Nikola Lange : "Derby Girl est une série œcuménique, à bien des égards"

Nikola Lange : "Derby Girl est une série œcuménique, à bien des égards"

30 octobre 2020
Séries et TV
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Derby Girl
Derby Girl Emmanuel Guimier
Avec Derby Girl, Nikola Lange, scénariste et réalisateur, signe sa première série pour France.tv slash. Après Skam France, Stalk et Parlement, la plateforme démontre encore une fois son ambition créative et sa liberté de ton.

Comment est née Derby Girl ?

C’est toujours un peu compliqué d’expliquer comment viennent les idées, mais je connaissais l’univers du roller Derby depuis quelques années, parce que je suis issu d’une culture musicale assez proche de cette mouvance. J’étais dans ce qu’on appelle la sphère punk rock hardcore, au début des années 2000, et il y a un lien très fort entre les deux univers à travers l’imagerie glam rock, les têtes de mort, les flammes… Notamment aux États-Unis d’ailleurs. En France, le sport n’est pas beaucoup pratiqué et il y a encore peu de pratiquantes, car, oui, c’est un sport majoritairement féminin… Vers 2013, j’ai eu l’idée d’un postulat de comédie assez classique : une patineuse artistique princesse, hyper pimbêche, se retrouve dans un monde de nanas plus brut de décoffrage, qui boivent de la bière et parlent sans filtre. Quelques années après, j’ai commencé à collaborer avec Kabo Productions, je leur ai parlé du projet et ils ont été emballés.

C’est votre première réalisation ?

Oui, même si j’ai fait pas mal de courts métrages pendant mes études et réalisé des formats courts qui ne sont jamais sortis. J’ai surtout fait énormément de montage pour des grosses sociétés de production comme Golden Moustache ou Elephant. Je ne me suis remis à écrire des scénarios qu’il y a peu de temps, je viens plus de la technique. Je suis un vrai geek des ordinateurs et de la caméra. Le plaisir de l’écriture, lui, est venu sur le tard.

Ce n’était pas risqué de commencer par une série sur le roller, qui n’est pas le sport le plus cinégénique qui soit ?

Effectivement, c’était compliqué. Les scènes d’action furent assez dures à filmer parce que nous avions des contraintes de budget et de temps. Les filles ont eu très peu d’entraînement, car nous n’étions clairement pas sur une superproduction. C’est vrai que j’aurais voulu ajouter de la dramaturgie pendant les matchs, mais je trouve qu’on ne s’en est pas trop mal tirés. À aucun moment je ne me suis dit : « Je vais m’attaquer à un truc ambitieux ! » J’étais plus dans l’optique : « Advienne que pourra. »

La série comporte une bonne dose d’humour, pas vraiment « politiquement correct », voire assez trash…

C’est vrai. Ça vient sûrement de mes influences, mais elles étaient partagées avec l’équipe de Kabo. Le ton décalé, absurde, parfois trash, ça a été assez facile à vendre. Ce fut un peu différent avec le diffuseur. Mais ils ont vite été séduits par le fait que le projet était dans l’air du temps. On y parle de façon décomplexée de l’intimité des femmes, des règles, de l’épilation… Je pense qu’ils y ont trouvé leur compte, même si je suis persuadé qu’il y a deux-trois blagues qui sont limites. En réalité, c’est une série qui me ressemble dans mes références : les Monty Python, la série des films Y a-t-il…  

Le diffuseur vous a donc laissé carte blanche ?

Je ne vais pas vous mentir, j’ai dû couper quelques trucs, mais c’est une histoire de compromis. Et je vous avoue que j’ai bénéficié d’une extrême liberté. Je dois d’ailleurs les saluer pour cela : Slash est un super laboratoire pour les jeunes créatifs : comédiens, auteurs, réalisateurs… Ils vous font vraiment confiance. Je ne pense pas qu’on puisse jouir d’une telle liberté ailleurs... Honnêtement, j’avais peur que tout soit sujet à discussion, ce qui n’a pas été le cas. Je pense d’ailleurs que c’est leur force aujourd’hui.

Estimez-vous qu’il y a une part de militantisme dans votre série ?

Non, je ne dirais pas ça, la série ne revendique rien. En revanche, j’estime que c’est une série œcuménique, à bien des égards. Déjà, les protagonistes sont des femmes qui évoluent dans un univers majoritairement féminin.

Je ne voulais pas que mes personnages soient guidés par des love interest masculins. Alors oui, il y a un peu de militantisme, car en filigrane, on traite de questions sur l’orientation sexuelle, sur la place de la femme, sur le genre. Mais en réalité, il y a une forme de normalité dans tout cela. Parce que c’est l’univers du roller Derby qui est dépeint.

Mais vous être d’accord, qu’en général, dans la fiction, l’humour est plus souvent porté par les hommes ?

C’est vrai, mais c’était aussi une volonté de ma part. En réalité, mes personnages auraient très bien pu être des hommes. En fait, ça ne change pas grand-chose. De la même manière, j’ai choisi de ne pas laisser de place à une quelconque amourette. Bien évidemment, ce sont des questions qui se sont posées, notamment concernant le personnage principal. Pendant longtemps on lui a collé une histoire d’amour, mais finalement, j’ai préféré qu’elle fantasme sur le patineur star. Un personnage qui est d’ailleurs interprété par une femme… Mais c’est juste parce que ça m’amusait. À aucun moment, on ne le dévoile dans la série.