La Frappe est un drame familial traitant d'inceste. Comme sa pièce La Gueule ouverte (théâtre national de la Commune à Aubervilliers, 2026). Un sujet que Julien Gaspar-Oliveri a développé dans un premier long métrage, soutenu par l’Avance sur recettes après réalisation et les aides à la musique, à la distribution, à l’édition vidéo et à la diffusion en ligne, et sélectionné à la Semaine de la Critique et Angoulême.
Acteur, scénariste, metteur en scène...
Né en 1985 à Cannes, Julien Gaspar-Oliveri suit une formation d'acteur au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris. En 2009, il rencontre Bastien Bouillon, à qui il offre aujourd'hui le rôle difficile d'un père prédateur sortant de prison et renouant avec ses enfants.
« Je voulais écrire sur une relation père-fils depuis très longtemps, ainsi que sur les violences faites aux mineurs. J'ai cherché le noyau de ce récit pendant dix ans. Je ne raconte pas précisément mon histoire personnelle, même si j'ai un lien au sujet : ce n'est pas un film autobiographique. J'ai été à la rencontre d'autres vécus, notamment en me rapprochant de psychiatres pour bien connaître les symptômes du déni. Je me suis énormément documenté sur les mensonges qu'on se raconte pour continuer à regarder ses parents comme des héros et non des bourreaux. De là sont nées des scènes, que j'ai soumises à ma co-scénariste Claudia Bottino. Nous avons construit le film sous le prisme du silence, du non-dit. Mon producteur, Marc-Benoît Créancier (Easy Tiger), nous a présenté Dorothée Lachaud en fin d'écriture, pour avoir un regard neuf, nous aider à approfondir le sujet. »
S'il a joué plusieurs rôles au théâtre, c'est en tant que metteur en scène que Julien débute au cinéma, en tournant des courts et moyens métrages : Loin de Benjamin (2012), Passe (2013), Villeperdue (2017) qui reçoit les prix du jury et du public au Festival de Namur. Avec Claudia Bottino, il coécrit L'Âge tendre, nommé au César du meilleur court métrage en 2022.
Un processus de direction d'acteurs développé du théâtre au cinéma
Entre ses courts et ce premier long métrage, Julien Gaspar-Oliveri a conçu une série, Ceux qui rougissent (Prix du meilleur format court à Séries Mania 2024). Il s'y met en scène en professeur d'art dramatique -métier qu'il exerce réellement au cours Florent- entouré de jeunes acteurs répétant Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare. Un projet a priori éloigné de La Frappe. Pourtant, ses mises en scène sont régies par la même dynamique.
« J'essaye de désacraliser le plus possible le temps du tournage en ne proposant pas de début ni de fin de prise », analyse-t-il. « J'invite les acteurs à apparaître de façon brute : accepter d'être filmés sans maquillage, sans costume, et jouer, essayer des choses. J'aime le fait qu'ils ne sachent pas exactement comment ça va sortir, même en ayant travaillé leurs personnages. Je les capture sans couper. C'est très proche de la direction instantanée. Ce dispositif rend les choses plus fragiles, il donne au projet un côté 'laboratoire'. »
« C'est un processus que je développe depuis longtemps : j’ai construit mes courts métrages avec cette approche, ma mini-série aussi. Venant du théâtre, je suis sensible aux répétitions. Au cinéma, le tournage, c'est un temps sacré. Nous imaginons le film pendant des mois, voire des années, et une fois sur le plateau, tout va très vite. C'est une temporalité étrange à vivre. Avec mon chef-opérateur, Martin Rit, nous développons un dialogue autour de cette question au fil des projets : il m’accompagnait déjà sur L’Âge tendre et Ceux qui rougissent. C'est comme si La Frappe était l'aboutissement de plusieurs années de recherches autour du zoom, de la caméra-épaule, des plans serrés… »

Un travail d’équipe pour coordonner l’image et le son
Julien Gaspar-Oliveri a bien conscience de ne pas proposer une méthode de travail classique : « Le scénario était très clair sur les intentions. Tout le travail sur le tournage a été d'aller chercher ce qui est caché, se laisser aspirer par l'émotion. Sur mon plateau, tout est éclairé en continu, nous ne faisons pas de champ-contrechamp. Les acteurs peuvent se déplacer partout dans le décor. Pour cela, les équipes chargées de la décoration et de la lumière préparent tout en amont, et nous pouvons tourner sans avoir à couper la prise. J'invite ensuite toute l'équipe technique à se rendre dans une autre pièce. Ils suivent les prises depuis des combos, afin que les comédiens puissent être libres d’expérimenter. Avec eux, il n'y a que le chef-opérateur et le preneur de son et moi. Je ne veux voir personne observant le plateau. Ni imposer ma vision. Je préfère leur laisser la liberté, et le temps de trouver le film. Cela lui donne une certaine vérité. »
Ce dispositif a imposé des contraintes à son chef-opérateur, ainsi qu’à Lucas Héberlé au son : « Le fond sonore aide à travailler l'intériorité du personnage principal sur ce film. Il y a beaucoup de bruit, tout le temps, et notre travail à l'image, c'est d'aller chercher ce qui n’est pas visible. Pour que le silence émerge, il faut que le bruit soit très fort autour. Nous avons travaillé sur le hors champ : les bruits de la télé, du frigo, de derrière une porte… Couche après couche, cela donne une atmosphère au film. Comme dans La Ciénaga (2001) de Lucrecia Martel, une réalisatrice qui travaille d'abord par le son et qui m'a beaucoup nourri. Sur mes projets, l'ingénieur du son doit accepter que les prises ne soient pas très propres, car je demande aux figurants de ne pas faire semblant. Cela permet aussi aux spectateurs de faire attention à toutes sortes de détails. »
Un premier film proche du documentaire
En passant au long métrage, avec un budget et un calendrier serrés, Julien Gaspar-Oliveri a dû faire face à de nouvelles contraintes qui l'ont poussé, avec son équipe technique et ses comédiens, à trouver ensemble la bonne dynamique.
