Félix de Givry : « J'ai eu l'impression de me poser plein de questions en créant mes courts métrages, et de trouver des réponses en passant au long. »

Félix de Givry : « J'ai eu l'impression de me poser plein de questions en créant mes courts métrages, et de trouver des réponses en passant au long. »

07 septembre 2026
Cinéma
« Adieu monde cruel » réalisé par Félix de Givry
« Adieu monde cruel » réalisé par Félix de Givry Arte France / Iliade et Films / Remembers / UMedia

Collaborateur d’Ugo Bienvenu sur Arco (2025), Félix de Givry raconte son passage à la réalisation avec Adieu monde cruel, présenté en clôture de Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026.


Félix de Givry se fait d'abord connaître en tant qu'acteur : en 2012, Olivier Assayas le choisit pour Après mai, puis Mia Hansen-Løve l’engage pour le rôle principal d'Eden, inspiré par la personnalité de son propre frère, le DJ Sven Løve. Sa performance lui offre une nomination au César du meilleur espoir masculin en 2015. Deux ans plus tard, c'est en tant que scénariste et réalisateur que Félix de Givry est plébiscité pour son court métrage Journée blanche, qui reçoit le Swann d'or au Festival de Cabourg.

L'envie d'écrire

« J'ai commencé à écrire Adieu monde cruel seul », raconte le jeune homme aujourd'hui trentenaire. « J'avais à l'esprit l'expérience de Mia Hansen-Løve, qui imagine la plupart de ses films en solo, et j'ai mis du temps à aller vers un co-auteur. C'est sous l'impulsion de ma productrice Manon Messiant que le projet s'est concrétisé, alors que je l'avais un peu mis de côté. Elle est très amie avec Pierre Lagardère, qui est devenu l'assistant mise en scène du film, et elle m'a également présenté Marie-Stéphane Imbert pour retravailler ensemble le scénario. »

« Eden » réalisé par Mia Hansen-Løve
Félix de Givry dans « Eden » réalisé par Mia Hansen-Løve Alamode Film

« Nous l'avons réactualisé : même si le point de départ est une expérience traumatique -des souvenirs de harcèlement remontant à l'adolescence-, nous avons pris soin de donner au film un côté romanesque, décollé du réel. J'aime ces codes au cinéma et je rêvais d'un film hors du temps. Qui parle aussi des disparitions volontaires, un sujet assez peu évoqué sur grand écran. De ce point de départ, nous avons construit une histoire d'amour, un film sur le retour à la vie. Depuis cette expérience et celle vécue sur Arco, j'adore la co-écriture. »

Co-scénariste, co-producteur et réalisateur

En 2015, avec Ugo Bienvenu, Félix de Givry fonde la société Remembers. Ensemble, ils cosignent le film d'animation Arco, qu'Ugo Bienvenu met en scène. Présenté au en séance spéciale Festival de Cannes 2025, le long métrage connaît un grand succès critique, remportant entre autres le Cristal du Festival d'Annecy et le César du meilleur film d'animation. Il est même nommé aux Oscars 2026 dans cette catégorie, remportée par KPop Demon Hunters. Après son expérience positive sur Journée blanche, Félix de Givry tourne d'autres courts métrages : L’Entretien (2019) co-réalisé avec Ugo Bienvenu, et The Wandering Ghost (2023). Il signe aussi une série de clips pour Muddy Monk, Ultra Dramatic Kid. Autant de projets qui lui permettent d'expérimenter des techniques.

« Sur les courts, je n'aime pas trop les histoires entières. Chez moi, il n'y a pas vraiment de début, de milieu et de fin : je préfère quand il s'agit de morceaux de films, d'instants de vie, de poèmes. Sur un long, nous n'avons pas cette même liberté, nous devons tenir le récit dans la durée. Mais nous pouvons aussi profiter de toutes nos expérimentations, s'inspirer de ce que nous avions déjà testé sur des courts, en compagnie d’Ugo notamment : l'animation, la 3D... J'ai eu l'impression de me poser plein de questions en créant mes courts, et de trouver des réponses en passant au long. »

« Arco » réalisé par Ugo Bienvenue
« Arco » réalisé par Ugo Bienvenue Diaphana Distribution

Les techniques de l’animation au service du réel

Pour Adieu monde cruel, Félix de Givry a notamment repris une étape habituellement destinée au cinéma d'animation : la prévisualisation. Une approche utile pour anticiper de manière précise le rendu du film. « Nous avons obtenu 1,2 million d'euros pour ce premier long. Au moment du tournage, nous étions en dessous du million, c'est une fois le montage fini que nous avons obtenu des aides de la région et l'Avance sur recettes après réalisation. Pour ne pas trop dépenser, il fallait savoir exactement où nous allions. »

« Nous avions convenu de trente-cinq jours de tournage, dont une dizaine en studio. Nous avons d'abord storyboardé des séquences, puis modélisé la chambre que nous comptions construire en studio : comme sur de l'animation, cela nous a permis de connaître ses dimensions exactes, et d'être alignés sur des détails de mise en scène, de décoration ou de lumière avant même de commencer à tourner. Toute la séquence de la marche blanche était assez coûteuse, alors nous avons créé une animatique, modélisé les rues pour connaître précisément nos besoins : combien de mètres à parcourir, de figurants, d'éclairages… »

