Charles Tesson : “En six semaines nous devons visionner près de 200 films !”

Charles Tesson : “En six semaines nous devons visionner près de 200 films !”

21 mai 2019
Cinéma
Affiche de la Semaine de la Critique 2019
Affiche de la Semaine de la Critique 2019 DR
Délégué général de la Semaine de la Critique, Charles Tesson évoque son métier de sélectionneur.

Charles Tesson Aurélie Lamachère

Depuis quand êtes-vous en poste ?

J’ai été élu en 2011 pour préparer l’édition 2012, qui est donc la première où j’étais vraiment en fonction.

Quelles sont les modalités pour être élu ?

La tutelle de la Semaine étant le Syndicat Français de la Critique de Cinéma (SFCC), la condition première pour être élu est d’être un critique de cinéma affilié au Syndicat. La deuxième condition est de manifester le goût et l’envie d’être sélectionneur. Il faut par conséquent faire acte de candidature auprès du Conseil d’Administration de la SFCC qui auditionne les différents postulants avant de le désigner.

Pour combien de temps êtes-vous élu ?

Dans les statuts, le mandat est prévu pour une durée maximale de dix ans. Il est cependant renouvelé chaque année. Fin juin en général, le conseil d’administration de la SFCC convoque le délégué général qui défend le bilan de l’édition écoulée. À la suite de cet oral, un vote est mené pour le reconduire à la tête de la Semaine.

Si tout va bien, vous êtes donc là jusqu’à l’édition 2021 ?

Oui. Ce qui coïncidera avec le soixantième anniversaire de la création de la Semaine en 1962. Le futur délégué sera désigné à ce moment-là et m’accompagnera le temps d’un passage de relais comme ça a été le cas pour moi avec Jean-Christophe Berjon, en 2011.

Quelle est précisément votre mission ?

Je suis principalement responsable de la sélection, de la représentation mais aussi de la mise en place du Festival aux côtés du coordinateur général. Je suis en quelque sorte responsable de l’identité de la manifestation.

Quelles sont les qualités d’un bon sélectionneur selon vous ?

L’envie et la disponibilité, pour commencer. Il faut quand même parfois voir dix films par jour... La curiosité, une bonne culture cinématographique et une grande capacité d’écoute. Il faut savoir entendre les points de vue des autres et les respecter. Je suis très Didier Deschamps dans l’esprit ! (rires)

Concrètement, comment s’organise votre agenda ?

Il y a plusieurs manières d’être sélectionneur, la plus évidente étant de voir des films. Dès le lendemain de Cannes, je me rends dans des festivals locaux où l’on peut voir des “work-in-progress”, des films qui ne sont pas terminés et qui risquent d’être prêts pour Sundance, Berlin ou Cannes. Un sélectionneur fait par ailleurs un travail de prospection à long terme en allant à la rencontre de producteurs et de cinéastes qui lui pitchent des projets. On suit ceux qui nous intéressent et, ce faisant, on leur donne la chance d’exister. Ça peut prendre deux, trois ans avant que les projets en question prennent forme. Tout cela définit, disons, la partie passive du métier. La partie active s’opère, elle, à partir des inscriptions des films sur le site de la Semaine, c’est-à-dire entre février et avril. En six semaines, nous devons visionner près de 200 longs métrages !

“Nous”, c’est vous et le comité de sélection ?

Tout à fait. C’est moi qui le constitue en choisissant ses cinq membres au sein du Syndicat, qui le valide via le conseil d’administration. Les membres choisis peuvent exercer pendant trois ans maximum, prendre ensuite une année sabbatique et postuler à nouveau s’ils le souhaitent.

La parité est-elle respectée ?

Oui. Pour le comité long métrage, il y a trois femmes et deux hommes plus moi. Pour le comité court métrage, coordonné par Léo Soesanto, il y a cette année deux hommes et une femme pour des raisons purement conjoncturelles.

Échangez-vous beaucoup avec vos homologues de la Sélection Officielle et de la Quinzaine des Réalisateurs ? Il paraît qu’il existe une rivalité entre les différentes sélections sur certains films que tout le monde veut.

On fait des points entre nous, bien sûr. Vous savez, cette histoire de rivalité, si elle existe un peu, n’est pas aussi sauvage qu’on le pense. En dernier ressort, ce sont les distributeurs et les vendeurs qui arbitrent. Ce sont eux qui décident de l’endroit où ils veulent que les films soient présentés. La valorisation et la protection des œuvres priment avant tout.

Un dernier mot sur le cru 2019.

Je n’arrive pas à dessiner une tendance en particulier, sinon une tendance géographique concernant l’Amérique latine et l’Afrique du Nord qui arrivent avec des films assez forts. Il y a aussi des surprises comme le premier long métrage d’Hafsia Herzi qu’elle a tourné en dehors des radars et qu’on est très content de présenter. En tout, huit films sur onze seront des premiers films (seuls les premiers et deuxièmes films concourent à la Semaine, ndlr), ce dont je suis très content.