Quelles règles suivre pour utiliser de la musique dans une fiction ?

Quelles règles suivre pour utiliser de la musique dans une fiction ?

05 décembre 2018
Séries et fictions TV
Mafiosa saison 4
Mafiosa saison 4 Canal-+, Image, Compagnie, Angela-Rossi
Pour accompagner une série ou fiction, le réalisateur se doit d’obtenir toutes les autorisations nécessaires au préalable, aussi bien auprès de l’éditeur que du créateur de la musique (sauf titres libres de droit). Explications avec Pascal Mayer, superviseur musical, qui a notamment œuvré sur la série Mafiosa de Canal +.

Existe-t-il des règles spécifiques pour l’utilisation d’une musique dans une fiction ou une série ?
La règle est la même qu’au cinéma. La dimension artistique et l’approche du travail sont identiques. La seule différence est en termes d’achat de droits : nous pouvons nous contenter des droits pour tous les médias hors cinéma lorsqu’on fait de la télévision. S’il s’agit d’une réalisation pour le cinéma, il faut tout acheter, y compris ceux pour le petit écran car tous ces films ont vocation à passer à la télévision. D’un point de vue technique, le superviseur musical (chargé de la musique d’une réalisation ndlr) doit être garant que le film a obtenu la meilleure musique possible pour le projet et que ce soit juridiquement irréprochable au niveau des contrats. 

Quels liens le producteur ou réalisateur doit-il avoir avec la Sacem (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) ?
Le superviseur musical n’a pas de lien direct avec elle quand il achète les droits pour une musique originale par exemple. Mais pour tous les films, il faut déposer la liste des musiques à la Sacem pour qu’elle puisse ensuite récupérer les droits des auteurs, compositeurs et éditeurs. Notre lien avec cet organisme est indirect, nous sommes en contact avec les éditeurs de musique, qui représentent les ayants droits de la composition, lorsqu’on achète de la musique préexistante. Lorsqu’on utilise une chanson dans une fiction, il faut au minimum que l’éditeur, l’auteur et le compositeur soient d’accord. Mais on peut très bien acheter les droits d’une chanson d’un artiste sans forcément utiliser un de ses enregistrements. Un acteur peut juste chanter le titre sous sa douche par exemple. S’il n’y a pas d’enregistrement, nous n’avons pas besoin de contacter la maison de disques, il faut juste obtenir les droits éditoriaux, liés à la composition elle-même, sans l’interprétation. Qu’on la siffle, qu’on la fredonne ou qu’on la chante, à partir du moment où on reconnaît la mélodie, il faut obtenir ces droits éditoriaux.

Est-ce la même chose s’il s’agit d’une reprise ?
Si un jeune groupe français inconnu fait une reprise d’une œuvre connue, il faut obtenir les droits éditoriaux et acheter également le master (les droits liés à l’interprétation ndlr) de ce petit groupe. Dès qu’on utilise un enregistrement, il faut les deux, même si on ne l’entend qu’une seule seconde.

Ces ayants droit doivent-ils être mentionnés au générique ?
On dépose à la SACEM la liste des musiques dans l’ordre d’apparition à l’image. Elle comporte les interprètes et les auteurs-compositeurs des œuvres utilisées. Elle va donc servir pour les crédits du générique de fin. En lisant ces derniers, on peut savoir qui a donné les droits. Si on utilise par exemple Comme d’habitude ou My Way, il faut obtenir les droits éditoriaux qui sont gérés par une maison d’édition en France représentant les auteurs-compositeurs de la chanson, dont Claude François. Cette chanson a été interprétée dans toutes les langues, il y a donc des milliers de masters possibles à acheter.

Est-ce difficile de retrouver tous les ayants droit lorsqu’on veut utiliser une musique ?
Ça peut être un casse-tête parfois. Pour un groupe avec cinq auteurs-compositeurs par exemple, il peut y avoir cinq maisons d’édition. Il faut donc contacter cinq sociétés différentes. Parfois ce chiffre est encore plus élevé. Pour des morceaux de rappeurs nord-américains, comme Kanye West ou Drake par exemple, avec des extraits de plusieurs chansons (samples), de nombreuses collaborations et featurings, il faut parfois contacter huit ou dix personnes différentes. Si l’une d’entre elles n’est pas d’accord, le titre ne pourra pas être utilisé dans le film.