« Le fait de la prévisualiser, de connaître précisément l'itinéraire, nous a fait faire des économies une fois sur place. La séquence finale ressemble beaucoup à ce que nous avions préparé, d'ailleurs. Même chose pour la scène des ballons, que nous avons d'abord dessinée, animée en 2D, puis en 3D. Nous voulions être certains qu’elle allait fonctionner. C'est une idée assez forte, que je n'ai pas eue au scénario : c'est vraiment en la mettant en place qu'elle s'est concrétisée. »

Réunir une équipe soudée

Sur ce premier long métrage, Félix de Givry s'est principalement entouré de techniciens qu'il connaissait bien ou qui étaient recommandés par des personnes de confiance. Membre du collectif 50/50, association en faveur de l’égalité et de l’inclusion dans le cinéma et l’audiovisuel, il a également pris soin d'accorder des postes clés à des artisanes.

« Tara-Jay Bangalter avait joué dans mon premier court, nous sommes très amis avant d'être collaborateurs », détaille-t-il. « Nous avons pu discuter très tôt de ce que nous souhaitions mettre en place en termes d'images. Avec ma monteuse, Sanabel Cherqaoui, nous avions collaboré sur des courts métrages. Je connaissais mon ingénieur du son, Lucas Doméjean, grâce à ma casquette de producteur... L'aspect collectif est au cœur de la création d'un film et je crois que c'est encore plus important de se sentir en confiance sur un premier long. J'ai senti que je pouvais me lancer avec eux. »

« Je ne crois pas qu'on atteigne la parité parfaite », poursuit-il. « Mais il y avait beaucoup de femmes cheffes de postes sur Adieu monde cruel. Quand nous avons  présenté le film à Cannes, j'ai vraiment ressenti l'essor d'une jeune génération de productrices, très solidaires entre elles. Manon Messiant fait partie de ces femmes qui ont soutenu des films très intéressants ces dernières années et qui étaient fières du succès de leurs consoeurs. »

Pour diriger ses comédiens, Félix de Givry a misé sur la communication en amont, afin qu’ils arrivent sur le plateau aussi préparés que l’équipe technique : « Nous avons fait beaucoup d'italiennes et de répétitions pour qu'ils connaissent bien leurs personnages et que nous n’ayons pas à multiplier les prises. Une semaine avant de démarrer, nous nous sommes imprégnés des décors, nous discutions du film et des rôles en nous promenant dans l'hôtel, le foyer, la chambre… »

« Adieu monde cruel » réalisé par Félix de Givry
« Adieu monde cruel » réalisé par Félix de Givry Arte France / Iliade et Films / Remembers / UMedia

Prendre le temps au montage

Cette préparation méticuleuse a-t-elle réduit le temps de montage ? « Absolument pas ! », s’amuse-t-il. « La post-production a duré près d'un an. Ce fut une phase importante, notamment pour écrire la voix off de Françoise Lebrun, qui permet de se distancier du réel. Nous préparions Arco en même temps, cela a créé une sorte d'effervescence de groupe. Sur cette période, j'ai aussi été papa, alors le montage a eu des pauses d'un mois ou deux, durant lesquelles nous avons avancé sur le mixage son, la composition de la bande originale… »

« Arnaud Toulon travaillait lui aussi sur Arco. Ses musiques sont pourtant très différentes. Il savait que je cherchais à faire revenir un thème : il a imaginé un air qui comprend les enjeux et toute la complexité d'Adieu monde cruel. J'adore ça au cinéma ! Quand la musique revient, cela veut dire que l'histoire avance. Je suis aussi touché par la manière dont cela fait exister la bande originale en dehors du film, quand on la réécoute. »

Un deuxième film à l'étude

Félix de Givry travaille déjà sur son prochain long métrage en tant que réalisateur. « Avec Ugo, nous aimerions réécrire un film ensemble, mais pour moi cette fois, à l'inverse d'Arco. Je le mettrai en scène et ce sera en prises de vues réelles, mais il est trop tôt pour en dévoiler davantage. En tant qu'acteur, je n'ai pas de projet concret mais j'admire les réalisateurs comme Arthur Harari (L’Inconnue, Onoda 10 000 nuits dans la jungle) qui savent être de bons acteurs quand on leur propose un film ambitieux. Personnellement, si j'ai dit oui à des expériences d'acteur, c'est avant tout parce qu'elles étaient portées par des metteurs en scène avec lesquels j'avais envie de travailler. »

ADIEU MONDE CRUEL

Affiche de « ADIEU MONDE CRUEL »
Adieu monde cruel Diaphana

Réalisation : Félix de Givry
Scénario : Félix de Givry et Marie-Stéphane Imbert
Production : Iliade et Films, Remembers
Distribution : Diaphana
Ventes internationales : Playtime
Sortie le 9 septembre 2026

Soutiens sélectifs du CNC : Avance sur recettes après réalisation, Aide à la création de musiques originales, Aide à l'édition vidéo (programme éditorial), Aide sélective à la distribution (aide au programme 2026)