Comment fait-on une affiche de film ?

Comment fait-on une affiche de film ?

24 août 2018
Cinéma
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Sauvage de Camille Vidal-Naquet
Visuel extrait de "Sauvage" de Camille Vidal-Naquet Crédit Pyramide Films - Les Films de la Croisade - La Voie Lactée
Alors que la publicité pour les films est interdite sur le petit écran, les affiches sont un des moyens incontournables pour attirer les spectateurs au cinéma. Mais comment se fabriquent ces objets artistiques et commerciaux ? C’est la question qu’on a posée à Louise Matas, graphiste au sein de Pyramide Films, qui a travaillé sur l’affiche de Sauvage de Camille Vidal-Naquet qui sort le 29 août 2018.

Plongeon fascinant dans le monde de la prostitution masculine, Sauvage de Camille Vidal-Naquet – qui a bénéficié de l’avance sur recettes avant réalisation du CNC ainsi que de l’aide sélective à la distribution - a été présenté au Festival de Cannes 2018 lors de la Semaine de la critique. C’est d’ailleurs pour cet événement qu’a été créée l’affiche du film. « On a commencé à travailler quand on a su qu’il était en sélection, un mois environ avant le festival », confie Louise Matas au CNC, en précisant que le processus n’est pas le même «suivant les films, leur nationalité, le matériel reçu ». Pour imaginer l’affiche, le distributeur se base en effet sur des plans sélectionnés par le producteur ou le réalisateur. « Dans ce cas-là, le matériel fourni (par Les Films de la Croisade ndlr) était de bonne qualité. C’est lié au fait que Camille Vidal-Naquet a filmé de manière esthétique avec des plans très travaillés qui étaient intéressants graphiquement », précise Louise Matas qui a travaillé sur cette affiche avec Eric Lagesse (le Président-Directeur général de Pyramide Films), le réalisateur et le producteur du film.

La couleur, un choix crucial

C’est sur une image de Felix Maritaud de profil, en sueur, et semblant étouffer un cri qu’ils ont choisi de miser. Une manière de refléter « l’énergie » du film et d’interloquer le public : « Il y a un questionnement sur ce qu’il se passe derrière : ça peut être un cri de douleur, de rage, un besoin d’exulter quelque chose.» Après le choix du visuel, démarre « la vraie recherche graphique » : « Comment cadre-t-on l’image ? Comment la retouche-t-on ? Est-ce qu’on fait un montage photo ou  non ? Est-ce qu’on retravaille l’éclairage ? »
Pour Sauvage, Pyramide Films a beaucoup travaillé sur la « chromie ». «Les premières propositions faites sur ce visuel-là étaient beaucoup moins bleues. L’image était très contrastée, avec un côté noir et blanc. Le fait d’ajouter un éclairage bleu correspond à la teinte du film, à une espèce de froideur tout en adoucissant, c’est ambivalent, un visuel qui était très dur. La photo est tirée d’un plan dans une boite de nuit. Le bleu fait également référence à ça», explique ainsi Louise Matas.

La couleur revêt une importance primordiale dans une affiche de films. Elle donne ainsi une première indication du style du long métrage :

Pour les films à suspense et dramatiques, il y a souvent une teinte bleue. En ce moment pour les comédies, c’est jaune et bleu ou blanc avec une photo de groupe. Pour les films d’action, on mise plus facilement sur des montages photo tandis qu’on choisira plutôt des plans très travaillés pour les films d’auteur. Quant aux comédies romantiques, on retrouve régulièrement du rouge et du rose sur l’affiche.


Des codes à respecter

« Il y a eu un gros travail sur le grain, qui n’était pas présent avant, sur les détails : est-ce que c’est une bonne chose que le personnage transpire, est-ce qu’il doit avoir les mains propres ou sales… Le moindre détail est étudié avec le réalisateur. Camille Vidal-Naquet était très impliqué dans la réalisation de l’affiche, ce qui n’est pas toujours le cas même si on travaille toujours sous validation du réalisateur. On leur fait plusieurs suggestions. Ça valorise la meilleure proposition de montrer des choses qui fonctionnent moins bien », poursuit la graphiste. Notons qu’il a aussi fait été fait appel à un graphiste extérieur pour finaliser ce travail de longue haleine sur la chromie et le grain, Qutaiba Barhmaji.
Si le titre est présent verticalement, face au visage de Felix Maritaud, c’est par « pur choix graphique ». « Ça permettait aussi de mettre le logo-titre en plus gros, qu’il soit plus impactant et qu’il y ait une sorte de confrontation entre le personnage et le titre », ajoute-t-elle. Outre un titre lisible, plusieurs informations doivent être mises en avant sur une affiche comme le « nom du réalisateur et des acteurs qui doivent être de la même taille », même si leur place sur l’affiche peut être décidée par contrat négocié par les agents. Doivent également figurer le nom des scénaristes, des producteurs, du monteur, des responsables son/musique ou encore du distributeur et des organismes ayant participé au financement. On retrouvera d’ailleurs, tout en bas de l’affiche, les logos de la production, du distributeur ainsi que des différents partenaires, notamment médiatiques (la radio France Culture pour l’affiche de Sauvage par exemple). Sans oublier, s’il a été présenté ou sélectionné dans un festival, le logo de l’événement qui est « un gage de qualité » pour les spectateurs.

Sauvage sort le 29 août 2018 dans les salles obscures. Le film a bénéficié de l'avance sur recettes et de l’aide sélective à la distribution du CNC.

Affiche du film Sauvage Crédit Pyramide Films - Les Films de la Croisade - La Voie Lactée