« Nous avons obtenu un budget hors annexe de 800 000 euros et vingt-deux jours de tournage, en octobre dernier. C'est assez court pour un long métrage, même si cela m'a semblé dense : pour mes précédents projets, j'avais eu environ six jours. Seize pour la série. C'est un autre temps de création. Là, la difficulté principale était de garder une continuité d'intensité émotionnelle d'un jour à l'autre. Car sur un long, les scènes sont filmées dans le désordre. Pour retrouver cette même énergie, nous avions également besoin de relâcher la pression entre les prises. Heureusement, l'équipe était soudée, nous restions ensemble après les scènes. »
Ce goût de la recherche, tout comme les gros plans ou la caméra à l'épaule, donne au film une sensibilité documentaire. « Le sujet de La Frappe est tellement taiseux qu'il était difficile de rendre compte de toute la densité des émotions en plans larges », justifie le metteur en scène. « Me rapprocher au plus près des personnages me permettait de faire ressentir le poids du silence sur les corps. Les montrer dans des plis, dans des coins... »

Trouver le film au montage
En effectuant de nombreuses prises, Julien Gaspar-Oliveri savait qu’il aurait un travail de post-production important. Il s'est entouré de collaborateurs fidèles pour trouver le rythme de La Frappe. « Nous avons eu quatorze semaines de montage, dérushage compris. Comme nous tournions en moyenne cinq scènes par jour, nous avions environ 1h20 de rushes par scène. Ce fut intense ! »
« Je travaille avec Baptiste Petit-Gats depuis une dizaine d'années, nous avons l'habitude de fouiller dans les rushes à la recherche de ce qui est le plus juste, évidemment, mais aussi de matière qui nous aurait échappé. Des détails qui donnent au film une autre tonalité que ce que nous avions en tête avant de démarrer. Beaucoup de scènes étant éprouvantes, il fallait trouver un équilibre sans lasser le spectateur. Nous avons visé un montage abrupt, pas confortable. Baptiste maîtrise ce rythme presque comme un langage musical, sait créer des coupes franches, des moments de relâchements, suivis d'instants plus resserrés. Parfois, le personnage n'avance pas, mais le film, lui, doit aller de l'avant. Ensuite, nous avons eu un mois de montage son. Le mixage et l'étalonnage se faisaient en même temps. Nous avons tout resserré une dernière fois avant le Festival de Cannes. »
Et après ?
« Notre collaboration au scénario s'est si bien passée avec Claudia Bottino et Dorothée Lachaud que nous sommes en train d'écrire un nouveau long métrage », se félicite Julien Gaspar-Oliveri. S’il est trop tôt pour en dire plus, il reviendra en tant qu'acteur en 2027 sur France Télévisions, en s’illustrant dans le rôle de Samuel Paty dans le téléfilm La Rumeur de Rodolphe Tissot, ainsi que dans la série fantastique L'Autre fille.
LA FRAPPE
Réalisation : Julien Gaspar-Oliveri
Scénario : Julien Gaspar-Oliveri, Claudia Bottino et Dorothée Lachaud
Production : Easy Tiger
Distribution : Ad Vitam
Ventes internationales : Charades
Sortie le 2 septembre 2026
Soutiens sélectifs du CNC : Avance sur recettes après réalisation, Aide à la création de musiques originales, Aide sélective à la distribution, Aide à l'édition en vidéo physique, Aide sélective à la diffusion en ligne