Dans les coulisses de « Tralala », la comédie musicale des frères Larrieu

Dans les coulisses de « Tralala », la comédie musicale des frères Larrieu

13 octobre 2021
Cinéma
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Mathieu Amalric dans la comédie musicale "Tralala" des frères Larrieu Pyramide Films
Les frères Larrieu et plusieurs membres de leur équipe racontent la création de leur première comédie musicale, actuellement en salles.

C’est l’histoire d’un clochard céleste, Tralala, SDF en puissance : l’immeuble où il squatte va être détruit, il décide donc de partir à Lourdes retrouver la jeune femme qu’il a croisée dans Paris et qui a surgi devant lui telle une apparition. Un voyage qui va changer sa vie puisque, sur place, une femme, propriétaire d’un hôtel, croit reconnaître en lui son fils disparu depuis vingt ans. Tralala va jouer le jeu, endosser le rôle du disparu et se découvrir une nouvelle famille. Telle est la colonne vertébrale de Tralala, la première incursion d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu dans le domaine de la comédie musicale, une envie qui leur trottait dans la tête depuis un petit moment. Ils avaient d’ailleurs flirté allègrement avec le genre le temps d’une scène dans Un homme, un vrai, en 2003.

S’ils se sont décidés à franchir le pas presque vingt ans plus tard, c’est en grande partie à un homme, Kevin Chneiweiss, qui signe à cette occasion sa toute première production. « J’adore le cinéma des Larrieu, je leur ai donc proposé de travailler avec eux. Je n’aurais jamais pensé spontanément à l’idée d’une comédie musicale, mais celle-ci est née au fil des discussions et m’est apparue dans la droite lignée de leur travail. D’ailleurs, je ne me suis pas demandé pourquoi ils ne s’étaient pas frottés au genre avant, pas plus que je n’ai eu peur des réactions de futurs partenaires investisseurs. Comédie musicale/les Larrieu/Lourdes : cette Sainte Trinité m’a d’emblée séduit et je les ai incités à foncer. »

Les Larrieu ont aussi quelques certitudes. Lourdes, leur ville natale, pour commencer.

On savait dès le départ que le lieu principal de l’action se situerait à Lourdes. C’est notre côté Demy. Notre Cherbourg à nous. Avec l’idée d’un hommage à la province à travers ce type de ville en apparence kitsch mais qui possède aussi une histoire.

Le deuxième pilier de Tralala se nomme Philippe Katerine. « On s’était rencontrés sur Un homme, un vrai. On l’a même dirigé dans Peindre ou faire l’amour. On n’envisageait pas de faire une comédie musicale sans lui ! » Ils vont donc lui présenter leur projet avant même d’avoir écrit une ligne, avec seulement la trame de l’intrigue. Le musicien se montre enthousiaste.

Cette réaction pousse les cinéastes à se mettre sans plus attendre à l’écriture du scénario. Le fait qu’il s’agisse d’une comédie musicale ne modifie en rien leur méthode de travail : « Partir de quelque chose de très réaliste pour aller vers quelque chose qui ne l’est pas. » Dépassé par le succès de son album Confessions, Philippe Katerine va finalement renoncer au film. Cela n’arrête pas les Larrieu dans leur élan : depuis le départ, en parallèle de l’intrigue, ils ont commencé à écrire la base des différentes chansons, avec le plus de précision possible pour les différents compositeurs à qui ils en confieront l’écriture. Car les deux frères ont eu très tôt en tête ce qui constitue l’une des singularités du projet : chaque personnage aura son compositeur attitré. « La playlist qui a accompagné notre scénario contenait des styles variés. On a donc logiquement fait appel pour chacun à un musicien à l’aise avec le genre. » Le casting des comédiens et des musiciens se fait donc en parallèle, leurs associations aussi. Philippe Katerine accepte finalement de composer les chansons de Tralala, incarné par Mathieu Amalric ; Jeanne Cherhal écrit pour Mélanie Thierry ; Dominique A. pour Josiane Balasko ; Étienne Daho et Jean-Louis Pierrot pour Maïwenn et Bertrand Belin… pour lui-même, car il fait ici ses grands débuts de comédien. Cette distribution très riche facilite le financement, aidé aussi par l’appel à projets du CNC pour relancer la comédie musicale en France. Tralala va faire partie des trois projets retenus parmi les 40 en course, alors que son écriture est déjà plus qu’avancée.

