« Jim Queen », le long métrage qui transforme Bobbypills

« Jim Queen », le long métrage qui transforme Bobbypills

30 juin 2026
Cinéma
« Jim Queen » réalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athané
« Jim Queen » réalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athané Bobbypills

Avec Jim Queen, réalisé par Nicolas Athané et Marco Nguyen, Bobbypills signe son premier long métrage. Une nouvelle étape pour le studio, qui passe des séries d'animation au cinéma.


Depuis longtemps, Bobbypills est connu pour ses séries irrévérencieuses. Des Kassos à PeePooDo, le studio fondé par David Alric et Blackpills est identifié pour ses programmes animés destinés aux adultes, loin des standards de l’animation familiale. Avec Jim Queen, une nouvelle étape est franchie. 

De la série au long métrage

« Jim Queen a été pensé comme une série », raconte David Alric, également coproducteur du long métrage. Le projet naît en 2020 sous l’impulsion de Marco Nguyen et Simon Balteaux, qui souhaitent raconter une histoire inspirée de la communauté queer. Le format sériel semble alors naturel. Canal+, partenaire historique du studio, s’intéresse au projet. Plusieurs diffuseurs sont approchés mais aucun ne se lance. L’équipe envisage alors une autre voie : transformer la série en long métrage. « Le long métrage est arrivé par la contrainte », explique David Alric. « Nous nous sommes dits : si ce n’est pas une série, qu’est-ce qu’il nous reste ? »

Cette contrainte devient une opportunité. Le projet reçoit rapidement deux soutiens importants. D’abord celui du distributeur The Jokers Films, convaincu dès les premiers rendez-vous par le projet. Puis celui de l’Avance sur recettes du CNC. « Quand nous recevons l’Avance sur recettes, nous nous disons que nous avons quelque chose qui est reconnu par nos pairs. Et c’est très rare, voire inédit, dans l’animation pour adultes », souligne le producteur. Cette validation agit comme un déclencheur qui renforce la crédibilité du projet au yeux de l’industrie.

 

Faire un long métrage… sans changer les méthodes de Bobbypills

Si Bobbypills décide de transformer Jim Queen en long métrage, c'est aussi parce que le studio croit immédiatement au regard proposé par ses auteurs. « Nous avions des personnages très forts et un point de vue qui n’existait nulle part ailleurs », explique Arthur Delabays, coproducteur du film. Dès les premières versions, Jim Queen mêle satire, autodérision et références à la culture queer. Un parti pris qui, selon le producteur, dépasse rapidement la simple comédie : « Ce sont les comédiens qui nous ont fait réaliser que le film était presque devenu militant. Ce n'était pas notre intention de départ, c'est la société qui a changé autour du projet ».

Produire un long métrage constitue cependant un changement d'échelle pour le studio. Mais plutôt que de réinventer entièrement son organisation, Bobbypills fait un choix inattendu : conserver les méthodes qui ont fait le succès de ses productions courtes. « Nous avons essayé d'appliquer les méthodes mises au point sur les séries », explique Arthur Delabays.

Chez Bobbypills, l'écriture ne s'arrête pas une fois le scénario terminé. Les réalisateurs participent eux-mêmes aux différentes versions du script, réalisent le storyboard et poursuivent le travail jusqu'à la fin de l'animatique. Les scènes sont régulièrement lues et jouées devant les équipes du studio afin de tester le rythme des dialogues et l'efficacité des gags. « En comédie, nous percevons tout de suite si une blague fonctionne ou pas. C'est presque comme du stand-up ». Cette continuité entre l'écriture, la mise en scène et le storyboard permet de préserver les intentions des auteurs jusqu'au plan final.

Une culture de l'efficacité

Cette organisation répond aussi à une réalité économique. Avec un budget d'environ 5 millions d'euros, Jim Queen reste éloigné des productions des grands studios américains. « Nous sommes condamnés à être efficaces », résume Arthur Delabays. Loin de constituer un frein, cette contrainte devient une méthode de travail. Toute l'énergie est concentrée sur les premières étapes de fabrication afin de limiter les retours en arrière : « Quand nous animons un plan, c'est qu'il sera dans le film ». Une approche qui contraste avec celle de certaines productions hollywoodiennes, où plusieurs itérations d'une même séquence peuvent être animées avant de retenir la version définitive.

