Pour la Déléguée générale de la Semaine de la Critique Ava Cahen et son comité de sélection, composé de six membres, le processus pour construire une sélection est à la fois rigoureux et profondément humain. Pendant plusieurs mois, de décembre à avril, les films sont visionnés, débattus, défendus. Certains sont vus individuellement, d’autres collectivement, selon les affinités, les regards ou les zones géographiques favorites de chacun.
« Il n’y a pas de hiérarchie, mais de vraies discussions », explique Ava Cahen. Lorsqu’un film interpelle, un second regard est alors sollicité. Une shortlist se construit, semaine après semaine, jusqu’à faire émerger une sélection finale pensée comme un tout : « Des films qui vont se faire du bien les uns aux autres, qui racontent des choses singulières du cinéma ».
La maison de l’émergence
L’ADN de la Semaine de la Critique est clair : être « la maison des premières fois ». Premiers ou seconds films, la sélection met en avant des œuvres fragiles, mais traversées par une nécessité. « Les premiers films sont l’endroit où on parle de soi », rappelle Ava Cahen. Un espace où s’inventent de nouvelles formes et de nouveaux récits.
Cette année encore, la compétition reflète cette ambition : cinq premiers films sur sept, et une majorité de réalisatrices. Au total, sur les onze longs métrages sélectionnés, six sont réalisés par des femmes. Une répartition qui n’est pas le fruit d’un quota, mais d’une évolution profonde. « Les femmes prennent davantage leur place, elles ne s’excusent plus d’avoir du talent », observe la Déléguée générale. La part de films réalisés par des femmes est ainsi passée de 24 % à 30 % parmi les propositions reçues.
Mais au-delà des chiffres, il s’agit surtout d’une question de regards : « Nous avons envie de voir des images qui manquent ». Comme avec Viva (Alive), premier long métrage de la réalisatrice espagnole Aina Clotet, une comédie douce-amère racontant l’éveil du désir d’une femme après un cancer. Pour Ava Cahen, ce type de récit est encore trop rare et pourtant universel : « C’est devenu comme une évidence de le sélectionner ».
Un cinéma qui s’ouvre au monde
Autre marqueur fort de cette édition : son ouverture géographique. Pour la première fois, des films venus du Kosovo et du Yémen intègrent la compétition. Deux territoires rarement représentés, mais où émergent aujourd’hui de nouvelles voix.
Al Mahattah (The Station), de la cinéaste écosso-yéménite Sara Ishaq, se déroule dans une station-service devenue refuge pour femmes et aborde la lutte contre le patriarcat avec humour. Un mélange de ton et de sujet qui a immédiatement séduit le comité. Quant au film kosovar de la réalisatrice Blerta Basholli, Dua, il explore l’adolescence en temps de guerre, offrant une perspective intime sur une histoire encore peu représentée à l’écran.
« Il y a des territoires qui explosent cinématographiquement », souligne Ava Cahen, citant notamment l’Espagne, l’Asie du Sud ou certaines régions d’Afrique. Grâce aux coproductions internationales, souvent françaises, ces cinéastes trouvent aujourd’hui des moyens de faire exister leurs films.

Entre exigence et découverte
La Semaine de la Critique revendique une exigence artistique forte : tous les films sélectionnés doivent « avoir les épaules pour être à Cannes ». Mais cette exigence ne s’oppose pas à la prise de risque, elle la nourrit. C’est aussi ce qui permet le retour du documentaire en compétition avec Tin Castle (Irish Travellers) du réalisateur franco-irlandais Alexander Murphy, ou encore une cérémonie d’ouverture sous le signe de l’animation avec In Waves de Phuong Mai Nguyen, une première dans l’histoire de la manifestation. Autant de signaux envoyés à l’industrie : les frontières entre les formes s’estompent et les récits se diversifient.
Accompagner, plus que révéler
Plus qu’un simple label, la sélection est pensée comme un accompagnement. « Un film, pour exister, ne doit pas seulement être sélectionné, il doit être vu », insiste Ava Cahen. La Semaine de la Critique se conçoit comme un espace de protection pour ces œuvres naissantes, un « safe space » où les cinéastes sont soutenus, pendant le festival mais aussi après, dans leur parcours.
Car si la sélection peut être un tremplin, elle n’est pas une fin en soi : elle participe à une chaîne de transmission. Des cinéastes passés par la Semaine de la Critique rejoignent ensuite la sélection officielle du Festival de Cannes, preuve que ces premières œuvres peuvent trouver un écho plus large. Cette année, la réalisatrice française Léa Mysius entre par exemple en Compétition officielle avec Histoires de la nuit, neuf ans après avoir présenté Ava à la Semaine de la Critique.