 

Avant le tournage, qui débutera en août 2020 entre deux confinements, arrive une étape essentielle : l’enregistrement des chansons en studio pour avoir le choix du play-back et du son direct une fois sur le plateau. Sur les conseils de leur superviseuse musicale Élise Luguern, les Larrieu font appel à Renaud Letang, réalisateur de nombreux albums pour les plus grands de la chanson française, d’Alain Souchon à Renaud en passant par Claude Nougaro ou Philippe Katerine. « J’ai été emballé par cette idée d’une comédie musicale multipliant les styles de musique et les compositeurs. Pour moi, ça n’avait jamais été fait ! Mon travail a consisté à orienter les réalisateurs vers des compositeurs que ce défi intéresserait, et qui seraient capables de s’y lancer dans un délai aussi court. J’ai aussi pris en charge les morceaux d’électro, et, avec mon fils Aladin, au fil de la réception des différents morceaux, nous avons cherché à chaque fois le bon tempo en faisant parfois évoluer le genre du titre. Enfin, j’ai supervisé l’enregistrement des chansons en créant un univers de travail le plus ludique possible afin que les comédiens, non-professionnels du chant, puissent s’y sentir à l’aise. »

Au final, cet exercice ne sera qu’un filin de sécurité car 95 % des chansons qu’on entend dans Tralala ont bien été enregistrées sur le plateau. « C’était notre but originel, expliquent les Larrieu. L’enregistrement offrait juste la possibilité de rassurer les comédiens et de permettre à chacun de se lâcher. Sans pression. » Ce que confirme Mélanie Thierry :

J’étais persuadée que mon micro n’allait servir qu’à enregistrer mes respirations et que le reste serait du play-back. Du coup, j’ai pu chanter sans pression, totalement décontractée.
Mélanie Thierry

Pour les scènes de danse, les Larrieu ont fait appel à la chorégraphe Mathilde Monnier. « On la connaissait pour l’avoir dirigée dans 21 nuits avec Pattie. Mais on l’a surtout choisie parce qu’elle a travaillé avec Philippe Katerine, et a l’habitude de faire danser des gens qui ne sont pas des danseurs dans l’âme. En acceptant, Mathilde a relevé un sacré défi : pour commencer à travailler, elle a dû attendre les musiques qui arrivaient au dernier moment et au compte-gouttes. On n’a eu que vingt-sept jours de tournage, dont cinq consacrés à la scène la plus complexe, les dix-sept minutes de la boîte de nuit où plein de types de musique s’entrecroisent. On dirigeait les comédiens en découvrant les chorégraphies de Mathilde tout en essayant de maintenir intacts les enjeux et la continuité de l’intrigue. »

Un défi similaire les attendait au montage, et encore plus pour Renaud Letang. « Arnaud et Jean-Marie étaient évidemment concentrés sur l’intrigue, pas sur la musique. Donc notre mission, à Aladin et moi, a consisté à nous adapter pour que les chansons accompagnent la fluidité du récit. Et ce, alors que pour des questions de timing, ils avaient coupé deux mesures par ci, deux mesures par là et que couper deux mesures change tout un morceau ! » Renaud Letang a dû changer en profondeur sa manière de travailler. « Quand j’enregistre un album, je recale les voix sur la musique. Là, j’ai recalé les musiques sur les voix. Mais travailler avec ces contraintes fut un exercice passionnant, d’autant plus qu’Arnaud et Jean-Marie m’ont vraiment laissé libre. » Un adjectif qui symbolise parfaitement Tralala, en salles depuis cette semaine, après sa présentation lors d’une séance de minuit mémorable au dernier Festival de Cannes.

TRALALA

Réalisation : Arnaud et Jean-Marie Larrieu
Scénario : Arnaud et Jean-Marie Larrieu
Photographie : Jonathan Ricquebourg
Montage : Annette Dutertre
Direction musicale : Renaud Letang
Productions : SBS Production, Arte France Cinéma
Distribution : Pyramide
Ventes internationales : Pyramide International

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