« La Cour des miracles », ou comment produire une comédie écoresponsable

« La Cour des miracles », ou comment produire une comédie écoresponsable

27 septembre 2022
Cinéma
La Cour des miracles
La Cour des miracles Haut et court

Projeté au Festival de Cannes 2022 en sélection officielle, La Cour des miracles a reçu le premier prix Ecoprod. Sa productrice, Carole Scotta (Haut et Court) nous explique en quoi le tournage de cette comédie a été respectueux de l’environnement.


En mai dernier, la comédie La Cour des miracles de Carine May et Hakim Zouhani recevait le premier prix Ecoprod, qui récompense un long métrage présenté au Festival de Cannes et produit de la manière la plus écoresponsable possible. Le film se déroule en Seine-Saint-Denis à l’école primaire Jacques Prévert, menacée par l’arrivée d’un nouvel établissement scolaire écolo flambant neuf. Une enseignante et la directrice s’associent alors pour créer la première « école verte » de banlieue et attirer les nouveaux habitants, malgré les réticences de l’équipe pédagogique, qui n’est pas forcément tournée vers l’écologie… « C’est le mélange du fond et de la forme », confie la productrice Carole Scotta (Haut et Court). « Quand on travaille sur un sujet aussi engagé, on a forcément envie de l’être également dans la fabrication du film. » Pas forcément une nouveauté pour Haut et Court : depuis le film Gagarine (2021), la société de production et de distribution s’attelle à réduire l’empreinte carbone de ses tournages, notamment avec l’aide de Secoya Eco-tournage. Pour La Cour des miracles, la production a de nouveau fait appel à cette entreprise spécialisée dans l’accompagnement des productions désireuses de réussir leur transition écologique. Elle leur a « conseillé des sociétés écoresponsables » et « permis d’identifier des partenaires cohérents par rapport au film », assure Barbara Letellier, également coproductrice du film.

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Quand on travaille sur un sujet aussi engagé, on a forcément envie de l’être également dans la fabrication du film.

Pour la décoration, il a ainsi été décidé de faire appel aux réseaux de l’économie sociale et solidaire, comme Emmaüs, la Recyclerie ou le RESSAC (réseau national des ressourceries artistiques et culturelles). Une partie des éléments du décor ont été empruntés à l’école où avait lieu le tournage, et les matières premières – le bois, la peinture – ont été récupérées. Par ailleurs, « nous avons tourné en banlieue parisienne, quasiment avec une unité de lieu. Ce qui facilite les choses : nous n’avions pas trop de transports et pas besoin de camions, puisque le lieu de tournage a servi de lieu de stockage. Et tout le monde allait sur le plateau en métro et en covoiturage », note Carole Scotta, qui précise que la cantine s’approvisionnait en circuit court avec des produits de saison et biologiques : « Chaque jour, un menu végétarien était proposé, et deux fois par semaine les plats étaient uniquement végétariens. » Les emballages à usage unique ont également été proscrits, le vrac privilégié et une gourde réutilisable a été fournie à chacun. Pour la gestion des déchets et leur recyclage, un partenariat a été noué avec la société de collecte et de tri Fin de déchets, alors que les mégots de cigarettes ont été récupérés par l’association GreenMinded. La consommation d’énergie sur le tournage a par ailleurs été étudiée : pour réduire les besoins en groupes électrogènes, des branchements forains ont été utilisés, afin de rester connectés au réseau électrique classique. 

Pour qu’un écotournage soit bien vécu, il ne faut pas qu’il soit perçu comme une source de ralentissements ou de problèmes. (…) Cela ne peut pas se faire si la philosophie du projet n’est pas incarnée sur le plateau par les cinéastes.

Mais tout cela n’aurait pas été possible sans l’implication de tous les membres de l’équipe, et plus particulièrement des réalisateurs, Carine May et Hakim Zouhani, qui ont été le moteur de cet écotournage, comme l’explique Carole Scotta : « Ils étaient sur la même longueur d’onde que nous et appliquaient déjà beaucoup de gestes écologiques à eux-mêmes. Pour qu’un écotournage soit bien vécu, il ne faut pas qu’il soit perçu comme une source de ralentissements ou de problèmes. C’est notre travail de producteurs de faire en sorte que tout soit invisible, mais cela ne peut pas se faire si la philosophie du projet n’est pas incarnée sur le plateau par les cinéastes. »

Et si le prix Ecoprod est venu récompenser ces efforts et a connu un certain écho médiatique, Carole Scotta aimerait qu’il incite d’autres productions à se lancer. Une évolution des mentalités que favoriserait la création d’un label Ecoprod « pour labelliser les œuvres en fonction d’un certain nombre de critères comme la gestion des déchets, la cantine ou l’énergie, en s’appuyant sur le calculateur carbone », détaille Barbara Letellier. « Cette grille de critères sur laquelle Ecoprod travaille actuellement sera présentée aux assises de l’écoproduction, en décembre prochain. »

La Cour des miracles

Réalisation : Carine May et Hakim Zouhani
Avec Rachida Brakni, Anaïde Rozam, Gilbert Melki, Sérigne M’Baye…
Production : Haut et Court
Coproduction : France 2 Cinéma
Distribution : Haut et Court
Ventes internationales : France TV distribution
Sortie en salles : 28 septembre 2022
 

Soutien du CNC :
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