Présenter un premier film au Festival de Cannes, un saut dans l’inconnu

Présenter un premier film au Festival de Cannes, un saut dans l’inconnu

24 mai 2019
Cinéma
J'ai perdu mon corps
J'ai perdu mon corps Rezo Films - DR
S’il est déjà passé par le Festival de Cannes en 2008 avec un court métrage, la sélection cette année à la Semaine de la Critique de J’ai perdu mon corps, son premier long métrage d’animation, plonge véritablement le réalisateur Jérémy Clapin dans le grand bain. Portrait.

C’est l’histoire d’une main coupée, détachée de son corps d’origine. Une main qui à l’instar du Némo de Pixar, va devoir faire un grand voyage pour retrouver les siens. En l’occurrence ici, le reste du corps dont ladite main a été séparée. Sur le papier l’argument de ce premier long métrage d’animation qui n’a pourtant rien de gore, surprend un peu, voire effraie. Le réalisateur Jérémy Clapin en a eu conscience très tôt en voyant la mine perplexe des éventuels partenaires pour l’accompagner dans cette aventure.
Heureusement, la ténacité de son producteur, Marc du Pontavice, et différentes aides (région, CNC via l’aide aux nouvelles technologies…), ont permis d’aller au bout du rêve. Le cinéaste a tenu bon lui aussi et son film est le seul opus français de la compétition de la Semaine de la Critique, section parallèle cannoise dédiée aux premiers et deuxièmes films. Une bonne nouvelle qui s’inscrit dans l’histoire et la logique même du film. « Au tout départ, explique Jérémy Clapin, nous savions qu’un tel projet ne pouvait exister qu’en passant par un grand festival. Celui de Cannes était évidemment le Graal. C’est un formidable porte-voix.  Nous avons donc fait en sorte qu’il soit prêt à temps pour être proposé dans les différents comités. »

 

La Semaine de la Critique, un choix évident

Le cinéaste et son producteur ont très vite été plongés dans l’univers concurrentiel cannois, puisque, outre la Semaine de la Critique, d’autres sections se sont montrées intéressées. « C’est évidemment flatteur mais il fallait faire un choix. Sachant que la Semaine de la Critique présente peu de films par rapport aux autres sections, nous nous sommes dit qu’il serait peut-être défendu avec plus d’ardeur ici. Charles Tesson, le délégué général du comité longs métrages de la Semaine de la Critique, m’a envoyé un long mail très enthousiaste pour me dire tout le bien qu’il pensait du film », se souvient le cinéaste.

Le fait que Jérémy Clapin soit passé par cette même Semaine en 2008 avec le court métrage Skhizein, a sûrement pesé dans la balance. Cette section, depuis sa création en 1962, sert de rampe de lancement privilégiée à différents jeunes cinéastes appelés peut-être à grossir les rangs de la compétition officielle dans un avenir plus ou moins proche. A l’image par exemple de l’actuel président du Jury de ce 72ième festival de Cannes - le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu, révélé en 2000 avec Amours chiennes à la Semaine de la Critique avant de briller sur les marches rouges avec Babel et Biutiful. Jérémy Clapin ne regarde pas si loin et pense surtout au sort de son film lors de cette 72e édition du Festival de Cannes.

 

Passer du court au long métrage

J’ai perdu mon corps est une libre adaptation d’un roman de Guillaume Laurant, co-scénariste du Fabuleux destin d’Amélie Poulain. L’idée d’en faire un film vient du producteur Marc du Pontavice qui a insisté dès 2012 pour que Jérémy Clapin s’y intéresse. Tout ne s’est pas fait sans appréhension : « L’idée de faire un long métrage me faisait un peu peur. Quand vous êtes habitué à faire des courts métrages, vous connaissez parfaitement les règles de production liées à une économie précise. L’univers du long c’est autre chose avec des enjeux différents. Je n’étais pas très rassuré à l’idée de perdre ma liberté de création. C’est mon producteur qui m’a accompagné et poussé à me lancer. Je ne regrette évidemment rien. » Le film a été réalisé en 3D et 2D, à partir d’images réelles tournées avec de vrais comédiens.   

Jérémy Clapin a 45 ans. Le cinéaste est d’abord passé par l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris. A la fin de ses études, il commence à faire de l’illustration et du graphisme tout en donnant des cours de tennis pour joindre les deux bouts. La réalisation, en 2004, d’un premier court métrage très remarqué (Une histoire vertébrale), le pousse à continuer. Parallèlement, il répond à des commandes pour la publicité, « une manière de financer mes propres projets de fiction tout en apprenant beaucoup. » Puis viendront Skhizein en 2008 puis Palmipedarium en 2012. Aujourd’hui Jérémy Clapin est donc entré de plain-pied dans le long avec cette histoire de main. L’avenir lui appartient. A Cannes bien sûr et au-delà.