OVNI(s) : « Avec la saison 2, on ne pouvait plus rester à la lisière du fantastique »

OVNI(s) : « Avec la saison 2, on ne pouvait plus rester à la lisière du fantastique »

01 mars 2022
Séries et TV
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Quentin Dolmaire dans la saison 2 d'« OVNI(s) ».
Quentin Dolmaire dans la saison 2 d'« OVNI(s) ». Nicolas Velter-Montebello Prod-Canal+
Clémence Dargent et Martin Douaire ont mis un peu de folie dans la fiction française avec OVNI(s), la série SF de Canal+ qui casse les codes du genre. Les deux créateurs nous racontent leur « X-Files à la française », entre burlesque fantastique et peinture colorée des années 70.

Avec son ton poétique et surréaliste, OVNI(s) a conquis les téléspectateurs en 2021. La série revient sur Canal+ pour une deuxième saison, sans rien avoir perdu du grain de folie qui a fait son succès : « C’est vrai qu’il y a eu une adhésion surprenante à OVNI(s), concède le cocréateur, Martin Douaire. Ce n’était pas quelque chose d’évident. Les ovnis, c’est quelque chose qui sentait un peu la poussière. Quand on mélange en plus le fantastique et la comédie, sous un angle décalé, ça peut vite être compliqué de fédérer. Ou simplement de créer de l’empathie pour les personnages. Mais les gens se sont rapidement attachés à cet univers. Ils ont eu envie de jouer le jeu de ce fantastique surréaliste. Ce qui n’était pas une évidence sur le papier. » Même les spécialistes des extraterrestres ont validé la première saison, pour le plus grand plaisir de l’autre créatrice, Clémence Dargent : « Ce qui m’a le plus touchée, c’est la manière dont la série a été reçue dans le monde de l’ufologie. On a eu des retours très positifs de cette communauté. Ils ont beaucoup aimé l’humour de la série, cette dérision sur le GEIPAN [Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, NDLR] et sur les ovnis, qu’on ne retrouve pas forcément dans des séries plus sérieuses. Ils se sont reconnus là-dedans. C’est aussi parce qu’on l’a fait avec bienveillance et sincérité. Il n’y a pas de moquerie. Ce n’est pas une satire de l’ufologie. Au contraire, la série valorise la quête, l’envie de savoir. »

Il ne faut pas aller trop loin et se lancer dans quelque chose de trop perché qui perde les gens

Une envie incarnée avec de plus en plus de vigueur par un Didier Mathure (Melvil Poupaud) désormais totalement parti la tête dans les étoiles. L’ingénieur spatial incrédule a laissé place à un adepte pur et dur des petits hommes verts : « Il a presque fallu écrire une nouvelle série. Parce qu’on est sorti de la trajectoire classique. Ce type sceptique devient quelqu’un qui croit. Mais qu’advient-il de ce héros qui commence à croire après avoir tant douté ? C’est finalement une histoire qui a été assez peu racontée... On était vraiment en territoire inconnu, c’était un peu flippant, mais on a fini par trouver la bonne direction, je pense ! »


D’autant que de l’accueil dithyrambique de la première saison a découlé une nouvelle pression. L’effet de surprise n’existe plus. Alors, sur le plan de l’écriture, plus question de rester sur les acquis de la saison 1, « dans laquelle on pose les questions, les mystères... Dans la saison 2, il faut dépasser tout ça, il faut répondre. On ne peut plus s’amuser à rester à la lisière du fantastique, analyse Martin Douaire. À partir du moment où l’on a pris des options scénaristiques franches, il faut les assumer. Qu’on aille au bout des choses. Mais c’est aussi un équilibre à trouver : il ne faut pas aller trop loin et se lancer dans quelque chose de trop perché qui perde les gens. »

Une barbe à papa, dans une centrale nucléaire, on n’a jamais vu ça !