« Jim Queen » réalisé par Marco Nguyen & Nicolas Athané
« Jim Queen » réalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athané Bobbypills

Un projet porté par toute une équipe

Le passage au long métrage oblige néanmoins Bobbypills à collaborer avec plusieurs studios partenaires pour absorber le volume de travail. Une partie de l'animation est confiée à Gao Shan à La Réunion, et à Waooh! Animation, en Belgique. C’est une première pour le studio, qui doit accepter de déléguer une partie de la fabrication de l'un de ses projets les plus ambitieux.

Rapidement, les craintes laissent place à l'enthousiasme. « C'était un peu comme envoyer notre bébé très loin de nous », sourit Arthur Delabays. Mais les deux sociétés s'approprient rapidement le projet. « Plusieurs animateurs nous ont dit que Jim Queen était le projet préféré de toute leur carrière ». Certains proposent même d'ajouter leurs propres idées : des personnages inspirés des équipes dans les scènes de foule, des gags supplémentaires ou encore de nombreux easter eggs disséminés dans les décors. « Nous les encouragions : appropriez-vous le film, faites-vous plaisir ! »

Au total, 160 artistes et techniciens participent à la fabrication de Jim Queen, après cinq années de développement puis deux années de production.

Une nouvelle idée de financement : le crowdfunding 

Mais une partie du financement manque pour terminer la postproduction. C’est dans ce contexte que Bobbypills se tourne vers le financement participatif. En 2025, le studio lance une campagne Ulule pour soutenir Jim Queen. L’opération permet de récolter environ 120 000 euros. Rapportée au budget global du film, la somme reste modeste. Pourtant, son importance dépasse largement la seule dimension financière : « Cela nous a permis de constater qu’il y avait des gens curieux, qui avaient envie de voir le film exister », explique David Alric.

Cette réflexion s’inscrit dans une histoire plus longue. Bobbypills avait déjà expérimenté ce modèle avec PeePooDo. La deuxième saison de la série avait été financée intégralement grâce à la participation des fans. « À un moment, je fantasmais d’en faire notre business model », reconnaît  le producteur. Il imagine alors des modèles inspirés de la « creator economy », ces nouvelles formes de financement portées par les communautés en ligne, les abonnements récurrents ou les plateformes participatives.

« Nous sommes en train de nous demander si l'animation peut être compatible avec la creator economy », explique David Alric. Une réflexion qui soulève toutefois des défis spécifiques : les coûts de fabrication d'une série ou d'un long métrage d'animation restent trop élevés par rapport à ceux de la plupart des contenus numériques.

« Jim Queen » réalisé par Marco Nguyen & Nicolas Athané
« Jim Queen » réalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athané Bobbypills

Une sortie pensée sur le long terme

Une fois le film terminé, un dernier défi attend Bobbypills : sa sortie en salles. Là encore, le studio et son distributeur The Jokers Films choisissent de s'éloigner des stratégies habituelles. Plutôt que de viser immédiatement une diffusion massive, le distributeur privilégie une sortie progressive. Après une tournée d'avant-premières ayant réuni près de 8 000 spectateurs, le film sort dans moins d'une centaine de salles le 17 juin 2026.

Après une première semaine encourageante, Jim Queen voit son nombre d'entrées plus que doubler lors de la deuxième semaine, dépassant 142 000 spectateurs. Avec une moyenne par écran parmi les plus élevées du box-office français, seulement derrière trois productions américaines, le film confirme son installation dans la durée. Face à cette dynamique, le nombre de copies est à nouveau augmenté en troisième semaine, atteignant 137 écrans.

Pour Bobbypills, Jim Queen ne constitue qu’un début. Le studio prépare déjà plusieurs longs métrages. Parmi eux figure une adaptation de la série de bandes dessinées Les Ogres-Dieux, publiée aux Éditions Soleil, décrite comme un conte gothique flirtant avec l’horreur et portée par des thématiques de domination sociale et de transmission familiale. L’ambition de David Alric est claire : développer plusieurs longs métrages en parallèle tout en renforçant la dimension internationale de la société. Bobbypills travaille déjà avec des partenaires étrangers et cherche à élargir ses sources de financement au-delà des frontières françaises.

JIM QUEEN

Affiche de « JIM QUEEN »
Jim Queen The Joker Films

Réalisation : Marco Nguyen, Nicolas Athané
Scénario : Simon Balteaux, Marco Nguyen, Nicolas Athané, Brice Chevillard
Production : Bobbypills
Coproduction : Umedia
Distribution : The Jokers Films
Ventes internationales : Film Constellation SAS
Sortie le 17 juin 2026

Soutiens sélectifs du CNC : Avance sur recettes, Aide aux techniques d’animation, Aide sélective à la distribution (aide au programme 2026), Aide à l’édition vidéo (aide au programme éditorial)