Retour avec les auteurs-réalisateurs, Justine Morvan et Kevin Noguès, sur la genèse du projet, les difficultés des conditions des marins-pêcheurs, ainsi que les particularités et les revendications propres au métier. Verbatims.
« Nous sommes partis d'une envie d'explorer la culture maritime bretonne et l'héritage familial. Mes grands-parents étaient marins pêcheurs et allaient à Terre-Neuve, une pêche qui n'existe plus aujourd'hui. Nous voulions voir ce qu'il en restait chez une nouvelle génération qui s'apprêtait, de père en fils, à rejoindre ce métier. Le casting dans les lycées maritimes de Bretagne a connu un succès inattendu, avec une centaine d'élèves qui se sont présentés spontanément. Il y a une vraie fierté d'appartenir à ce métier.
Pour le tournage en mer, nous avons dû faire face à des conditions extrêmes. Dans le Finistère, en février, nous ne pouvions embarquer qu'une seule personne sur le bateau. Notre chef opérateur est parti de nuit, sans repère, malade pendant toute la journée. C'était un temps de tempête, avec des rafales à 130 km/h – nous arrivions à peine à sortir de la voiture. Le temps changeait brutalement : ces vents qui s'éteignent tout de suite, puis la pluie, et soudain une percée de soleil sublime. La mer impose ses contraintes : par exemple, pour accueillir des femmes à bord, il faut avoir des toilettes distinctes. Sur ces petits bateaux de pêche, c'est impossible. Les marins partent pour quatorze, quinze heures, avec un seau pour tout confort. C'est un univers très masculin.

La mer occupe une fonction presque onirique dans notre film. C'est un espace où Felix s'évade, prend confiance en lui, renoue avec ses racines. Nous n’avons pas cherché le côté technique de la pêche, nous l'avons traitée comme un environnement émotionnel. Nous voulions une approche très immersive, très proche de ses gestes. En toile de fond, il y a cette tension avec l'Europe qui légifère, avec les associations écologistes. Il existe une vraie guerre entre les militants écologistes et les pêcheurs traditionnels. Les pêcheurs savent que pour préserver leur avenir, il faut préserver la ressource – ils comprennent l'utilité des quotas. Mais ils ont le sentiment que certaines normes sont déconnectées de la réalité du terrain. Ça les dépossède de leur savoir-faire. »
Réalisation : Justine Morvan et Kevin Nogues
Production : ELDA Productions
Le film a bénéficié du FSA DOC (automatique 2023)