Comment travaille un chef constructeur ?

Comment travaille un chef constructeur ?

25 octobre 2019
Cinéma
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Tournage Versailles saison 3 épisode 10
Tournage Versailles saison 3 épisode 10 Tibo et Anouchka - Capa Drama - Banijay Studios France - Entre Chien et Loup - Canal+
Travaillant au contact de l’équipe décoration, le chef constructeur est responsable de la construction des décors pour un tournage. François Combastel, qui travaille dans ce domaine depuis une quinzaine d’années, revient pour le CNC sur ce métier entre travail manuel et management.

Si le chef décorateur et son équipe imaginent les décors utilisés pour un tournage, c’est un autre corps de métier qui donne vie à leurs plans : le chef constructeur. A partir des indications de l’équipe décoration, il doit déterminer les dimensions du décor à construire, les matériaux et revêtements à utiliser, les délais de fabrication et le nombre de personnes (peintres, menuisiers, charpentiers, électriciens, etc…) qui constitueront son équipe pour réaliser ces constructions. Le tout en respectant le budget défini en amont. « C’est un rôle de chef de chantier : il faut mettre en œuvre les moyens humains et matériels pour mener à bien le projet en rentrant dans ce qui a été alloué économiquement. Il faut ainsi faire des choix de matériaux, de construction, de finition et trouver un équilibre entre ce qu’on achète et ce qu’on construit », détaille François Combastel.

A la manœuvre pour construire aussi bien les décors studios que ceux utilisés en extérieur, le chef constructeur travaille en étroite collaboration avec le chef décorateur et son équipe. « Nous  discutons de manière sereine pour arriver à un projet cohérent. Nous savons que selon la technique, des aménagements seront plus chers que d’autres ». Chaque étape de construction est d’ailleurs soumise à validation auprès du chef décorateur, présent pendant toute la durée de fabrication du décor.

Un travail de longue haleine

« En général, le réalisateur choisit un décorateur qui fait une pré-étude, et ce dernier choisit ses proches collaborateurs : premier assistant, ensemblier et chef constructeur », explique François Combastel. Selon les projets, le chef constructeur commence sa mission très en amont du tournage. « Un film comme Eiffel (de Martin Bourboulon actuellement en tournage ndlr) nécessite de grosses constructions qui ont démarré au moins 4 mois avant le tournage ». Pour la série historique Versailles, diffusée entre 2015 et 2018 sur Canal +, François Combastel a lancé la construction des décors une dizaine de semaines avant le tournage. Un délai plutôt court pour un projet relativement important, « proche des productions américaines en termes d’équipe ». « Le projet a démarré assez rapidement et assez tard car il y a eu des difficultés pour le monter (la série a été lancée 5 ans après le début du projet ndlr) », explique ainsi le chef constructeur de cette fiction franco-canadienne tournée en grande partie en studio pour des raisons économiques : « En studio, il n’y a pas de problèmes de sons et c’est plus simple pour les décors récurrents. Il y avait donc pour Versailles un pourcentage imposé de tournage en studio pour limiter les coûts », se rappelle-t-il.

Une présence régulière sur le tournage

Le chef constructeur intervient tout au long d’une production, des prémices du projet à la fin du tournage. Lorsqu’il doit construire un décor pour un tournage hors studio, il se rend ainsi sur place en amont pour réaliser des relevés qui serviront à la fabrication, en studio, des différents éléments qui seront ensuite transportés et installés sur le lieu choisi. « Lorsqu’on est sur des petits budgets, nous essayons de tourner dans des décors extérieurs qui demandent peu d’aménagements et de fabrication», précise-t-il.

« Je travaille avant, un peu pendant et après. Il m’arrive d’ailleurs d’intervenir pendant le tournage pour vérifier que tout se passe bien, notamment pour les décors extérieurs ». Le chef constructeur s’occupe également du démontage des décors. Une mission qui, pour l’instant, n’est pas toujours gérée de « manière vertueuse » : « nous utilisons beaucoup les bennes DIB (Déchets Industriels Bruts) sans trop trier mais les choses vont changer avec le durcissement des réglementations européennes ». Des normes qui vont davantage encadrer le travail des chefs constructeurs déjà responsables de toute la sécurité de la construction.

Une pression de plus en plus forte

François Combastel a également construit les décors de nombreuses productions cinématographiques, parmi lesquelles Elle de Paul Verhoeven, Journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot, Saint Laurent de Bertrand Bonello ou encore Jeune et Jolie de François Ozon. Si le travail pour le cinéma et la fiction est le même, les conditions diffèrent : « dans une série, le poids d’un réalisateur n’est pas le même qu’au cinéma car il y en a souvent plusieurs alors que les chefs opérateur, décorateur et constructeur, engagés par la production, restent en continu. » Autre différence de taille : les conditions de tournage. Si un film est tourné en une vingtaine de semaines, voire plus, il ne faut que trois semaines pour mettre en boite un épisode de 52 minutes. « On tourne le double de minutes utiles pour une série qu’un film : le temps accordé au tournage est moins long et les budgets plus serrés même si l’écart financier tend à se réduire ».

Versailles  Crédits : Banijay Studios France - Entre Chien et Loup  - Canal+

Ces délais ont tendance à se réduire aussi bien sur le grand que sur le petit écran. C’est d’ailleurs l’une des plus grandes difficultés actuellement pour le métier de chef constructeur. François Combastel regrette ainsi « la pression financière de plus en plus forte » qui conduit à un « raccourcissement des délais ». Il pointe également du doigt l’informatique, qui permet de retravailler sans cesse les plans de travail : « Avant, il y avait trois versions qui n’étaient modifiées qu’en cas de nécessité. Maintenant, il y en a 18… » Quant au métier en lui-même, il a peu changé depuis les années 1960.

Un métier manuel

Chef constructeur depuis plus de 15 ans, François Combastel a commencé sa carrière au cinéma en tant que menuisier. « L’évolution logique aurait été de devenir chef menuisier. Chef constructeur est un poste d’encadrement, un métier d’expérience qui marche par contacts » et pour lequel il est conseillé d’avoir une formation manuelle, allant de la menuiserie à l’ingénierie. Titulaire d’un bac général, d’un brevet professionnel de menuisier et d’un CAP de menuiserie, il s’est tourné vers les métiers de l’image pour suivre les traces de son père, ensemblier pour la télévision. Un choix qu’il ne regrette pas car il apprécie particulièrement la « diversité et la non-régularité » du métier. « Chaque équipe est différente. Il peut y avoir trois personnes en construction comme 150 : le travail n’est jamais le même. »