Mais c’est également un incubateur de talents. Avec l’Atelier Next Step, la Semaine accompagne chaque année des réalisateurs et réalisatrices de courts métrages sélectionnés dans le développement de leur premier long métrage. C’est ainsi que la cinéaste chinoise ZOU Jing s’est vu attribuer le Prix Next Step HILDEGARDE 2024 pour son film Wu ming nü hai (A Girl Unknown), qu’elle présente cette année en compétition.
Un lieu pour élargir les imaginaires
La Semaine de la Critique revendique un rôle essentiel : celui de passeur. « Nous voulons élargir nos imaginaires avec ces films », résume Ava Cahen. Pas de ligne politique affichée, pas de quotas imposés, mais une attention constante à ce qui émerge, à ce qui bouge, à ce qui n’a pas encore été vu. Et c’est peut-être là que réside la véritable diversité de cette sélection : non pas dans une logique de représentation, mais dans une volonté de faire exister des récits singuliers.
La sélection 2026 de la semaine de la critique
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Compétition
- Al Mahattah (The Station) de Sara Ishaq
Yémen, Jordanie, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Qatar
Dans un village sans nom, déchiré par la guerre civile, le seul endroit où les femmes peuvent se retrouver en paix est la station-service que gère Layal.
Aide aux cinémas du monde après réalisation - Dua de Blerta Basholli
Kosovo, Suisse, France
Une jeune fille de 13 ans voit sa vie quotidienne et familiale se métamorphoser à mesure que le conflit entre le Kosovo et la Serbie s’intensifie.
Aide aux cinémas du monde avant réalisation - La Gradiva de Marine Atlan
France, Italie
Le voyage à Pompéi d’un groupe de lycéens et de leur professeur de latin. Dans cette ville chargée de mythes et de soufre, adolescents et adultes vont tour à tour se laisser submerger par leurs émotions et leurs désirs, jusqu’à ce qu’ils débordent.
Aide au parcours d'auteur
Aide au développement d’œuvres cinématographiques de longue durée
Avance sur recettes avant réalisation - Seis meses en el edificio rosa con azul (Six Months in a Pink and Blue Building) de Bruno Santamaría Razo
Mexique, Danemark, Brésil
Dans ce drame familial et romanesque, le héros convoque ses souvenirs de petit garçon confronté au mystère de la maladie de son père. - Tin Castle (Irish Travellers) d’Alexander Murphy
Irlande, France
Portrait documentaire d’une famille nombreuse qui habite le long d’une route dans un mobil home cabossé.
Avance sur recettes avant réalisation - Viva (Alive) de Aina Clotet
Espagne
Nora se remet tout juste d’un cancer du sein et va repenser sa vie personnelle et professionnelle à l’aune de cette renaissance et des horizons qu’elle ouvre. - Wu ming nü hai (A Girl Unknown) de ZOU Jing
Chine, France
La quête d’identité brûlante d’une jeune chinoise ballottée de l’enfance à l’adolescence entre trois familles. Cette histoire intime nous plonge dans le drame des petites filles abandonnées en Chine entre les années 80 et 2000.
Aide aux cinémas du monde avant réalisation
Aide à l'édition vidéo (programme éditorial)
- Al Mahattah (The Station) de Sara Ishaq
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séances spéciales
- In Waves de Phuong Mai Nguyen - Film d’ouverture
France, Belgique
Adaptation du roman graphique d’AJ Dungo. L’histoire d’amour chavirante entre un jeune skateur et une jeune surfeuse mise à l’épreuve de la maladie.
Aide au développement d’œuvres cinématographiques de longue durée
Avance sur recettes avant réalisation
Aide aux techniques d’animation
Aide à la création de musiques originales
Aide à l'édition vidéo (programme éditorial) - Du Fioul dans les artères (Flesh and Fuel) de Pierre Le Gall
France, Pologne
Irrésistible histoire d’amour entre deux chauffeurs routiers qui se rencontrent une nuit par hasard et ont le coup de foudre l’un pour l’autre.
Soutien au scénario, aide à la réécriture
Avance sur recettes avant réalisation
Aide à la création de musiques originales
Aide sélective à la distribution - La Frappe (The Blow) de Julien Gaspar-Oliveri
France
Drame intime qui met en scène un frère et une sœur livrés à eux-mêmes. Quand leur père est libéré de prison, les traumatismes et les secrets refont brutalement surface. - Adieu monde cruel (Goodbye Cruel World) de Félix de Givry - Film de clôture
France, Belgique
Conte réaliste qui trouve son subtil équilibre entre une mise en scène rigoureuse et les émotions spontanées de son héros, Otto, 14 ans.
Aide à la création de musiques originales
Avance sur recettes après réalisation
Aide à l'édition vidéo (programme éditorial)
- In Waves de Phuong Mai Nguyen - Film d’ouverture