Quel lien entretenez-vous avec le festival depuis presque 15 ans ?
Reda Kateb : Après avoir présenté Un prophète et Qu'un seul tienne et les autres suivront dans le cadre du festival CinéBanlieue [en 2009, ndlr], Aurélie Cardin et Julia Cordonnier, qui portent ce festival depuis ses débuts, m'ont proposé de devenir parrain. J'étais un peu surpris, mais très honoré. J'ai très vite senti qu'elles avaient une approche artistique exigeante, engagée, avec une vraie dévotion à l’idée qu'il faut démocratiser l'outil caméra, pour que des regards puissent surgir d'ailleurs. Cela faisait sens pour moi.
C'est une forme d'accompagnement : presque tous les ans, j'essaye de venir présenter le film qui va sortir, d’animer des masterclass, de participer à des discussions avec les personnes présentes. J’ai aussi fait partie du jury des courts métrages. C'est un parcours de longue haleine dans lequel je continue de voir la régularité, la cohérence et l'opiniâtreté avec lesquelles Aurélie Cardin et Julia Cordonnier continuent d'animer ce festival, tout comme le suivi à l'année. C’est un vrai travail de radar, de dénicheur de talents.
Il y a quelques années, j’ai présidé pendant un an la commission du fonds Images de la diversité : l'occasion d'avoir une place pour encourager des projets qui me semblaient avoir un fort potentiel. Ce sont des personnes qui construisent des ponts, et nous en avons besoin aujourd'hui, au milieu de tous ces murs. Pour faire entendre nos voix, montrer nos images, et avoir une vision plus large que celle d'un cinéma de banlieue, de Paris, d'un théâtre bourgeois ou d'avant-garde. Se moquer de toutes ces assignations grâce à tous les ponts que nous pouvons trouver.

Selon vous, comment la salle de cinéma remplit-elle ce rôle de « pont » ?
Ces lieux sont des sanctuaires. Ce sont notamment ces salles de cinéma qui sont reliées à Cinébanlieue. Je pense à André Malraux à Bondy, mais aussi au Méliès à Montreuil, que je connais bien. Ce sont de vrais lieux dans lesquels les gens peuvent partager une œuvre, regarder tous dans la même direction tout en étant tous différents. Et aussi, se parler, se retrouver. Nous en avons besoin.
Nous ne sommes plus à une époque où certaines signatures de critiques étaient vraiment prescriptrices de films. Aujourd'hui, il y a des étoiles sur des sites, des petites capsules vidéo très courtes. Il est très important de ne pas perdre la possibilité de parler des œuvres.
Je souhaite à Cinébanlieue de redonner ce dont nous avons tant besoin : du lien, de l'espoir, du rire, de la chaleur d'être ensemble, contre toutes les images si caricaturales sur la banlieue. De se nourrir de notre vérité et de pouvoir la montrer aux autres. C'est donc important de parler d'actions comme celle-ci.
À l’ère des écrans individuels, comment ramener le jeune public dans les salles de cinéma ?
Tout le monde aimerait avoir la solution. Ce qui est magique avec le cinéma, c'est qu'aucun algorithme, aucune technologie ne permet de savoir si un film va fonctionner avant le mercredi de sa sortie. C’est une chose qui reste encore imprévisible.
Je n'ai pas l'impression que les jeunes prennent très bien la manière dont on leur dit : « C'est pour vous ». Nous avons tous envie de découvrir. Il n'y a pas d'étiquette à poser. Un public s'empare d'un film, qu’il soit jeune ou âgé. Il y a aussi de très belles initiatives, comme le Festival du Film de Sarlat, qui accueille des lycéens inscrits en option cinéma, venus de toute la France, notamment des Antilles, pour être jury d'un certain nombre de films. C'est un festival où l'ambiance est incroyable. C'est la belle énergie de la jeunesse, mais aussi la soif et le désir de découvrir que tout ça, c’est pour eux.