Cela n’a pas empêché les scénaristes de laisser libre cours à leur bizarrerie : cette année, une barbe à papa géante s’invite dans la saison 2 d’OVNI(s), au beau milieu d’une centrale nucléaire... Mais pourquoi ? Les deux créateurs nous expliquent que la série repose « sur un degré de fantastique assumé qui ne fait pas partie du folklore habituel des petits hommes verts. On n’est pas dans les codes naturels du genre. On est dans une forme de fantastique surréaliste. Avec cette barbe à papa, on est parfaitement dans les codes d’OVNI(s). Une barbe à papa ça existe, mais une barbe à papa dans une centrale nucléaire, on n’a jamais vu ça ! Parce qu’on avait envie de faire quelque chose sur le nucléaire des années 70, et on se demandait ce qui pourrait se passer de rose, de bizarre et de drôle dans une centrale nucléaire à cette époque... »

Car la saison 2 d’OVNI(s) joue effectivement beaucoup avec les codes de la décennie Giscard. Avec cette période post-choc pétrolier, que Clémence Dargent et Martin Douaire n’ont pas connue, mais qui les fascine particulièrement. « On peut y voir un parallèle avec notre époque contemporaine, où l’augmentation du prix de l’essence obsède tout le monde. On est en pleine crise du pétrole, c’est un peu la fin des utopies. Après, on ne cache pas non plus notre amour pour le vintage ! Pour des objets des années 70 ou même simplement des expressions verbales de la vie courante... » La beauté d’OVNI(s) est incontestablement dans ses détails, dans ses clins d’œil permanents à la pop culture de l’époque. « On a été biberonnés à tout ça, à un imaginaire qui a été échafaudé durant cette décennie. Cette série, c’est l’occasion pour nous de faire un voyage à l’intérieur de tout ce qu’on aime dans la pop culture, dans la science-fiction, tout ce qui nous a donné envie de faire des films, ou des séries... »

Didier Mathure ferait un peu peur à Fox Mulder !

Au-delà des références, OVNI(s) a su imposer un ton bien à elle dans le paysage de la fiction française. Une forme de comédie fantastique qui mélange les genres, passant de la SF à la comédie de bureau puis à la comédie familiale. « Il y a quelque chose d’une hybridation entre Jacques Tati qui rencontrerait Steven Spielberg... Une pop culture hollywoodienne très assumée, mélangée à des figures plus françaises. Ça donne à cette série sa nature toute particulière. Ce sont deux pans qui composent à parts égales son ADN », estiment les deux créateurs, qui avaient aussi en tête un autre modèle très emblématique de cette quête de la preuve d’une vie extraterrestre : X-Files.

« C’est vrai que c’était une énorme référence pour nous. On a toujours pensé qu’il n’était pas possible de faire X-Files dans un pays comme la France, avec son esprit très cartésien. Le pays des Lumières où tout doit avoir une explication... jusqu’à créer une organisation comme le GEIPAN. Alors, en ce sens, OVNI(s), c’est un peu un X-Files à la française ! C’est-à-dire avec un pas de côté... même si on ne joue pas sur les mêmes terrains, puisqu’on est fondamentalement dans quelque chose de plus solaire. On n’a pas le même rapport au fantastique. » Il n’empêche, une rencontre entre Didier Mathure et Fox Mulder a de quoi faire saliver les fans du genre ! À commencer par Clémence Dargent et Martin Douaire : « Ça serait tellement bien... (Rires.) Fox assommerait Didier et lui dirait : “Il faut que tu te calmes ! Tu es trop exalté !” Je crois que Didier Mathure ferait un peu peur à Fox Mulder ! »

OVNI(s), saison 2 – à voir sur Canal+ depuis le 21 février 2022

Création : Clémence Dargent et Martin Douaire
Réalisation : Antony Cordier
Avec : Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas, Daphné Patakia...
Musique : Thylacine
Société de production : Canal+, Montebello Productions

Ovni(s) saison 2 a obtenu l’aide sélective à la préparation et l’aide sélective à la production, par la commission sélective fiction/animation du Fonds de soutien audiovisuel (FSA) du CNC.