Réponse de Catherine Pegard, ministre de la Culture, à Hanane Mansouri, députée de l'Isère

Réponse de Catherine Pegard, ministre de la Culture, à Hanane Mansouri, députée de l'Isère

04 avril 2026
Professionnels

Mme Hanane Mansouri, députée de l'Isère, a interrogé Catherine Pegard, ministre de la Culture, lors de la séance de questions au Gouvernement du mercredi 1er avril, au sujet de l'aide "CNC Talent" et plus généralement des modalités générales d'attribution des soutiens du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC). En déplacement au Japon avec le Président de la République, la ministre a néanmoins tenu à apporter une réponse immédiate et directe à la députée. Retrouvez la réponse en intégralité.


Lettre adressée à Madame Hanane MANSOURI, Députée de l’Isère
Paris, le 02 avril 2020


Madame la Députée,

Vous avez souhaité interroger le Gouvernement sur les modalités d'attribution des soutiens financiers du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), en particulier pour ce qui concerne l'aide dite « CNC Talent », dans le contexte de la polémique déclenchée par les propos publics de Madame Carla Giardina, dite Ultia.
Actuellement en déplacement aux côtés du Président de la République, je tiens à vous apporter les éléments de réponse suivants.


1/
Le CNC a pris la bonne décision en écartant cette personnalité de la commission où elle venait d'être nommée membre – sans y avoir siégé à ce stade –, au regard de ses propos tenus en public qui contrevenaient de manière flagrante aux obligations de neutralité, d'indépendance et d'impartialité qui s'imposent à tous les membres des commissions du CNC, obligations explicitement rappelées par le règlement intérieur de la commission concernée.


2/
L’action du CNC est légitime et même nécessaire pour soutenir la création dans les domaines de l'image animée partout où elle se trouve : sur les écrans de cinéma, de télévision, sur les plateformes de vidéo à la demande, et désormais aussi sur les plateformes sociales, qui sont un espace de création à part entière.


3/
L’aide « CNC Talent » (0,25 % des soutiens du CNC) a constitué une première tentative d’investir ce nouveau champ, avec un caractère expérimental qui était assumé, et qui a donné lieu à des réussites (en accompagnant l’émergence de nouveaux talents comme Florent Bernard ou Éléonore Costes), mais aussi à quelques cas problématiques, que le CNC a reconnus bien avant qu’ils ne suscitent la polémique, puisque cette aide a fait l’objet d’une réforme profonde, votée en juin 2025 et mise en œuvre depuis le 1er janvier 2026.
À ce titre, l’aide expérimentale « CNC Talent » a été abrogée et remplacée par un nouveau dispositif : le fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales, dont les modalités sont de nature à prévenir l’apparition de nouveaux cas problématiques à l’avenir.


4/
S’agissant des cas passés, le CNC étudie actuellement les situations où les projets présentés à la commission n’ont pas été respectés par la suite, pouvant donner lieu à remboursement des aides ou à sanctions.


5/
S’agissant plus largement des modalités d'attribution des aides par des jurys indépendants, je tiens à rappeler que c'est précisément l'un des piliers de notre modèle culturel que de séparer la prise de décision de l'avis qui la fonde. La multiplication des atteintes à la liberté de création, constatée dans certains territoires, montre que c’est justement lorsque les décideurs font le choix de se passer de l’avis des experts qu’il y a un risque de politisation malvenue et la réalité d’un manquement aux fondamentaux de notre modèle culturel.


6/
Enfin et surtout, aucune institution n’est parfaite, mais critiquer le CNC avec excès ou en contester le principe, c’est nier quelques évidences que je veux rappeler : le cinéma français, comme la création audiovisuelle française, sont plébiscités par les Français (40 % de la fréquentation en salle se porte sur des films français, part de marché unique en Europe et presque unique au monde ; les 100 meilleures audiences de fiction en prime time à la télévision sont toutes françaises) ; notre filière du cinéma et de l’image animée est l’un de nos fleurons industriels, riche de 300 000 emplois ; la France a le parc de salles de cinéma le plus dense au monde, qui fait du cinéma un puissant facteur d’équité territoriale.

Tout cela, c’est en particulier au CNC que nous le devons, et au modèle – admiré dans le monde entier, copié dans de nombreux pays – dont il est la clé de voûte.

Je forme le vœu sincère que nous puissions nous rassembler autour de ce modèle, qui fait de la France l’un des champions mondiaux du cinéma et de l’image animée. C’est un enjeu primordial de souveraineté culturelle et industrielle.

Je vous prie d’agréer, Madame la Députée, l’expression de mes salutations distinguées.

Catherine PÉGARD