130 000 spectateurs « alors que nous visions 115 000 entrées sur la première année ! »

Un cinéma généraliste à vocation art et essai

Depuis l’ouverture, la gestion du site a également changé de forme. Le Quai des Lumières n’est plus exploité dans le cadre d’une délégation de service public, mais par la SAS Cinémas Frontignan qui réunit les exploitants associés au projet. Ce nouveau mode de fonctionnement accompagne l’identité du lieu : un cinéma, porté par des professionnels indépendants locaux, et engagé dans la vie culturelle et associative de Frontignan.

Avec quatre salles et 595 fauteuils, contre une seule salle de 149 places pour l’ancien CinéMistral, le cinéma peut proposer une programmation plus variée. Les superproductions côtoient ainsi les films d’auteur, avec l’ambition d’obtenir le classement art et essai. En plus d’un confort renforcé (son Atmos dans la grande salle, méridiennes et sièges mécaniques inclinables, banquettes duo, davantage d’espace entre les fauteuils, écrans plus larges…), cette nouvelle configuration offre plus d’opportunités pour des séances thématiques et des événements.

Une dynamique portée par une programmation qui séduit largement, entre blockbusters et films d’auteur – le cinéma prétend au classement art et essai –, chacun trouvant sa place à la faveur d’un nombre de salles quadruplé par rapport à l’ancien CinéMistral. En plus d’un confort renforcé (son Atmos dans la grande salle, méridiennes et sièges mécaniques inclinables, davantage d’espace entre les fauteuils, écrans plus larges), cette nouvelle configuration offre plus d’opportunités pour des séances thématiques et des événements.

En ce mois de septembre, un débat autour de La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet, une discussion autour de Si tu penses bien de Géraldine Nakache et le festival de films de patrimoine Play it Again ! cohabitent avec le marathon du diptyque De Gaulle et la projection du spectacle d’Artus. Le tout accompagné d’une politique tarifaire volontairement avantageuse qui contribue à « l’ambiance conviviale et humaine » du cinéma. En cette rentrée, les demandes d’associations pour organiser une séance ou celles d’entreprises désireuses de soirées privées se multiplient. « La réputation du cinéma s’est ancrée depuis l’ouverture : tout le monde veut en être », remarque Priscilla Schneider.

Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan
Le cinéma Quai des Lumières à Frontignan Priscilla Schneider

Dans cette optique, la directrice a instauré un dispositif de spectateurs référents pour une certaine typologie de films, comme sur le cinéma japonais ou prochainement de patrimoine. « Nous discutons de la programmation et ils nous aident sur la communication. C’est une manière d’impliquer les spectateurs, de faire en sorte qu’ils s’approprient les lieux, mais aussi d’aller chercher de nouveaux publics. Et puis ça m’évite aussi de passer toute ma semaine au cinéma ! »

Parmi les autres innovations qui contribuent à la renommée du site, la directrice souligne le succès de la Ciné factory, sorte de laboratoire d’idées consacré aux loisirs créatifs. « 90 % des projets sont en lien avec le cinéma, mais tous adoptent des formats variés, du podcast aux soirées thématiques, en passant par des réunions ou des jeux. » Le Quai des Lumières développe également des rendez-vous destinés à élargir encore les publics, comme des séances inclusives ou des soirées conviviales imaginées avec les spectateurs.

Entouré d’une librairie, d’un restaurant et d’une école de cinéma, au sein du pôle culturel « Les Chais du canal », le Quai des Lumières est amené à brasser beaucoup de personnes, qui repartent, la plupart du temps, avec le programme sous le bras. Car le leitmotiv qui anime Priscilla Schneider, ses associés et leurs équipes est resté intact : « Susciter l’envie de cinéma. »