Erwan Le Duc, du journalisme à la réalisation

Erwan Le Duc, du journalisme à la réalisation

14 août 2019
Cinéma
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Perdrix
Perdrix Domino Films - DR
Retour sur le parcours atypique du réalisateur de Perdrix, cette comédie romantique décalée, aussi burlesque que mélancolique, remarquée à la dernière Quinzaine des Réalisateurs.

Erwan Le Duc Domino Films - DR

« Ma première image de cinéma marquante c’est Pierrot le Fou de Godard à la télé ». Erwan Le Duc est âgé de 12 ans. Il vient d’emménager à Londres avec sa famille et l’idée de devenir un jour réalisateur ne lui effleure pas encore l’esprit. Il faut attendre son retour à Paris et ses 16 ans pour le voir toucher sa première caméra mais toujours sans velléité particulière. « On s’amusait juste avec des copains à faire nos petits films dans lesquels on jouait nous-mêmes avec les caméras de nos parents. Mais ça restait très abstrait. Je ne connaissais même pas l’existence de la Femis par exemple. Je n’ai donc jamais exprimé le souhait de devenir cinéaste. »

« Comme j’avais lu que Pialat n’avait pas démarré sa carrière avant 40 ans, je me disais que j’avais tout le temps »

D’ailleurs, alors que ses camarades s’orientent vers la mise en scène et le jeu (Christophe Régin, qui réalise La Surface de réparation, apprend le cinéma à la fac de Nanterre et Alexandre Steiger décroche le concours du Conservatoire), Le Duc intègre Sciences Po Paris… sans perdre pour autant complètement de vue le cinéma. Avec son camarade Régin, il lance ainsi un fanzine et réussit « à accéder aux projections de presse en faisant croire qu’on était LE magazine ciné des 35000 étudiants de la Fac. »

Le virus de l’écriture vient de le saisir. Il ne le quittera pas. A sa sortie de Sciences Po, le jeune homme devient journaliste au Monde.fr où il reste deux ans avant d’embarquer pour une aventure bien plus exotique. « En 2003, embauché par le ministère des Affaires étrangères, je pars pour l’Ambassade de France au Yémen, à Sanaa, comme chargé de mission. Sanaa venait d’être choisie comme capitale culturelle du monde arabe en 2004 et la France avait souhaité être partie prenante. » Le Duc y met en place un programme d’événements culturels, dont le premier concert de musique électro de l’histoire du Yémen. Mais là encore, le cinéma n’est jamais très loin. Car à ses moments perdus, il commence à écrire des scénarios de courts. « Et comme j’avais lu que Pialat n’avait pas démarré sa carrière avant 40 ans, je me disais que j’avais tout le temps ! »

Le tournant

Le retour en France est chaotique. Il devient chargé de mission au ministère de la Culture mais finit par démissionner, sans autre point de chute. Pendant deux ans, il survit grâce au RMI tout en continuant à écrire. « Je n’ai jamais perdu l’idée du cinéma. Et elle s’est précisée au fur et à mesure de ce que j’écrivais. » Le Monde sera sa bouée de sauvetage. Il rédige des articles sur le sport pour le site internet, devient rédacteur en chef adjoint puis co-chef du Service des Sports.

C’est aussi à ce moment-là que son entrée au cinéma se concrétise. Il écrit le long métrage Round trip pour le réalisateur syrien Meyar Al-Roumi puis se lance dans la réalisation de ses propres courts métrages, à commencer par Le Commissaire Perdrix ne fait pas le voyage pour rien, librement inspiré par l’affaire Alfred Sirven, en 2011. Ce film accélère la suite de son parcours. « En 2012, je rentre d’Ukraine où j’avais suivi l’Euro de foot quand je reçois un appel d'Elisabeth Depardieu. Elle me dit avoir aimé mon court et me propose de tenter ma chance à Emergence (une résidence qui accompagne les premiers longs en permettant à ses réalisateurs d’en tourner plusieurs scènes) si j’ai un projet de long. J’accepte avec enthousiasme cette main tendue et me mets au défi d’écrire un scénario en quinze jours… qu’il a fallu ensuite déconstruire pour reconstruire. »

Perdrix sort lauréat d’Emergence en 2013. Si Erwan Le Duc a mis quelques années à trouver les financements nécessaires, il parvient néanmoins à réaliser son projet. Perdrix est alors présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en mai dernier, en présence de l’équipe du film (Swann Arlaud, Maud Wyler, Nicolas Maury…) où il concourt à la Caméra d’or. Depuis, le cinéaste a repris ses activités de journaliste, en attendant sa prochaine aventure : la réalisation de son deuxième long métrage.

Perdrix, en salles le 14 août, a bénéficié de l’avance sur recettes après réalisation, de l’aide sélective à la distribution et de l’aide à la création de musique de film.