Dans les coulisses des « Caprices de l'Enfant Roi », l'aventure de cape et d'épée de Michel Leclerc

Dans les coulisses des « Caprices de l'Enfant Roi », l'aventure de cape et d'épée de Michel Leclerc

23 juin 2026
Cinéma
Artus et Michel Leclerc sur le tournage de « Les Caprices de l’Enfant Roi »
Artus et Michel Leclerc sur le tournage de « Les Caprices de l’Enfant Roi » Bertrand Vacarisas / MANDARIN & CIE / ELEPHANT STORY / ESPACE PRODUCTION

Avec Les Caprices de l’Enfant Roi, Michel Leclerc, le réalisateur du Nom des gens revisite la Fronde avec Artus en Cyrano de Bergerac et Franck Dubosc en d'Artagnan. La productrice Isabelle Grellat (Mandarin & Compagnie) raconte le tournage de cette « comédie historique ».


Si Les Caprices de l'Enfant Roi est une comédie, le réalisateur Michel Leclerc - lauréat (avec Baya Kasmi) du César du Meilleur Scénario original pour Le Nom des gens - emmène le genre vers un nouveau territoire : le film de cape et d’épée. Convoquant d'Artagnan, Cyrano de Bergerac, Madeleine Béjart et Molière autour d’un jeune Louis XIV, le long métrage mêle grande aventure, souffle romanesque, théâtre et jeu d'identités.

L'origine

La productrice Isabelle Grellat, qui a déjà travaillé avec Michel Leclerc sur la comédie musicale Les Goûts et les couleurs, raconte la genèse du film : « Il y a sept ans, le producteur Guillaume Renouil (Éléphant) a proposé à Michel Leclerc et Alexandre Castagnetti (qu’il a fait se rencontrer pour l’occasion) de développer une série autour de l'histoire de la Fronde, avec déjà l’idée de faire se rencontrer les figures de Cyrano, D’Artagnan, Molière et Louis XIV. Le projet a ensuite évolué et finalement, Michel nous a réunis avec l’envie d’en faire un film de long métrage que nous avons coproduit avec Éléphant. À l’inverse des films historiques récents, Les Caprices de l’Enfant Roi n'est pas une adaptation d'un livre, c’est un scénario original. Imaginer la rencontre entre Cyrano, Molière, d'Artagnan et Louis XIV… c’est assez savoureux, nous n’avons pas la preuve qu’ils se sont rencontrés mais ils étaient contemporains, ils auraient très bien pu se croiser. Dumas aurait pu l’imaginer ! D’ailleurs peu de gens le savent, mais pour son dernier film, Abel Gance avait imaginé une rencontre entre d’Artagnan et Cyrano. »

 

Un Pacte fidèle, une avance indispensable

« Le distributeur et producteur Le Pacte nous a soutenus tout au long de la fabrication. Le film a été un coup de cœur absolu de Jean Labadie. Il a été constamment enthousiaste, et c'est très porteur. Canal+ nous a également fait confiance très vite ». Le casting a été confirmé en janvier 2025 pour un tournage le 15 juin suivant. Les prises de vues se sont étalées sur trente-cinq jours, de mi-juin à fin juillet 2025. Il a fallu faire vite, sans sacrifier l'ampleur du sujet et de sa promesse d'aventure et de dépaysement. « Sans le bel accompagnement de l'Avance sur recettes, nous n'aurions pas pu faire le film : nous sommes passés en commission le 15 avril, deux mois avant le tournage », précise Isabelle Grellat. « Travailler sur un film de cape et d'épée comme celui-ci, c’est un rêve de gosse. C'est mon premier film historique chez Mandarin : Eric et Nicolas Altmayer en ont produit d’autres, dont certains mythiques comme les OSS 117, ce qui met la pression ».

Un film régional

La région Pays de la Loire a joué un rôle fondamental dans le financement du film comme dans son tournage : « Nous avons eu de la chance, car la Loire nous a offert le décor naturel du film : il y a beaucoup de châteaux, de rivières... Nous avons tourné à Angers, au Mans - déjà le lieu de tournage de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau avec Gérard Depardieu - dans la vieille ville qui est restée intacte, comme au 17ᵉ siècle ! C'est très précieux d'avoir un décor à ciel ouvert. Cela aurait été plus compliqué de tourner en extérieurs en région parisienne : il aurait fallu effacer des éléments en post-production. Ici, nous retrouvions complètement le côté bucolique recherché ». Un vrai marché a été créé pour les besoins du film dans les ruelles du Mans, ce qui a permis de crédibiliser l’époque.

« Les Caprices de l’Enfant Roi » réalisé par Michel Leclerc
« Les Caprices de l’Enfant Roi » réalisé par Michel Leclerc Michael Crotto / MANDARIN & CIE / ELEPHANT STORY / ESPACE PRODUCTION

Comment tourner dans des châteaux

« Nous avons dû recréer le Palais-Royal à partir de plusieurs décors : les châteaux accueillent beaucoup d'évènements l'été et nous ne pouvions pas tourner aussi longtemps d'affilée que nous le souhaitions. Par ailleurs, tous les décors recherchés - la chambre d’enfant de Louis XIV, le cabinet de la Reine, le labyrinthe… - n’étaient naturellement pas concentrés dans un seul château. Nous avons tourné deux jours ici, trois jours ailleurs... » Le château de Brissac, à côté d'Angers, a « joué le rôle » de celui de la Grande Demoiselle (Suzanne de Baecque), l'intrigante du film. D'autres châteaux ont été utilisés : Chantilly, Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau... Et le magnifique Hôtel de Lauzun sur l'Île-Saint-Louis à Paris a été retenu pour donner vie au cabinet de la Reine Anne d’Autriche (Doria Tillier). Un vrai théâtre, situé au château de Brissac, a également servi les besoins du film.

La Fronde et ses figurants

La productrice estime que le film a réuni un peu moins de 500 figurants et une trentaine de cascadeurs. Concernant la scène d'ouverture, qui met en scène l'attaque du Palais-Royal par les troupes frondeuses, la productrice raconte : « Nous n’avions qu’une soixantaine de figurants lors de cette scène, tournée la nuit : il y avait du feu, des chevaux, il fallait qu'on sente le danger... Nous l'avons tournée en tout dernier, à Fontainebleau. Nous ne pouvions pas filmer l'extérieur du Palais-Royal tel quel, c'est pour cela que nous avons conçu un prologue à l'aide de gravures ». Isabelle Grellat précise que le nombre de figurants lors de cette scène a été « gonflé » numériquement. A contrario, pour la dernière scène du film, celle du couronnement du roi, tous les figurants sont en costumes riches d'époque, coiffés et maquillés, et n'ont pas été sujets à une duplication numérique.

« Les Caprices de l’Enfant Roi » réalisé par Michel Leclerc
« Les Caprices de l’Enfant Roi » réalisé par Michel Leclerc Michael Crotto / MANDARIN & CIE / ELEPHANT STORY / ESPACE PRODUCTION

Un théâtre sur une péniche

Autre décor crucial : la péniche qui transporte la troupe de théâtre de Madeleine et Molière le long de la Loire. Comme l'explique Isabelle Grellat, « Michel Leclerc tenait beaucoup à montrer l'itinérance de la troupe sur une péniche. On ne sait pas si la troupe de Molière tournait en péniche, mais on sait que de nombreuses troupes se déplaçaient ainsi. Il paraît aussi qu'ils brûlaient leurs péniches en arrivant à Marseille... En tous cas, notre péniche est un ‘gabareau’ d'époque. Nous l'avons trouvée près d'Angers et il a fallu la transporter jusqu'au lieu de tournage ». La cheffe décoratrice Pascale Consigny (L'Attachement, Une zone à défendre) a pu ainsi construire directement les lieux de vie de la troupe sur l'embarcation, rendant justice au caractère spartiate de la vie de comédien itinérant de l'époque.

De la comédie dans les combats

La cheffe costumière Florence Clamond (Versailles, Emily in Paris, Kaamelott...) a effectué un travail « magnifique, très inventif, au sein de son petit atelier ». Les combats ont été réglées par Albert Goldberg, cascadeur à la longue carrière, du Bossu au Hussard sur le toit en passant par Cyrano de Bergerac : « Nous ne pouvions pas nous permettre de faire des scènes de combat ‘cheap’, à l'heure où des films français mettent en scène des séquences d'action extraordinaires. Michel Leclerc voulait absolument qu'il y ait de la comédie dans le combat, comme dans Le Bossu ou Cyrano de Bergerac. Niels Hamel Brochen, le jeune comédien qui joue le Dauphin, a dû apprendre les chorégraphies. Albert Goldberg a utilisé l'expérience de rugbyman et de danseur d'Artus pour leur donner un style inédit. Artus est d’ailleurs un comédien très physique, vraiment doué pour les combats ».

« Les Caprices de l’Enfant Roi » réalisé par Michel Leclerc
« Les Caprices de l’Enfant Roi » réalisé par Michel Leclerc Michael Crotto / MANDARIN & CIE / ELEPHANT STORY / ESPACE PRODUCTION

Une avant-première à Cannes

Entre la fin du montage et le cycle d'avant-premières en province, Les Caprices de l'Enfant Roi a bénéficié d'une avant-première au Festival de Cannes 2026, « avec deux belles projections, l’une en salle Varda et l’autre au Cinéma de la Plage ». Une étape très importante pour la productrice : « Comme Jean Labadie, Thierry Frémaux a eu un coup de cœur pour le film. Cette reconnaissance cannoise a confirmé que, tout en étant un grand divertissement populaire, Les Caprices de l'Enfant Roi est aussi un film d'auteur, avec une vision d'auteur ». Il faut par ailleurs souligner l'importance de la tournée en province avant la sortie nationale : « la projection au Mans a été un succès, surtout avec des figurants du film dans le public », indique Isabelle Grellat. « Cela a permis de montrer que si Les Caprices de l'Enfant Roi est une comédie avec de grandes figures historiques, c'est avant tout un vrai film grand public, qui parle à toutes les générations ».

LES CAPRICES DE L’ENFANT ROI

Affiche de « LES CAPRICES DE L’ENFANT ROI »
Les Caprices de l'Enfant Roi Le Pacte

Réalisation : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc et Baya Kasmi
Production : Mandarin & Compagnie, Eléphant, Le Pacte, Scope Pictures
Distribution : Le Pacte
Ventes internationales : Ginger & Fed
Sortie le 24 juin 2026

Soutien sélectif du CNC : Avance sur recettes avant réalisation